Les autres philosophes | Philosophie pour enfants ou adultes: René Descartes

En première personne, Descartes

Sans rien
d'autre que soi

Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions sur Descartes pour véritables, et que ce que j’ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain ; de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions sur Descartes que j’avais reçues jusques alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements…

Il faut une méditation cartésienne de Descartes. Ce qui veut dire une méditation qui ait le cran, une fois en sa vie, de révoquer en doute toute historiographie philosophique scolaire interposée entre Descartes et soi. Ou bien se contenter d’un personnage “Descartes” tout fait, placé et déplacé en troisième personne sur les positions d’une carte "philosophique" prédéterminée. Or c’est le contraire même de Descartes, méditant, en première personne, le contraire de l’esprit cartésien devenant l'esprit philosophique même. Et ce contre quoi Descartes se rebelle, se libère et demande au philosophe de se libérer. Descartes va jusqu’à cet âge et cet endroit où il me faut choisir entre l’historiographie philosophique scolaire, aussi grande et imposante soit-elle, et la philosophie même, en première personne. Le philosophe a le cran d’aller et d'être droit, sans rien d'autre que soi.


Le regard de Descartes : droit (ὀρθός) en soi-même (αὐτός). Le secret de toute la méthode consiste à regarder avec soin en toutes choses ce qu'il y a de plus absolu. (VIᵉ des Règles utiles et claires pour la direction de l'esprit en la recherche de la vérité). Portrait de René Descartes (détail), gravure de Jonas Suyderhoef d'après Frans Hals, 1657–1675. Source : Rijksmuseum, Amsterdam. Sur le portrait de Frans Hals et son histoire : Le philosophe, le prêtre et le peintre : Portrait de Descartes au Siècle d'or, par Steven Nadler


La leçon de Descartes est qu'on ne peut séparer la compréhension de sa philosophie de l'attention aux démarches par lesquelles il est devenu philosophe, et cela, nous semble-t-il, dans la mesure où la philosophie n'est pas une science, un recueil de vérités objectives, mais une démarche ontologique et vécue, un mouvement vers l'Être, un discours sur l'insuffisance de tout discours. La philosophie n'est pas, pour Descartes, un ensemble d'idées, elle est une pensée ; son ordre véritable ne peut se confondre avec le système, il doit comprendre l'homme, le philosophe lui-même, qui, selon l'étymologie de son nom, aime la sagesse sans la posséder tout à fait, et ne peut donc la transmettre sous la forme d'un corps constitué de doctrine, mais seulement en demandant à chacun de méditer avec lui, de méditer longtemps, de méditer dans le temps, de revivre successivement les divers moments d'une histoire qui, à ce niveau, devient raison sans perdre cependant sa temporalité. […] Descartes n'est pas fils de philosophe, ni de la philosophie ; il découvre la philosophie par un mouvement propre, qui l'amène à rompre avec les habitudes de son entourage, les leçons de ses maîtres, les traditions de sa famille, son pays, le monde objectif lui-même. Et cette rupture, que reprend le doute, est l'être même de l'homme.

Ferdinand Alquié, L'ordre cartésien (1951)

Temps (en première personne) d'exercice spirituel de soi et de préparation de soi à l'âge suprême et ultime de la Méditation Première : de ses 23 ans (hiver 1619–1620) à ses 45 ans (1641), soit 22 années.
Temps (en première personne) de composition des Méditations : plus de dix années (1630 ?–1641, d'après Adrien Baillet).

Les quatre règles ou exercices spirituels (ἄσκησις, ἀσκήσεις) cartésiens
de la vraie vie philosophique
1ᵉ : Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention ; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute.

Refus prémédité 1) permanent et 2) systématique de toute chose dont la vérité ne soit pas connue 1) en première personne 2) avec évidence ; lenteur ou ralentissement maximal ; et restriction préméditée à ce dont 1) la clarté et 2) la distinction soient telles qu'elles excluent toute incertitude. Priorité absolue du doute maximal (hyperbolique) et permanent.

Priorité du positif maximal.
2ᵉ : Diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre.









Multiplication systématique des divisions maximales, en un nombre aussi grand 1) que possible et 2) que nécessaire, jusqu'aux indivisibles (simplissimes), ordonnées aux meilleures résolutions des difficultés.

Priorité du positif maximal.
3ᵉ : Conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusques à la connaissances des plus composés ; et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.


Ordonnancement ordoninal (1ᵉ, 2ᵉ, 3ᵉ, etc.) de mes pensées à partir de 1) la simplicité maximale des objets et de 2) la facilité maximale à les connaître.

Priorité du positif maximal.
4ᵉ : Faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre.










Dénombrements systématiques dont 1) l'entièreté et 2) la généralité maximale soit suffisantes pour atteindre l'exhaustivité certaine, donc passées par le doute hyperbolique.

Priorité du positif maximal.
Les quatre sens et exercices spirituels (ἄσκησις, ἀσκήσεις) antiques
de la vraie vie (ἀληθὴς βίος) philosophique
Est vrai ce qui est, au sens propre, (en, pour, par, de, identique à) soi-même (αὐτός), un (ἔν), incorruptible (aphthartos), impérissable, immuable, éternel, le nécessaire (ἀναγκαῖον, inexorable), irréfutable.

Le αὐτός du premier sens antique de la vérité, de la vraie vie philosophique, et des trois autres, du Γνῶθι σεαυτόν socratique, de l’ιδέα, des Τὰ εἰς ἑαυτόν de Marc Aurèle, du ἐφ 'ἡμῖν/οὐκ ἐφ’ ἡμῖν stoïcien, et de la première des quatre règles cartésiennes.
Est vrai ce dont l'être n'est pas altéré par un élément qui soit autre que lui-même, ce qui n'est pas mélangé, ce qui ne reçoit aucune addition ou supplément. Est vrai ce qui est droit (ευθύς, direct, ou ὀρθός, ὀρθότης), non tordu, «droit, non redressé (Ὀρθός, μὴ ὀρθούμενος, Τὰ εἰς ἑαυτόν, III, 5)». Droiture, rectitude.



Que signifie droit ou droite ? Le plus court chemin entre deux quelconques de ses points, le plus direct, le plus tendu, le plus loin, le plus simple, le plus facile, le plus αὐτός, le plus clair, le plus distinct.
La division, (philosophie) première et maximale.
Est vrai ce dont l'être n'est pas en retrait, caché, dissimulé, négligé, n'est pas oublié (ἀ–ληθές, ἀ–λήθεια).


Descartes, en première personne :
systématiquement en deux sens, contraires,
dont le sens positif et deuxième est systématiquement le plus radical

Préface de l'auteur au lecteur
1) deux interlocuteurs et deux sens de soi en première personne : l'auteur/le lecteur
2) premier des deux temps : j'ai déjà touché/Maintenant
3) deux questions : de Dieu/et de l'âme humaine
4) deux objets de la méthode exposée en 1637 : bien conduire sa raison/et chercher la vérité dans les sciences
5)
6)
7)
8) deux déterminations du chemin (Parménide ?) que je tiens pour les expliquer : si peu battu,/et si éloigné de la route ordinaire
9) deux conséquences passées : que je n'ai pas cru qu'il fût utile de le montrer en français,/et dans un discours qui pût être lu de tout le monde
10)
11)
12) deux choses remarquables que l'on m'a objecté sur ce que j'avais dit de ces deux questions
13) deux tâches : auxquelles je veux répondre ici en peu de mots,/avant que d'entreprendre leur explication plus exacte
14) première des deux objections :
15) première réponse à la première des deux objections :
16) deux ordres : l'ordre de la vérité de la chose (de laquelle je ne traitais pas alors)/l'ordre de ma pensée
17)
18) seconde des deux objections :
19) seconde reponse à la seconde des deux objections :
deux sens de l'idée (contre l'équivoque) : pris matériellement, pour une opération de mon entendement/pris objectivement pour la chose qui est représentée par cette opération.
20) deuxième partie de la seconde réponse à la seconde des deux objections : Or, dans la suite de ce traité, je ferai voir amplement, comment, de cela seulement que j'ai en moi l'idée d'une chose plus parfaite que moi, il s'ensuit que cette chose existe véritablement
21)
22)
23)
24) deuxième des deux temps : Maintenant, après une première expérience du jugement des hommes, j'entreprends derechef
25) deux entreprises conjointes : traiter de Dieu et de l'âme humaine,/et ensemble jeter les fondements de la première philosophie
26) deux pensées que je n'ai pas, attente d'une louange/espoir d'une vision de plusieurs : sans en attendre aucune louange du vulgaire,/ni espérer que mon livre soit vu de plusieurs
27) deux conseils, contraires, adressés à deux sortes de lecteurs : je ne conseillerai à personne de le lire/sinon à ceux qui 1) pourront et 2) voudront 3) méditer 4) sérieusement 5) avec moi, 6) détacher leur esprit du commerce des sens et 7) le délivrer entièrement de toutes sortes de préjugés
28) deux nombres : lesquels je ne sais que trop être en fort petit nombre
29) deux choses dont les autres ne se soucient pas beaucoup : Mais pour ceux qui, sans se soucier beaucoup 1) de l'ordre et 2) de la liaison de mes raisons
30) deux choses qu'ils s'amuseront à faire : syndiquer/et épiloguer sur chacune des parties
31) deux conséquences : ceux-là, dis-je, ne feront pas grand profit de la lecture de ce traité;/et bien que peut-être ils trouvent occasion de pointiller en plusieurs lieux, à grand peine pourront-ils objecter 1) rien de pressant ou 2) qui soit digne de réponse
32) deux choses que je ne fais pas : Et d'autant que je ne promets pas aux autres de les satisfaire en tout de prime abord, et que je ne présume pas tant de moi que de croire pouvoir prévoir tout ce qui pourra faire de la difficulté à un chacun
33) premier des deux engagements : j'exposerai premièrement dans ces Méditations les mêmes pensées par lesquelles je me persuade être parvenu à
34) deux déterminations de la connaissance de la vérité : une certaine et évidente connaissance de la vérité
35) second des deux engagements : et, après cela, je répondrai aux objections qui m'ont été faites
36) deux déterminations des objections reçues : car ils m'en ont fait un si grand nombre et de si différentes
37) deux objets de la supplique adressée à ceux qui désirent lire ces Méditations : n'en former aucun jugement que premièrement ils ne se soient donné la peine de lire 1) toutes ces objections et 2) leurs solutions


MÉDITATION PREMIÈRE
38) premièrement, deux temps : Il y a déjà quelque temps/Maintenant
39) deux sortes de "fois" du temps, multiple/un, calculable/incalculable : tout "une autre fois"/une (seule et unique) fois en ma vie

Ces deux premières distinctions premières sont déjà systématiques, exhaustives ou intégrales et nécessaires. Ce sont les deux (fois deux) seuls temps possibles en ma vie, et en toute vie en première personne. Elles vérifient les 4 règles du Discours de la méthode, après des années de méditations.

deux temps, et deux idées du temps : "quelque temps" (idée obscure et confuse)/"un seul et unique âge" (idée claire et distincte)
avant (πρότερον)/après (ὕστερον) (Aristote)
antérieur/ultérieur



Antique "distinction", confusément et indistinctement appliquée, indifféremment et intemporellement appliquée, au "passé", au "présent", et à "l'avenir".



En ce sens, le temps n'est pas l'âge. En ce sens, l'idée du temps est confuse, le temps est confondu avec le nombre (d'années, de jours, d'heures, etc.). Le temps est confondu avec la date et l'heure.
auparavant/dorénavant, désormais (philosophie première)
"une autre fois"/non une autre fois : soi, une unique fois, soi, une unique fois en sa vie, maintenant, à partir de maintenant, dorénavant.

Maintenant, au contraire, le temps (de) soi-même, en première personne, clairement et distinctement pensé, pensant, vivant, en ses deux temps (auparavant/dorénavant).
Il est une fois absolument unique, une chose absolument unique, une idée absolument unique, un corps absolument unique, un philosophe absolument unique.
Le premier soi (αὐτός) est celui du temps (de) soi-même (αὐτός). Temps méditatif (nature méditative du temps même) et méditations du temps, dont la Méditation première commence par être le rappel et la remémoration. Je commence, premièrement, par dire ce que j'ai dû faire, auparavant, avant de pouvoir "commencer", ie ce qui est premier. Les Méditations commencent par dire que leur commencement les précèdait de longtemps, et que j'ai attendu si longtemps que j'eusse atteint un unique âge suprême et ultime (dernier et premier).

En ce sens, "il est temps", au sens le plus propre des deux temps, signifie : l'âge (n'est pas/est advenu). L'âge, lui-même, n'est pas un nombre. L'âge est mien.

40) deux commencements du doute hyperbolique : explicite/implicite (le premier mot de la première phrase est déjà doute hyperbolique)
41) deux sens de ? : fort douteux et incertain/certain et indubitable
42) deux emplois du temps qu'il me reste, désormais (fautif/non fautif) : délibérer/agir
43) deux ? : ?/libre de tous soins, avec liberté
44) deux ? : ?/repos assuré (στάσις ?)
45) deux ? : ?/paisible (ἀταραξία ?) solitude
46) deux attitudes à l'égard de toute opinion : avoir depuis mes premières années fondé sur des principes si mal assurés/détruire généralement toutes mes anciennes opinions
47) deux sens de la pensée : avoir reçu jusqu'alors en ma créance/m'empêcher de donner créance
48) deux ? : non nécessaire preuve, non nécessaire, de la fausseté de la totalité (numérique) des opinions/?, suffisante,…
peut-être interminable et d'un travail "infini"/????
49) deux ordres temporels de la destruction : successive/simultanée, ruine des fondements, s'attaquer d'abord aux principes (au pluriel) sur lesquels toutes mes opinions sont appuyées
(Descartes ne confond pas différence temporelle (passé, présent, avenir) et ordre de la succession temporelle (avant, pendant, après)

50) première des (deux ?) mises en doute des sens :
51) deux sources de tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent pour le plus vrai et assuré : je l'ai appris des sens,/ou par les sens
52) deux raisons d'en douter : or j'ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs,/et il est de la prudence de ne jamais se fier entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés.
53) deux sortes de choses "sensibles" : les choses 1) peu sensibles et 2) fort éloignées d'une part/d'autre part :
1) que je sois maintenant ici 2) assis auprès du feu, 3) vêtu d'une robe de chambre, 4) ayant ce papier entre les mains, et choses similaires.

Les quatre choses sont et partent, au contraire, 1) des plus sensibles, ou sensibles au premier sens et 2) des plus proches :
1) 1) "chose", au premier sens : soi, 2) "être", au premier sens : mon existence, 3) "temps" au premier sens : maintenant, 4) "lieu", au premier sens : ici (Nullpunkt Husserl ?) 2) 5) la position corporelle absolue de mon corps, 6) sa proximité relativement à autre chose. Que signifie le "feu" ? 3) 7) ce dont mon corps est vêtu 4) 8) un autre corps que le mien. Papier, qu'est-ce que ça signifie ? 9) entre mes mains
Catégories (κατηγορία) ou prédicaments (Aristote), premier livre de la première discipline philosophique médiévale ("Logique", métaphysique), concernant le premier des trois éléments logiques (termes, propositions, arguments ou conséquences) et la première des trois opérations logiques de la raison (l'intelligence ou conception des indivisibles, leur composition ou leur division, et le raisonnement)

1) Première division de l'étant (τὸ ὄν) : l'essence ou la substance (ἡ οὐσία)/l'accident (τό συμβεβηκός)
Essence, par exemple : homme, cheval
Division de l'essence en deux : essence ou substance dite "première" (cet homme, ce cheval), essence ou substance dite "seconde" (l'homme, le cheval ou la caballéité (equinitas))

Division de l'accident en neuf autres catégories :


2) quantifié, par exemple : de deux coudées, de trois coudées
3) qualifié, par exemple : blanc, grammairien
4) relatif, par exemple : double, demi, plus grand
5) quelque part, par exemple : au Lycée, sur l'agora
6) à un moment, par exemple : hier, l'an dernier
7) se trouver en une position, par exemple : allongé, assis
8) avoir, par exemple : chaussé, armé
9) agir, par exemple : couper, brûler
10) pâtir, par exemple : être coupé, être brulé
Méditations de philosophie première (Descartes)








1) Première division : soi/autre que soi ?






Première division des choses sensibles, ordonnée et ordonnées à partir des plus sensibles et des plus proches:

2) "chose" sensible, au premier sens : je
3) "être" sensible, au premier sens : sois ou suis (mon existence, en première personne)
4) "temps" sensible, au premier sens : maintenant
5) "quelque part" sensible, au premier sens : ici (origine même, corporelle, du "quelque part")
6) "position" sensible, au premier sens : assis (position même de mon corps)
7) ???, au premier sens : auprès du feu
8) "avoir" (?), au premier sens : vêtu d'une robe de chambre
9) tout autre corps sensible, au premier sens : un autre corps que le mien
10) être sensible d'un autre corps, au premier sens : entre mes mains (Vorhandenheit/Zuhandenheit ? Toucher et tangible, premier sens du sensible ?)


54) deux, particulièrement : Ces mains mêmes, ce corps, comment pourrais-je les nier être miens ?
Deuxième apparition de mon corps, et du toucher, qui se distingue déjà de tout autre "corps" et de tout autre sens, sous deux rapports.
55) deux choses que je compare (je suis comparable et comparé), en première personne (du singulier et du pluriel) : moi/certains insensés (insanis), qui assurent constamment (Descartes ne dit pas à tort) :
1) qu'ils sont des rois, alors qu'ils sont très pauvres ; 2) qu'ils sont vêtus d'or et de pourpre, alors qu'ils sont nus; 3) ou s'imaginent être des cruches, (traduction française du latin ?), 4) ou avoir un corps de verre.
Le mouvement du texte (des choses "sensibles" peu sensibles et fort éloignées, au corps en première personne) n'indique-t-il pas de lui-même que je m'incarne et me pense dans la peau des « insensés » (le φαῦλος de la distinction stoïcienne des insensés et du sage (σοφός) ?) tel qu'eux et moi nous nous apparaissons à nous-mêmes en première personne face au Socrate devenu fou ? Ne suis-je pas en train de faire une allusion cynique ironique (à double sens) au philosophe (cynique) lui-même ?
1) Vrai dénuement (Πενία) de la pauvreté sous les dehors "royaux", par la vraie et l'extrême pauvreté ou dénuement (πενία) du philosophe vraiment roi et souverain de la vraie vie philosophique : Diogène ou le « Socrate devenu fou » ; 2) Vraie mise à nu de la vraie nudité sous les dehors de la "richesse" et de la "pourpre" des "rois", par la vraie nudité du philosophe vêtu du vrai vêtement souverain, sa nudité : Diogène ou le « Socrate devenu fou » ; 3) ? 4) Vraie incarnation du vrai corps en première personne sous la "faiblesse", la "fragilité", la "transparence" et "l'insensibilité" des « corps de verre », par le vrai corps et la vraie force d'âme (καρτερία, ἰσχύς) du vrai philosophe de la vraie vie philosophique d'ascèce spirituelle et corporelle à l'excellence (ἀρετή) : Diogène ou le « Socrate devenu fou ».
Quatre déterminations dans lesquelles je me compare (je suis comparable et comparé) aux "insensés" (au double sens, en troisième et en première personne) dont le choix et la méditation par Descartes s'expliqueraient donc, par elles-mêmes, et avec la vraie vie philosophique cynique vraiment "insensée", et qui expliqueraient l'ironie et le double sens de l'allusion cynique au cynisme.
« Si tu veux progresser, supporte de paraître un insensé et un sot, pour ce qui est des choses extérieures. » (Arrien, Manuel d’Epictète, 13) »

Descartes, en première personne, se mettant dans la peau de Diogène, le « Socrate devenu fou ». Jean-Léon Gérôme, 1860.



56) ?
57)
58)
59)
60)
61)
62)
63)
64)
65)
66)
67)
68)
69)
70)
71) deux sens explicites du doute : non-hyperbolique/hyperbolique
72) ?
73) ?

74) deux usages des anciennes et ordinaires opinions, opposés selon leur autorité ou puissance/impuissance sur mon jugement :
le long et familier usage qu'elles ont eu avec moi/j'en userai plus prudemment, si, prenant un parti contraire, j'emploie tous mes soins à me tromper moi-même
tant que je les considèrerai telles qu'elles sont en effet : douteuses et toutefois fort probables/feignant que toutes mes pensées sont fausses et imaginaires
75) deux ? : imprudence/prudence

76) deux sens (directions ou orientations ?) de mon jugement (penché ou non droit/droit) : maîtrisé par de mauvais usages et détourné du droit chemin qui le peut conduire à la connaissance de la vérité/jusques à ce qu'ayant tellement balancé mes préjugés, qu'ils ne puissent faire pencher mon avis plus d'un côté que d'un autre
Première occurrence de droit (l'un des quatre sens antiques de la vérité, ὀρθός). Que signifie droit, ici ? À équidistance des deux côtés opposés ?

77) deux ? : agir/seulement méditer et connaître
78) deux suppositions : vrai Dieu/mauvais génie
79) deux ?, ne pas pouvoir/pouvoir ne pas (negative raising ?) : par ce moyen, il n'est pas en mon pouvoir de parvenir à la connaissance d'aucune vérité/il est en ma puissance de suspendre mon jugement (ἐποχή ?)
80) deux puissances (il (non en première personne)/je (en première personne) ou non-mienne/mienne) : pour puissant et rusé que ce grand trompeur soit/je… préparerai si bien mon esprit… que… il ne pourra jamais rien imposer
81) deux ? : une certaine paresse/?
82) deux ? : esclave, sommeil, assoupissement, liberté imaginaire/?, être réveillé, veilles laborieuses
83) deux ? : craint, j'appréhende, de peur/?
84) deux ? : les ténèbres des difficultés qui viennent d'être agitées/quelque jour et quelque lumière dans la connaissance de la vérité


MÉDITATION SECONDE
85) ?
86) ?
87) ?
88) deux sens de la tromperie : involontaire/volontaire
(je me trompe/il me trompe. Imagination, volontaire, du malin génie)
89) deux sens de la pensée : impersonnelle/personnelle
(Logique (Topiques, Syllogistique, Formalités), raisonnement, inférence, "pensée" formelle/pensée pensante, en première personne)
90) deux sens de je pense (cogito) : non-identifiant/identifiant
(je suis, j'existe/Qui suis-je, moi qui suis ? res cogitans)
91) deux mises en garde à soi-même : je ne connais pas encore assez clairement ce que je suis/ne prendre pas imprudemment quelque autre chose pour moi

92) deux lignes de considérations et deux temps : ce que j'ai cru être auparavant/et de mes anciennes opinions je retrancherai tout ce qui peut être combattu par les raisons que j'ai tantôt alléguées
93) deux ? : j'ai cru être un homme/?
94) deux déterminations de l'être de l'homme (selon le genre et l'espèce) : animal/raisonnable
95) deux manières de philosopher (logique et métaphysique, médiévale/méditations de philosophie première, cartésienne) : d'une seule question nous tomberions insensiblement en une infinité d'autres/je m'arrêterai plutôt à considérer ici les pensées 1) qui naissent ci-devant d'elles-mêmes en mon esprit, 2) et qui ne m'étaient inspirées que de ma seule nature
96) deux questions, unique et identique à soi/infiniment altérée et altérée infiniment : une seule question/une infinité d'autres
97) deux temps : infiniment différé et interminable/maintenant et terminable


98) première des deux manières dont je me considérais avant de douter : premièrement, comme ayant toute cette machine composée d'os et de chair, telle qu'elle paraît en un cadavre, laquelle je désignais par le nom de corps
"corps" au sens naïf, explicitement mis en doute dès la Méditation 2ᵉ : corps considéré 1) comme une machine ou mécaniquement, 2) équivoque du "corps" et du cadavre
99) ?
100) deux naïvetés envers "le corps", remémorées (conséquence/raison ou cause) : pour ce qui était du corps, je ne doutais nullement de sa nature; car je pensais la connaître fort distinctement
101) quatre déterminations de la nature corporelle ("le corps", en général) naïvement entendue :
1) tout ce qui peut être terminé par quelque figure; 2) qui peut être compris en quelque lieu, et remplir un espace en telle sorte que tout autre corps en soit exclu; 3) qui peut être senti, ou par l'attouchement, ou par la vue, ou par l'ouïe, ou par le goût, ou par l'odorat; 4) qui peut être mû en plusieurs façons, non par lui-même, mais par quelque chose d'étranger duquel il soit touché et il reçoive l'impression.

Dans ces 4 déterminations pré-cartésiennes : "le corps" en général y est, implicitement, un corps en troisième personne;
"le corps" en général y est "pensé" 1) extérieurement et 2) passivement
"le corps" en général y est "pensé" 1) obscurément (non clairement) et 2) confusément (non distinctement)
présence implicite du tangible dans les quatre déterminations (figurabilité, impénétrabilité, tangibilité, mobilité);
?…
102) ?
103) ?
104) deux opposés dans les 6 manières d'être une chose qui pense : Qu'est-ce qu'une chose qui pense ? C'est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent
105) ?
106) ?
107) ?
108) ?
109) deux façons de parler des choses corporelles : dont les images se forment par ma pensée/et qui tombent sous le sens
110) deux manières de parler "des corps" (logique et métaphysique, médiévale/méditations de philosophie première, cartésienne) : je n'entends pas parler des corps en général, car ces notions générales sont d'ordinaire plus confuses,/mais de quelqu'un en particulier
111) ?
112) ?
113) ?
114) ?
115) deux sens (orientations) de la pensée personnelle : autre chose (cette cire, ces passants)/moi-même
116) deux modalités de l'existence : est et peut ne pas être (la cire)/suis et ne peux pas ne pas être (moi)
117) deux choses : toutes les autres choses qui me sont extérieures, et qui se rencontrent hors de moi/moi
118) deux notions ou connaissance : moins nette, moins distincte/plus d'évidence, de distinction et de netteté
119) deux choses, opposées selon la facilité de leur connaissance : la cire, ou quelque autre corps/la nature de mon esprit, il n'y a rien qui me soit plus facile à connaître que mon esprit


MÉDITATION TROISIÈME
120) ?
121) deux opposés dans différentes façons de penser, sauf deux : qui affirme/qui nie
qui connaît peu de choses/qui en ignore beaucoup
qui aime/qui hait
qui veut/qui ne veut pas
qui imagine/
qui sent/
122) deux sens d'imaginer et de sentir : les choses que je sens et que j'imagine/ces façons de penser, que j'appelle sentiments et imaginations, en tant seulement qu'elles sont des façons de penser
123) deux cas : ne sont peut-être rien du tout hors de moi et en elles-mêmes/
124) deux connaissances : ce dont je suis certain/ce qui est requis pour me rendre certain de quelque chose (dite première connaissance) 125) deux caractères de la première connaissance : (en elle ne se rencontre rien qu'une) claire et distincte perception de ce que je connais
126) deux détermination de la règle générale : toutes les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement, sont toutes vraies
127) deux choses dans ce que j'ai reçu et admis au sujet de toutes les autres choses que j'apercevais par l'entremise de mes sens : les idées ou les pensées de ces choses/l'existence des choses hors de moi

128) ?

129) deux vérités, sans la connaissance desquelles je ne vois pas que je puisse jamais être certain d'aucune chose : s'il y a un Dieu/s'il peut être trompeur
130) deux sortes de notions selon l'ordre de méditer que je me suis proposé : des notions que je trouverai les premières en mon esprit/celles que j'y pourrai trouver après
131) deux tâches préalables : diviser toutes mes pensées en certains genres/considérer dans lesquels il y a proprement de la vérité ou de l'erreur.
132) deux genres de pensées : idées, au sens propre/volontés ou affection, et jugements
133) deux considérations des idées : seulement en elles-mêmes/rapportées à quelque autre chose
134) deuxième des deux tâches : elles ne peuvent, à proprement parler, être fausses/elles peuvent l'être
135) deux exemples : soit que j'imagine une chèvre/ou une chimère
136) ?
137) ?
138) ?
139) ?
140) premier des deux arguments sur l'existence de Dieu : par l'idée de l'infini (M3ᵉ)/par l'essence du parfait (M5ᵉ)
141) deux voies : par l'origine des idées/par la cause des idées
142) deux réalités de l'idée : formelle/objective
143) deux équations : égalité des idées selon la réalité formelle : 𝒊𝑥 = 𝒊𝑦/inégalité des idées selon la réalité objective : 𝒊𝑥 ≠ 𝒊𝑦.
144) deux quantités comparées de réalité objective des idées : supérieure (idées de substances)/inférieure (idées d'accidents)
145) deux réalités objectives de l'idée : finie/infinie
146) deux quantités comparées de réalité objective de l'idée : supérieure (idée de l'infini)/inférieure (idées de substances finies)
147) deux quantités comparées de réalité : supérieure (en la cause)/inférieure (en son effet)
148) deux déterminations plus précises de l'inconnu par deux exclusions : du néant par l'être, et du − par le +.
149) deux équations : quantité supérieure de perfection ∝ quantité supérieure de réalité/quantité inférieure de perfection ∝ quantité inférieure de réalité
150) deux quantités comparées : quantité de réalité formelle de la cause de l'idée ≥ à la quantité de réalité objective de idée
151) deux sens ou modalités de l'existence : non-nécessaire/nécessaire
(idée du triangle, mon existence/idée de Dieu, existence de Dieu)
(existence par un autre/causa sui)
(possible, au sens causal : ce dont l'être nécessite une cause/nécessaire, au sens causal : ce dont l'être ne nécessite pas de cause)
152) ?
153) ?
154) ?
155) ?


MÉDITATION QUATRIÈME
156) deux hypothèses sur la véracité divine : non-véracité/véracité divine
(imperfection/perfection)
157) deux hypothèses sur la cause (ou raison formelle) de l'erreur : idée positive de Dieu/idée négative du néant
(imperfection/perfection)
158) deux causes mises en cause et mises hors de cause de l'erreur : mon entendement/ma volonté
(ma puissance de connaître/ma puissance d'élire ou mon libre arbitre)
159) deux extensions opposées de ma volonté et de mon entendement :
extension supérieure de ma volonté/extension inférieure de mon entendement
160) deux usages de mon libre arbitre : mauvais/bon
…


MÉDITATION CINQUIÈME
161) ?
162) deux genres d'idées : idée feinte ou factice d'une chose fictive/idée vraie d'une chose réelle
(dépendante de mon esprit/indépendante de mon esprit)
(idée de la Chimère ou de Pégase/idée de Dieu)
(impossible, au sens logique : ce qui implique répugnance ou contradiction/nécessaire, au sens logique : ce dont l'essence implique non-contradiction ou non-imperfection absolue)
163) deuxième des deux arguments sur l'existence de dieu : par l'idée de l'infini (M3ᵉ)/par l'essence du parfait (M5ᵉ)
164) deux ???? : distinction de l'existence et de l'essence/séparation de l'existence et de l'essence
165) deux cas : toutes les autres choses/Dieu
166) deux modalités de la séparation de l'existence et de l'essence : possible, au sens logique (ce qui n'implique pas contradiction)/impossible, au sens logique (ce qui implique contradiction ou imperfection)


MÉDITATION SIXIÈME
167) deux manières de penser : imagination/intellection ou conception
(deux modalités : non-nécessaire à l'essence de mon esprit/nécessaire à l'essence de mon esprit)
(deux sens de l'esprit : esprit tourné vers le corps/esprit tourné vers soi-même)
168) deux sens du corporel, deux corps : un (ou tous les autres) corps/mon corps
deux corps : un (sens générique ou non singulier) ou tous les autres corps/mon corps (singulier absolu, non générique)
implicitement : à la différence de la métaphysique, de l'Arbre de Porphyre
« ce mot de corps est fort équivoque » (à Mesland, 9.2.1645)
169) deux sens de la pensée "du" corps ou du corps pensé : imagination/sentir
nature corporelle qui est l'objet de la géométrie/nature corporelle qui est, en première personne, pensée-sensible, en philosophie première ?

170) deux enjeux : enjeu explicite : «preuve de l'existence des choses corporelles»/enjeu non explicite : mise en doute (hyperbolique, encore) du sens de l'existence et de la nature des corps/du sens de l'existence et de la nature du corps absolument unique de la chose pensante
171) deux sensibles (corporels ?) : mes membres sensibles/mes sentiments charnels
172) deux capacités sensibles de mon corps parmi les corps :
sentiment de recevoir diverses commodités/sentiment de recevoir diverses incommodités
173) deux sentiments de mon corps parmi les corps :
sentiment de plaisir ou de volupté/sentiment de douleur
174) deux formes de sensibilité supplémentaires : appétits/passions
(faim, soif, etc./joie, tristesse, colère, etc.)
175) deux qualités sensibles des corps autres ou extérieurs au mien :
extension, figures et mouvements/dureté, chaleur, et autres qualités sensibles tangibles ou tactiles
176) les 4 autres sens du sensible : le visible (deux : les couleurs/la lumière), les odeurs, les saveurs, les sons
deux sens du sensible et de la pensée sentante : non tangible/tangible
177) deux sens des sens : sens extérieurs/sens intérieurs ou intimes
178) deux genres d'idées : idées des corps d'où procèdent ces idées des qualités sensibles/autres idées
179) deux raisons de croire sentir des choses vraies et entièrement différentes de ma pensée :
1) présentation à ma pensée sans que mon consentement soit requis
2) nécessaire présence de la chose sensible à l'organe d'un de mes sens,
et impossible de ne pas sentir en présence de la chose sensible
180) deux genres d'idées : idées sensibles/idées fictives ou souvenir, contraires sous 3 rapports :
1) vivacité inférieure des idées fictives ou du souvenir/vivacité supérieure des idées sensibles 2) caractère express inférieur des idées fictives ou du souvenir/caractère express supérieur des idées sensibles 3) distinction inférieure des idées fictives ou du souvenir/distinction à leur façon supérieure des idées sensibles

181) deux espèces (ou genres ?) d'idées : idées de la raison ou idées rationnelles/idée des sens ou idées sensibles, contraires sous 3 rapports :
1) − expresses/+ expresses 2) formées de moi-même/ non formées de moi-même 3) les idées de la raison sont le plus souvent composées de parties d'idées sensibles/?

Cette troisième détermination remet-elle en doute ce qui précède ? Si oui, comment ?

182) deux sens du corporel, deux corps (pour la seconde fois) :
appartenance − propre et − étroite de tout autre corps/appartenance + propre et + étroite de mon corps propre, contraires sous 3 rapports :
1) séparabilité possible d'avec tout autre corps/inséparabilité nécessaire d'avec mon propre corps 2) sensibilité extrinsèque de tout autre corps/caractère sensibilité intime, interne de tous mes appétits et de toutes mes affections dans et pour mon corps 3) je ne suis pas touché des sentiments de plaisir et de douleur dans les parties d'aucun des autres corps/je suis touché des sentiments de plaisir et de douleur dans les parties de mon corps propre

183) deux ordres sensibles, «sans aucun rapport rationnel (au moins que je puisse comprendre)»,
mais institués de nature : sentiment/passion ; émotion/appétit ou désir
comment du sentiment de douleur naît la pensée de tristesse ?
comment du sentiment de plaisir naît la joie ?
comment de la faim («émotion de l'estomac») naît l'appétit de manger ?
comment de la sécheresse du gosier naît le désir de boire ?
184) ?
185) ?
186) ?
187) ?
188) ?
189) ?



Réponses aux Iᵉ Objections


Réponses aux IIᵉ Objections
1) deux voies dans la façon d'écrire des géomètres : l'ordre/la manière de démontrer (ratio demonstrandi).
2) deux sens (orientations) de l'ordre, antérieur/postérieur ou ultérieur : les choses qui sont proposées les premières/les suivantes
3) deux nécessités de l'ordre : les choses qui sont proposées les premières doivent être connues sans l'aide des suivantes, et que les suivantes doivent après être disposées de telle façon, qu'elles soient démontrées par les seules choses qui les précèdent.
4) deux manières de démontrer : par l'analyse (ou résolution, ajoute la traduction)/par la synthèse (ou composition, ajoute la traduction).
5) deux vertus de l'analyse : l'analyse montre la vraie voie par laquelle une chose a été méthodiquement et comme a priori inventée, et fait voir comment les effets dépendent des causes.
6) deux conditions et deux conséquences : en sorte que, si le lecteur la veut 1) suivre, et 2) jeter les yeux soigneusement sur tout ce qu'elle contient, 1) il n'entendra pas moins parfaitement la chose ainsi démontrée, et 2) ne la rendra pas moins sienne, que si lui-même l'avait inventée.
7) deux raisons pour avoir suivi seulement la voie analytique dans mes Méditations : parce qu'elle me semble être 1) la plus vraie, et 2) la plus propre pour enseigner ;



Les Méditations métaphysiques n'existent pas
Métaphysique, au sens pré-cartésien (d'origine aristotélicienne) : science (non restreinte) suprême supra-physique et supra-mathématique du supra-naturel ou sur-naturel, c'est-à-dire science de l'étant en tant qu'étant (ens commune), et des transcendantaux convertibles avec lui), de Dieu, et de l'âme.







Arbre de Porphyre (Εἰσαγωγή aux Catégories d'Aristote), dont la Logique (aristotélicienne et médiévale) est l'âme et dont la cîme est la Métaphysique.
arbre ou ligne prédicamentale : individus, espèces, genres, définitions, catégories, transcendantaux




Sens de la vie philosophique : ascension, élévation spirituelle, correspondant à la transcendance réelle du sujet de la métaphysique à l'égard du mouvement, de la matérialité, du temps, et du sensible.



Corps au sens métaphysique : Corps générique ou non singulier. La métaphysique pense « le corps » comme un genre, dont le corps vivant, animal, et humain est une espèce, dont mon corps est un corps particulier, parmi les autres corps, comme les autres corps.
(Méditations de) Philosophie première, au sens cartésien : science première des premières causes, c'est-à-dire des principes.
Qu'est-ce à dire ? « Le mot de principe se peut prendre en divers sens, et c’est autre chose de chercher une notion commune […] ; et autre chose de chercher un Être, l’existence duquel nous soit plus connue que celle d’aucuns autres, en sorte qu’elle nous puisse servir de principe pour les connaître. […] En l’autre sens, le premier principe est que notre Ame existe, à cause qu’il n’y a rien dont l’existence nous soit plus notoire » (à Clerselier, 1646, A.T., IV, 444).
trois "principes" : moi, l'idée de l'infini, mon corps

Arbre cartésien de la Philosophie, « dont les racines sont la Métaphysique [au nouveau sens de philosophie première ou distincte d'elle ?], le tronc est la Physique » et dont la cîme est la Morale, « j’entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse » (Principes de la philosophie).
Quelle est l'âme de l'arbre cartésien ?
Quelles sont les formes des ramifications des racines elles-mêmes ?

L'arbre philosophique cartésien (à commencer par ses racines) est-il encore figurable et pensable, en troisième personne (naïvement) ? Ou bien est-"il", au contraire, la perspective et la pensée en première personne, elle-même ?

Comparaison dans la VIᵉ des Regulae.

Et pourtant, malgré tout : « Eudoxe : car je lui [l'Arbre de Porphyre] dois le peu que je sais et c'est de son secours que je me suis servi pour reconnaître l'incertitude de toutes les choses que j'y ai apprises. » (La recherche de la vérité par la lumière naturelle, date ?)




La pluralité des genres d'êtres n'est pas purement et simplement abandonnée et remplacée par les « séries » des Regulae VI. Descartes distingue encore, explicitement, des genres.


Sens de la vie philosophique : méditations, approfondissements pensant (doutant, concevant, affirmant/niant, voulant/ne voulant pas, imaginant, et sentant) de l'enracinement ou des racines philosophiques premières, plus profondes que la "physique" et la "logique", et élévation morale ?

Mon corps, en première personne : Corps singulier absolu, non générique. Tout autre « corps » est le contraire du seul et unique corps au sens propre, premier, et absolument unique : mon corps.
« ce mot de corps est fort équivoque » (à Mesland, 9.2.1645)

« l'étendue n'est pas le corps » (Regulae, XIV) …
La plus petite des trois distinctions réelles (entre une substance (quid d'une chose ?) et son attribut principal) …



Méditations cartésiennes
sur l'historiographie philosophique "cartésienne" française

Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions sur Descartes pour véritables, et que ce que j’ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain ; de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions sur Descartes que j’avais reçues jusques alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements…

Il faut une méditation cartésienne de l'historiographie philosophique "cartésienne" française, qui la mette elle-même en doute.

Comment est-il possible qu'une grande part de l'historiographie philosophique "cartésienne" française ne se doute pas de quelque chose qui se répète, systématiquement, partout, dans chacune des Méditations ? L'abîme entre Descartes et l'historiographie philosophique "cartésienne" française est digne d'étonnement.

Cousin et autres (XIXᵉ s.) : Lire Delphine Antoine-Mahut, L’autorité d’un canon philosophique : Le cas Descartes (2021)
Occurences Descartes dans Catherine König-Pralong, Médiévisme philosophique et raison moderne, de Pierre Bayle à Ernest Renan
Id., La colonie philosophique. Écrire l'histoire de la philosophie aux XVIIIᵉ et XIXᵉ s.

Gilson (1913–1984) : perpsective historisante, médiéviste, La liberté (humaine et divine) chez Descartes et la théologie, et modèle mathématique

Brunschvicg (1904–1937) :

Hamelin (1911) : Selon la préface de Durkheim au Système de Descartes d'Hamelin, «ce qui fait la manière propre d'Hamelin, c'est qu'il combina très heureusement ces deux méthodes [«deux méthodes très différentes appliquées à l'histoire de la philosophie» : «études des doctrines du point de vue purement dogmatique» et «introduction de l'esprit historique dans l'étude des systèmes philosophiques» selon ses termes], mais en les transformant.»

Wahl (1920) : vérifier ce que Wahl pense du temps cartésien

Gouhier (1924–1962) :
Laporte (1945) : "rationalisme" (sic) de Descartes.
Merleau-Ponty (1945–1964) : "Descartes" de Merleau, le philosophe avec lequel il s'explique (aux deux sens de "s'expliquer"). Le vrai Descartes est le philosophe dont Merleau est le plus proche. Vérifier Le scénario cartésien d'Emmanuel de Saint Aubert
Vuillemin (1960) : Mathématiques et "métaphysique" (sic) chez Descartes.

La longue dispute Alquié/Gueroult (1950–1981) :
Cas exemplaire du problème de l'historiographie philosophique "cartésienne" française
Deux vérités cartésiennes : nécessité et priorité d'une analyse logique systématique interne, mais nécessité d'une méditation, personnelle, cartésienne, qui ne se confond pas avec "l'ordre des raisons" et qui lui est irréductible. "L'ordre des raisons" lui-même n'est pas unique, ni univoque. Il y a deux ordres cartésiens ("ordre des raisons" à la manière de Gueroult, et ordre temporel, vivant, métaphysique, de la pensée, à la manière d'Alquié) ; deux sens de l'ordre (prioritaire) : priorité chronologique de connaissance (découverte), et priorité logique de démonstration logique ; deux méthodes de démonstration : par l'analyse ou résolution, ordre de l'invention ou de la découverte logique de la vérité, et par la synthèse ou composition, ordre de la compréhension ou de l'explication logique de la vérité.

Deux genres et deux méthodes d'historiographie philosophique "cartésienne" :
dans les termes de Gueroult, «critique historique» et «analyse des structures, démonstratives et architectoniques, du texte» du «Descartes de granit»;
dans les termes d'Alquié, «élever à l'essence sa propre histoire» (l'histoire de son esprit, que je sois Descartes ou que je sois le philosophe qui le médite), et "Descartes" transformé «en monument et ceux qui font du granit cartésien celui d'une pierre tombale» dans laquelle le vrai Descartes, vivant, n'est plus, et dans laquelle Descartes n'est plus vivant. La première est entrer soi-même dans le tombeau de Descartes et découvrir qu'il n'y est pas.


Rodis-Lewis (1950–1998) :
Beyssade (1972–2023) :
Marion (1975–2021) : perspective historisante, "Descartes"/Aristote, "onto-théo-logie", ens ut cogitatum et ens ut causatum, "phénoménologie".
Robinet (1996–1999) : perspective historisante, L'Axe La Ramée-"Descartes", "Descartes" (fils) du "siècle logique".
Guenancia (1998–2015) :
Agostini (1998–2026) : perspective historisante, L'idea di Dio in "Descartes", de "Descartes" à la seconde scolastique, de la seconde scolastique à "Descartes", nouvel Index scolastico-cartésien, Le principal de la substance : Descartes et l'attribut à paraître en juin 2026
Olivo (2005) : essence de la vérité, création des vérités éternelles
Gress (2012) : perspective historisante, "humanisme", Renaissance, (plutôt que perspective médiéviste), précarité du monde, ens ut demonstratum et ens ut potentia
Dubouclez (2013) : perspective historisante, la voie de l'analyse
Carraud (1992–2025) :
Arbib (2021) : perspective historisante, histoire de la métaphysique et l'infini
Devillairs (2004–2013) :

Alain de Libera, Archéologie du sujet, tome I : Naissance du sujet (2007)
Id., tome II : La quête de l'identité (2008)
Id., tome III : L'acte de penser, 1 : La double révolution (2014)
Id., tome IV : ?


Bibliographia cartesiana, 1800–1960
Bibliographie cartésienne (1960–1996)
Bulletin cartésien
Corpus Descartes, édition en ligne des œuvres et de la correspondance de Descartes

Carnet

de vie, de lectures et de pensées

In media vita. – Non ! La vie ne m'a pas déçu ! Année après année, je la trouve au contraire plus vraie, plus désirable et plus mystérieuse,

Nietzsche, Le Gai Savoir, 4, § 324
Lire, et méditer surtout. Parce que la lecture en elle-même c'est… pas grand chose. C'est un point de départ, mais c'est surtout… l'assimilation qu'on en fait…, qui compte. C'est surtout… l'usage qu'on en fait, le profit, la maturation, et puis ce qu'il en sort.

Le secret de toute la méthode consiste à regarder avec soin en toutes choses ce qu'il y a de plus absolu.

Descartes, VIᵉ des Règles utiles et claires pour la direction de l'esprit en la recherche de la vérité
Si l’on compare entre elles les définitions de la métaphysique et les conceptions de l’absolu, on s’aperçoit que les philosophes s’accordent, en dépit de leur divergences apparentes, à distinguer deux manières profondément différentes de connaître une chose. La première implique qu’on tourne autour de cette chose ; la seconde, qu’on entre en elle. La première dépend du point de vue où l’on se place et des symboles par lesquels on s’exprime. La seconde ne se prend d’aucun point de vue et ne s’appuie sur aucun symbole. De la première connaissance on dira qu’elle s’arrête au relatif ; de la seconde, là où elle est possible, qu’elle atteint l’absolu.
[…]
Il suit de là qu’un absolu ne saurait être donné que dans une intuition, tandis que tout le reste relève de l’analyse. Nous appelons ici intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquence d’inexprimable. Au contraire, l’analyse est l’opération qui ramène l’objet à des éléments déjà connus, c’est-à-dire communs à cet objet et à d’autres.

Henri Bergson, Introduction à la métaphysique
Les forces qui travaillent en toutes choses, nous les sentons en nous ; quelle que soit l'essence intime de ce qui est et de ce qui se fait, nous en sommes. Descendons alors à l'intérieur de nous-mêmes : plus profond sera le point que nous aurons touché, plus forte sera la poussée qui nous renverra à la surface. L'intuition philosophique est ce contact, la philosophie est cet élan.

Henri Bergson, L'intuition philosophique
On dit parfois, avec irritation ou avec un brin de satisfaction, que la philosophie ne fait aucun progrès. C'est certainement vrai, mais je pense que le fait que la philosophie doit toujours, en un sens, s'efforcer de reprendre les choses à la base n'est pas un accident regrettable, mais un trait qui appartient à la structure de la discipline. Or l'entreprise n'est pas des plus faciles. Il y a en philosophie un double mouvement : l'un qui progresse vers la construction de théories élaborées, et un autre qui revient sans cesse à la considération de faits simples et évidents. Par exemple, McTaggart déclare que le temps n'existe pas, et Moore lui répond qu'il vient de prendre son petit-déjeuner. Philosopher requiert l'un et l'autre mouvement.

Iris Murdoch, La souveraineté du Bien,
L'idée de perfection
, p. 15
Le philosophe se retourne […] Il est bien évident que chacun a dû se retourner d'une façon qui lui a été propre. Mais il me paraît clair, aussi, que tous ces retours partent de l'objet pour s'élever à la condition a priori de l'objet, cette condition étant pour Platon les Idées, pour Descartes le « Je pense » et Dieu, et pour Kant les catégories.

après avoir eu une histoire, après avoir opéré un certain retour, le philosophe élève son histoire à l'essence. Je suis même d'avis que toute vraie philosophie est une histoire élevée à l'essence : c'est pour cela qu'elle est à la fois personnelle et universelle. […] Philosopher, c'est élever à l'essence sa propre histoire, étant bien entendu que « sa propre histoire » signifie ici l'histoire de son esprit.

Certes, la méthode de ces philosophes diffère, mais le mouvement par lequel ils vont vers leur but est semblable, car, précisément, et c'est surtout cela que j'ai voulu établir, les philosophes ne vont vers aucun monde. L'autre vers lequel ils vont n'est pas un monde. Et je crois que toutes les erreurs que nous avons passées en revue se résument à celle-ci : on attend toujours qu’après nous avoir délivrés d’un monde, les philosophes nous en donnent un autre. En cela, nous sommes encore victimes du prestige de l’objet et de l’erreur du système. Les philosophes, en montrant que le monde ne contient pas ses propres conditions, vont vers un être qui n’est pas un monde.

[…] Pour conclure, je dirai que, ce qui nous empêche de comprendre les philosophes, c'est l'ignorance où nous sommes souvent de ce qu'est la philosophie. Mais j'ajouterai que, pour comprendre la philosophie, il faut comprendre les philosophes. La philosophie n'est pas la science, elle n'est pas un système, où un ensemble de systèmes, elle est une démarche, et une démarche n’a de sens que parce qu’une personne effectue cette démarche. […] La démarche philosophique, c’est celle de l’esprit lui-même, et c’est pourquoi elle est toujours à refaire : car l’esprit a toujours à se sauver.
[…] On ne peut comprendre un philosophe sans devenir soi-même un philosophe, sans se faire, à travers l’histoire et malgré l’histoire, le semblable des philosophes, sans retrouver cette éternité qui est celle de la Philosophie.

Ferdinand Alquié,
Qu'est-ce que comprendre un philosophe ?

Pour déterminer en quelle mesure un philosophe s'est défait de tout préjugé, il importe donc de se souvenir qu'il est des préjugés négatifs : si l'immédiat apparaît comme l'envers de ce dont la conscience du philosophe a d'abord été prisonnière, il dépend d'une histoire individuelle, il doit son prestige à ce dont, en fait, il a libéré celui qui l'invoque, il est médiatisé, et n'est donc plus immédiat.

Ferdinand Alquié, Descartes et l'immédiat
Qui dit « histoire du discours véridique » dit aussi méthode récurrente. […] Au sens où les transformations successives de ce discours véridique produisent sans cesse les refontes de leur propre histoire ; ce qui était longtemps resté impasse devient un jour issue ; un essai latéral devient un problème central autour duquel tous les autres se mettent à graviter ; une démarche légèrement divergente devient une rupture fondamentale […] En somme l'histoire des discontinuités n'est pas acquise une fois pour toutes, elle est « impermanente » par elle-même, elle est discontinue ; elle doit sans cesse être reprise à nouveaux frais.

Michel Foucault, La vie : l'expérience et la science

Si nous voulons aller à la rencontre de la pensée d'un penseur, nous devons agrandir encore ce qu'il y a de grand en elle.

Martin Heidegger, Qu'appelle-t-on penser ?
Étudier est un exercice de la vertu tout autant que du talent ; il est l'attestation d'une de ces expériences fondamentales par où la vertu est en étroite corrélation avec le monde réel. […]
Dans les disciplines intellectuelles, comme dans l'enchantement procuré par l'art ou par la nature, c'est par notre capacité à nous oublier nous-mêmes, à être réalistes et à percevoir les choses avec justesse que nous faisons la découverte de la valeur. Notre imagination ne s'y emploie pas à fuir le monde, mais à le retrouver, et c'est ce qui nous exalte, étant donné la distance séparant une appréhension du réel de l'engourdissement de notre conscience quotidienne.

Iris Murdoch, La souveraineté du Bien,
La souveraineté du Bien sur les autres concepts
,
p. 161-2

Le mal n'est rien.

Thomas d'Aquin, Questions disputées sur le mal
L'être est le néant.

Hegel, Science de la Logique

Sans la raison nous ne sommes que folie.

Cicéron, Paradoxa Stoicorum
la partie de l'esprit qui aide le plus aux Mathématiques, à savoir l'imagination, nuit plus qu'elle ne sert aux spéculations métaphysiques.

Descartes, lettre à Mersenne, 13 novembre 1639

Dernières lectures :
Blaise Pascal
Michel Foucault, Le courage de la vérité, Cours au Collège de France. 1984
Stéphane Madelrieux, Philosophie des expériences radicales
Robert Harrison, Forêts. Promenade dans notre imaginaire
Iris Murdoch, La souveraineté du Bien
Stefan Zweig, Nietzsche
Ferdinand Alquié, Qu'est-ce que comprendre un philosophe ?
Id., Notes sur l'interprétation de Descartes par l'ordre des raisons
Id., Descartes et l'immédiat
Knox Peden, Descartes, Spinoza, and the impasse of french philosophy: Ferdinand Alquié versus Martial Gueroult

Lectures actuelles :
Barbara Stiegler, Nietzsche et la critique de la chair. Dionysos, Ariane, le Christ
Ferdinand Alquié, L'ordre cartésien


Dualité de l'« expérience » dans la philosophie moderne
Erfahrung et Erlebnis

Dualité de l'« expérience » dans la philosophie moderne :
expérience d'objets (Erfahrung) et expérience vivante (Erlebnis)
Erfahrung Erlebnis, Erleben
deux réalités de l'idée : objective et formelle

deux réalités objectives de l'idée : infini/fini

deux sens cartésiens du corporel
« ce mot de corps est fort équivoque » (à Mesland, 9.2.1645)

deux ordres cartésiens :
ordre logique des raisons (Gueroult)
et
ordre temporel, vivant, métaphysique, de la pensée (Alquié)
question des sens de “l'a priori“
et “du transcendantal“

deux méthodes de démonstration :
par l'analyse ou résolution ; par la synthèse ou composition

deux substances : pensante et étendue

deux “ontologies” cartésiennes :
ens ut cogitatum et ens ut causatum (Marion)
ens ut demonstratum et ens ut potentia (Gress)
L'idée de l'infini

réalité formelle de l'idée

Méditations métaphysiques
comme expérience spirituelle vivante,
en-deçà et au-delà de l'ordre des raisons

res cogitans, id est mens, sive animus, sive intellectus, sive ratio.

doute hyperbolique
Penser, à la folie


La découverte métaphysique de l'homme (deux sens du génitif)
insistant toujours sur le dépassement de la pensée par l'être (Alquié)

Union de l'âme et du corps
Divertissement (de penser) ou ennui

trois espèces de la concupiscence ou cupidité :
libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi

trois ordres :
des corps ;
de la pensée et de l'esprit ;
de la charité, du cœur et de l'amour
Pascal, l'inquiétante vérité métaphysique

Qu'est-ce qu'un homme, dans les deux infinis opposés ?
(par l'espace et par la pensée)
l’infinité en petitesse
l'effroi

grandeur et misère

la grâce

« Quelle chimère est-ce donc que l'homme, quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige »

“cartésien et anticartésien“
Spinoza de Gueroult (savoir/connaître)
Knox Peden, Spinoza contra Phenomenology: French Rationalism from Cavaillès to Deleuze
Harry Austryn Woflson (1934)
Alquié, Le rationalisme de Spinoza
Spinoza de Deleuze
Rovere, Le Clan Spinoza
Moreau, Spinoza : L'expérience et l'éternité
Crise métaphysique
de la représentation (Vorstellung) ;
du jugement (Urteil)
Trois Critiques

Problème de “la synthèse”
de “la sensibilité” et de “l'entendement”

Triple synthèse temporelle (“l'art caché”) :
“synthèse de l'appréhension dans l'intuition”
“synthèse de la reproduction dans l'imagination”
“synthèse de la recognition”

Que signifie “Kant” ?

En quel sens Kant est-il “tragique” ?

Table du néant
. Bolzano
Hegel. Critique de la représentation Logique de la contradiction
Logique de l'infini
Le Monde comme représentation Le Monde comme volonté (vouloir vivre)
l'amour comme charité et ἔρως
Crise métaphysique du nihilisme

Apollon : Condition apollinienne de la vie


Lumière, clarté, solaire, visibilité, beauté
figure, forme, limitation. Surface
artifice
Art
« le monde lui-même est tout entier art »
les créateurs

art plastique/art tragique
âge plastique, âge tragique, âge socratique
contresens de Nietzsche sur Socrate

Que signifie “Descartes” pour Nietzsche ?
Que signifie ”Descartes” ?

rappel d'Apollon contre la dissolution romantique dans le dionysiaque d'origine chrétienne
Dionysos : Condition dionysiaque de la vie

fond
chair comme sensation de soi, ivresse
passion (πάθος) vitale, interprété comme souffrance
de la surabondance (Über-fülle) de fécondité vitale,
de l'excitation
souffrance de la contradiction
Surhumain (Über-mensch)
↓
premier concept de la chair : l'incorporation (Einverleibung)
a) l'amour du lointain : du passé et de l'avenir
chair vivante interprétée comme mémoire
b) incorporation comme nutrition,
c) nutrition comme assimilation, rendre identique à soi (mais b) et c) est-ce juste ?)

« l'animal le plus courageux, le plus cruel envers lui-même, le plus souffrant »
les trois dangers, “humain, trop humain”

rappel de Dionysos contre l'excès d'apollinisme d'origine métaphysique

lire Luce Irigaray, Amante marine. De Friedrich Nietzsche
Bergson. Critique du « temps » impur
Critique de Kant
« Temps » moderne
Durée vivante
Mémoire
Vie
Husserl. Crise métaphysique des sciences européennes Phénoménologie transcendantale
monde-de-la-vie (Lebenswelt), chair (Leib)
. Sartre de Merleau-Ponty (Le visible et l'invisible)
Sartre de Beauvoir (La cérémonie des adieux)
Sartre, un rationaliste romantique (Murdoch)
“existentialisme”
Pensée objective Chair
“philosophie française du savoir, de la rationalité et du concept” :
Cavaillès, Bachelard, Koyré, Canguilhem
Poincaré, Couturat, Comte
(Foucault, La vie : expérience et science)
Histoire des sciences française, épistémologie historique
et historiographie philosophique française :

Brunschvicg, Gueroult au CdF (vs Alquié, Sorbonne), Goldschmidt, Vuillemin
Marion (Alquié)

Hadot

Gilson,
Vignaux, Alain de Libera
“philosophie française de l'expérience, du sens, du sujet” :
Sartre/Merleau-Ponty
Bergson, Lachelier, Maine de Biran
(Foucault, La vie : expérience et science)

Alquié, Deleuze (portraitiste) élève d'Alquié, et de Gueroult

Canguilhem : la vieille question du normal et du pathologique
(déjà dans Bergson, Nietzsche, Merleau)

Stéphane Madelrieux, Philosophie des expériences radicales
autre tradition analytique Metaphysical Animals (Le Quartet d'Oxford)
Carnet de notes, en cours

Kant, Nietzsche : Crise métaphysique. Deux critiques et deux moments critiques de la crise métaphysique.
Problème “kantien” (antique problème de l'un et du multiple) de “la synthèse”, repris par Nietzsche :
Comment la diversité du flux (“la sensibilité”) et l'unité du concept (“l'entendement”) peuvent-elles s'unir (“l'expérience” vivante) par-delà leur opposition ?
Kant : “Esthétique” au sens transcendantal. Synthèse “esthétique” par la beauté et le sublime.
“Esthétique” nietzschéenne comme critique et généalogie de l'histoire (passée, présente et à venir) du sentir (αἴσθησις), histoire du vivant en tant que sensible : problème de “la synthèse” entre condition dionysiaque de la vie et condition apollinienne de la vie.
Vie du problème métaphysique de la vie – non pas seulement de la connaissance – en termes (d'interprétations) de sens et (d'évaluations) de valeurs morales. Le problème critique devient : questionner la valeur des valeurs morales, l'évaluation dont procèdent leur valeur, donc le problème de leur création. (Deleuze, Nietzsche et la philosophie, p. 2)

Qu'en dit la lecture de Nietzsche par Deleuze ? par Dixsaut ?

Antique problème de l'un et du multiple (avant Aristote) :
Ch. Dunan, L'un, le multiple et leurs rapports
Hervé Pasqua, L'Être comme πολλά chez Platon : Les enseignements du Parménide et du Sophiste
Jacques Rolland de Renéville, Essai sur le problème de l'un-multiple et de l'attribution chez Platon et les Sophistes
M. J. Cresswell, Is There One or Are There Many One and Many Problems in Plato?
Interprétations néokantiennes de Platon : Bauch, Cohen, Hönigswald, Lask, Lotze, Natorp, Windelband, Sur la théorie platonicienne des Idées

Kant, Hegel et l'"expérience" de l'empirisme anglo-écossais (Bacon, Newton, Locke, Berkeley, Hume) :
Antoine Grandjean, Critique et réflexion : Essai sur le discours kantien (2009). Recension : Archéologie du kantisme
Antoine Grandjean, Métaphysiques de l’expérience : Empirisme et philosophie transcendantale selon Kant (2022). Recension : L’invention de Kant
Olivier Tinland, Le grand principe de l’expérience : Hegel et la philosophie anglaise (2024). Recension : L’empirisme selon Hegel
(sans oublier les platoniciens de Cambridge. Ernst Cassirer, The Platonic Renaissance in England)

Kant inventeur de "l'empirisme"
"L'empirisme anglais comme route vers le scepticisme"
"empirisme vs rationalisme"
science(s) expérimentale(s) et science philosophique
La "raison". "Tournant facultatif ou spirituel (ou réflexif ?) de la Logique", dès la scolastique française du XVIIᵉ s. (Jacob Schmutz, mai 2018, CdF)




Descartes, en première personne

À chaque pas, entre Descartes et toi, il y a de l’historiographie philosophique interposée. Il faut une méditation cartésienne de Descartes. Ce qui veut dire une méditation qui ait le cran, une fois en sa vie, de révoquer en doute toute historiographie philosophique interposée entre Descartes et soi-même. C’est ça, ou bien se contenter d’un personnage “Descartes” tout fait que l’on fait se déplacer en troisième personne sur les cases et les positions d’une carte philosophique prédéterminée. Or c’est le contraire de ce qu’est Descartes se faisant, et de l’esprit cartésien. Descartes va jusqu’à cet endroit et cet âge où il faut choisir entre l’historiographie philosophique, aussi grande et incontournable soit-elle, et la philosophie elle-même, en première personne. Et il a le cran d’aller du côté droit. Il est impossible de le suivre là où il va ensuite sans aller soi-même du côté droit.


Portrait de René Descartes (détail), gravure de Jonas Suyderhoef d'après Frans Hals, 1657–1675. Source : Rijksmuseum, Amsterdam. Sur le portrait de Frans Hals et son histoire : Le philosophe, le prêtre et le peintre : Portrait de Descartes au Siècle d'or, par Steven Nadler


La longue dispute Alquié/Gueroult (1950–1981) et l'historiographie philosophique française
Étienne Gilson, La liberté chez Descartes et la théologie (1913)
Id., Commentaire historique du Discours de la méthode (1925)
Id., Études sur le rôle de la pensée médiévale dans la formation du système cartésien (1930) ✔︎
Id., Index scolastico-cartésien (1959)
Ferdinand Alquié, La découverte métaphysique de l'homme chez Descartes (1950)
Id., Descartes et l'immédiat (1950) ✔︎
Id., L'ordre cartésien (1951) ✔︎
Martial Gueroult, Descartes selon l'ordre des raisons. t. 1 : L'âme et Dieu. ✔︎ t. 2 : L'âme et le corps (1953)
Ferdinand Alquié, Notes sur l'interprétation de Descartes par l'ordre des raisons (1956) ✔︎
Id., Qu'est-ce que comprendre un philosophe ? (1956) ✔︎
Descartes, Royaumont 1955
Id., Une lecture cartésienne de la Critique de la raison pure est-elle possible ? (1975)
Id., Solitude de la Raison
Knox Peden, Descartes, Spinoza, and the impasse of French Philosophy: Ferdinand Alquié versus Martial Gueroult ✔︎
Id., Spinoza contra Phenomenology: French Rationalism from Cavaillès to Deleuze
Giuseppe Bianco, Philosophie et histoire de la philosophie pendant les années 1950 : le cas du jeune Gilles Deleuze
Id., La technologie philosophique de Martial Gueroult selon Louis Lavelle
Adrien Baillet, La Vie de Monsieur Descartes (1691)
Geneviève Rodis-Lewis, La morale de Descartes (1998)
Denis Kambouchner, Descartes et la philosophie morale (2008)
Jacqueline Lagrée, Juste Lipse : la restauration du stoïcisme
Id., Le néostoïcisme

Ernst Cassirer, Descartes : Doctrine – Personnalité – Influence (1995)
André Robinet, Aux sources de l'esprit cartésien. L'axe La Ramée–Descartes. De la Dialectique de 1555 aux Regulae (1996)
André Robinet, Descartes. La lumière naturelle. Intuition, disposition, complexion (1999)
François Azouvi, Descartes et la France. Histoire d'une passion nationale (2002)
André Hirt, Le poème de la raison : Descartes (2006)
Fichant et Marion (éd), Descartes en Kant (2006)
Marion, Descartes : état de la question (2007)
Thibaut Gress, Descartes et la précarité du monde. Essai sur les ontologies cartésiennes (2012). Relire de près
Marion, Sur la pensée passive de Descartes (2013). Relire de près
Id., Sur le prisme métaphysique de Descartes (1986). Relire de près
Id. (éd. Dan Arbib), Les Méditations métaphysiques, Objections et Réponses de Descartes : Un commentaire (2019)
Questions cartésiennes III : Descartes sous le masque du cartésianisme (2021)
Denis Kambouchner, Identification d'une pensée : le Cogito de Hintikka (2009) ✔︎
« Il y a deux ordres cartésiens. Le premier est celui du Temps, le second celui du Système […]
C'est donc en replaçant l'ordre systématique vers lequel tend la pensée cartésienne dans l'ordre temporel où elle se développe que nous suivrons Descartes, et serons fidèles à ses leçons. […]
La leçon de Descartes est qu'on ne peut séparer la compréhension de sa philosophie de l'attention aux démarches par lesquelles il est devenu philosophe, et cela, nous semble-t-il, dans la mesure où la philosophie n'est pas une science, un recueil de vérités objectives, mais une démarche ontologique et vécue, un mouvement vers l'Être, un discours sur l'insuffisance de tout discours. La philosophie n'est pas, pour Descartes, un ensemble d'idées, elle est une pensée ; son ordre véritable ne peut se confondre avec le système, il doit comprendre l'homme, le philosophe lui-même, qui, selon l'étymologie de son nom, aime la sagesse sans la posséder tout à fait, et ne peut donc la transmettre sous la forme d'un corps constitué de doctrine, mais seulement en demandant à chacun de méditer avec lui, de méditer longtemps, de méditer dans le temps, de revivre successivement les divers moments d'une histoire qui, à ce niveau, devient raison sans perdre cependant sa temporalité. […] Descartes n'est pas fils de philosophe, ni de la philosophie ; il découvre la philosophie par un mouvement propre, qui l'amène à rompre avec les habitudes de son entourage, les leçons de ses maîtres, les traditions de sa famille, son pays, le monde objectif lui-même. Et cette rupture, que reprend le doute, est l'être même de l'homme.

Ferdinand Alquié, L'ordre cartésien (1951)

Réponse d'Alquié à Gueroult (Notes sur l'interprétation de Descartes par l'ordre des raisons) : mise en garde contre la confusion entre “l'idée la plus simple de toutes” et “la condition de toute connaissance possible”.
“L'idée la plus simple de toutes” et “la condition de toute connaissance possible” se rencontrent bien : à l'infini.
Mais cette mise en garde contre leur confusion, et leur confusion dans “le cogito”, a-t-elle toujours été entendue, après Descartes ?

« les Méditations ne répondent pas seulement à la question logique que définit si bien M. Gueroult (fonder la certitude de fait que nous donnent les sciences sur une certitude de droit), mais à une exigence ontologique (fonder le système hypothético-déductif, qui constitue la science, sur l'Être). La position de ce problème nouveau rompt la série unilinéaire de toute chaîne de raisons, fait intervenir un autre plan, et restitue dans la totalité de ses dimensions la conscience de l'homme. Cette conscience ne saurait se reconnaître ni dans le psychologisme, ni dans le mathématisme entre lesquels M. Gueroult nous donne à choisir (I, 80). »

Réponse d'Alquié à Gueroult au Colloque de Royaumont sur Descartes de 1955 : « Toute ma thèse consiste dans l'affirmation que, avec Descartes, l'être n'est pas réductible au concept. »

Que signifie Descartes ? Méditer Descartes.
Descartes, en première personne.
Aller résolument droit. Méditation cartésienne de Descartes, vivant, sous l'historiographie.
Distinguer deux, et comprendre le sens qui va de deux à un
deux ordres cartésiens :
ordre logique des raisons (Gueroult)
et ordre temporel, vivant, métaphysique, de la pensée (Alquié)

question des sens de “l'a priori“, et “du transcendantal“ : transcendantaux convertibles avec l'être, transcatégoriques (médiéval) ; “conditions de possibilité a priori“ (kantien, nietzschéen) ; “transcendantal/empirique“ (“philosophie empiriste, philosophie rationaliste“, “philosophie analytique, phénoménologie“, et sens du “métaphysique“)
Lire ici Alquié, Une lecture cartésienne de la Critique de la raison pure est-elle possible ? (1975)
deux sens de l'ordre (prioritaire) :
priorité chronologique de connaissance (découverte)
et priorité logique de démonstration logique.
« L'ordre consiste en cela seulement, que les choses qui sont proposées les premières doivent être connues sans l'aide des suivantes, et que les suivantes doivent après être disposées de telle façon, qu'elles soient démontrées par les seules choses qui les précèdent. Et certainement j'ai tâché, autant que j'ai pu, de suivre cet ordre en mes Méditations. » (Réponses aux IIᵉ Objections)
deux méthodes de démonstration :
par l'analyse ou résolution, ordre de l'invention ou de la découverte logique de la vérité ;
par la synthèse ou composition, ordre de la compréhension ou de l'explication logique de la vérité
deux substances, et une union substantielle :
pensante et étendue
deux sens cartésiens du corporel
« ce mot de corps est fort équivoque » (à Mesland, 9.2.1645) :

au sens “substantiel“ et au sens de « ce qui peut affecter le corps » ? (à l'Hyperaspiste, août 1641)
Relire de près Marion, Sur la pensée passive de Descartes
deux sens de la substance, et un (l'union) :
substrat ? (substance étendue : substrat et attribut pensé)
et pensée (pensante)
Relire de près Marion, Sur la pensée passive de Descartes
deux réalités de l'idée :
objective et formelle
deux réalités objectives de l'idée :
infini et fini
deux arguments sur l'existence de Dieu :
par l'idée de l'infini (Méditation 3ᵉ) et par l'essence de Dieu (Méditation 5ᵉ)
deux sens ou modalités de l'existence, et un :
possible (fini, idée du triangle) et nécessaire (infini ou parfait, idée de dieu),
impossible (idée de la chimère ; ma propre inexistence)
trois sens de la distinction :
réelle (entre deux substances), modale (entre modes et substance), et formelle ou de raison raisonnée (entre attributs). « toutes trois néanmoins peuvent être appelées réelles »
(Lettre à un Révérend Père Jésuite, 1645-46, AT, IV, 348)
deux “ontologies” cartésiennes :
ens ut cogitatum et ens ut causatum (Marion)
ens ut demonstratum et ens ut potentia (Gress)
La “morale” de Descartes
« L'un des aspects de l'héritage que nous laisse Geneviève Rodis-Lewis pourrait s'exprimer par ces mots :
le cartésianisme comme manière de vivre »
(Kambouchner, Geneviève Rodis-Lewis et la sagesse cartésienne)



Douter
deux sens de la tromperie, moins et plus radicale :
involontaire (je me trompe, finitude de l'entendement), "actif" dit Marion ;
volontaire (il me trompe, imagination, volontaire, du Malin génie), "passif" dit Marion
deux sens de la pensée, moins et plus radicale :
impersonnelle ou logique (raisonnement, syllogisme, formel) ;
personnelle, pensante, en première personne
(je suis, j'existe, mais pas seulement, le doute déjà, l'infini aussi, et mon corps)

Descartes ajoute, à trois reprises : «à chaque fois» (quoties), «aussi longtemps» (quamdiu), «tant que» (dum) je pense.
Qu'est-ce que ça signifie ? cogitans, dubitans, intelligens, affirmans, negans, volens, nolens, imaginans quoque, et sentiens : tous participes présents.

Comment ?
par simple intuition de l'esprit, simplici mentis intuitu
Qu'est-ce que ça signifie ?
"performatif" (Hintikka), "en acte" dit Marion. Est-ce bien ce que dit Descartes, qui n'emploie pas le mot ?
Et est-ce actualité, actuellement ou activité, activement ?
Question décisive, pour le sens de la pensée en première personne et le sens de l'existence.

Voir Jaakko Hintikka, 'Cogito, ergo sum': Inference or Performance? (1962)
Id., Cogito, ergo quis est? (1996)
Id., René thinks, ergo Cartesius exists (2013 fr)
Kambouchner, Identification d'une pensée : le Cogito de Hintikka (2009) ✔︎
Hintikka, Response to Kambouchner (2009)

À l'arrière-plan, toute l'histoire pré-cartésienne de δύναμις à puissance (potentia), active, d'un agent
et de ἐνέργεια à actualité (actualitas) d'un acte (actus)…


Descartes, en première personne :
systématiquement en deux sens, contraires,
dont le sens positif et deuxième est systématiquement le plus radical
1ᵉ MÉDITATION
1) (1ᵉM) deux temps : Il y a déjà quelque temps/Maintenant
2) (1ᵉM) deux ???? : tout "une autre fois", iam ("jam tomorrow" de Lewis Carroll)/une fois en ma vie
3) (1ᵉM) deux attitudes à l'égard des opinions :
avoir reçu quantité de fausses opinions pour véritables/me défaire de toutes les opinions que j'avais reçues jusques alors en ma créance, détruite généralement toutes mes anciennes opinions
4) (1ᵉM) deux sens de la vérité : fort douteux et incertain/certain et indubitable
5) (1ᵉM) première des deux mises en doute des sens : 1ᵉ Méditation/6ᵉ Méditation
6) (1ᵉM-2ᵉ) deux sens du doute : non-hyperbolique/hyperbolique
MÉDITATION 2ᵉ
7) (M2ᵉ) deux sens de la tromperie : involontaire/volontaire
(je me trompe/il me trompe. Imagination, volontaire, du malin génie)
8) (M2ᵉ) deux sens de la pensée : impersonnelle/personnelle
(logique, raisonnement, inférence, syllogisme, formel)/(pensante, en première personne)
9) (M2ᵉ) deux sens de je pense (cogito) : non-identifiant/identifiant
(je suis, j'existe/Qui suis-je, moi qui suis ? res cogitans)
10) (M2ᵉ) deux sens (orientations) de la pensée personnelle : autre chose (cette cire, ces passants)/soi-même
MÉDITATION 3ᵉ
11) (M3ᵉ) premier des deux arguments sur l'existence de Dieu : par l'idée de l'infini (M3ᵉ)/par l'essence du parfait (M5ᵉ)
12) (M3ᵉ) deux réalités de l'idée : formelle/objective
Égalité des idées selon la réalité formelle : 𝒊𝑥 = 𝒊𝑦/Inégalité des idées selon la réalité objective : 𝒊𝑥 ≠ 𝒊𝑦.
13) (M3ᵉ) deux réalités objectives de l'idée : finie/infinie
14) (M3ᵉ) deux sens ou modalités de l'existence : non-nécessaire/nécessaire
(idée du triangle, mon existence/idée de Dieu, existence de Dieu)
(existence par un autre/causa sui)
(sens causal du possible : ce dont l'être nécessite une cause/sens causal du nécessaire : ce dont l'être ne nécessite pas de cause)
MÉDITATION 4ᵉ
15) (M4ᵉ) deux hypothèses sur la véracité divine : non-véracité/véracité divine
(imperfection/perfection)
16) (M4ᵉ) deux hypothèses sur la cause (ou raison formelle) de l'erreur : idée positive de Dieu/idée négative du néant
(imperfection/perfection)
17) (M4ᵉ) deux causes mises en cause et mises hors de cause de l'erreur : mon entendement/ma volonté
(ma puissance de connaître/ma puissance d'élire ou mon libre arbitre)
18) (M4ᵉ) deux extensions opposées de ma volonté et de mon entendement :
extension supérieure de ma volonté/extension inférieure de mon entendement
19) (M4ᵉ) deux usages de mon libre arbitre : mauvais/bon
MÉDITATION 5ᵉ
20) (M5ᵉ) ????
21) (M5ᵉ) deux genres d'idées : idée feinte ou factice d'une chose fictive/idée vraie d'une chose réelle
(dépendante de mon esprit/indépendante de mon esprit)
(idée de la Chimère ou de Pégase/idée de Dieu)
(sens logique de l'impossible : ce qui implique répugnance ou contradiction/sens logique du nécessaire : ce dont l'essence implique non-contradiction ou non-imperfection absolue)
22) (M5ᵉ) deuxième des deux arguments sur l'existence de dieu : par l'idée de l'infini (M3ᵉ)/par l'essence du parfait (M5ᵉ)
MÉDITATION 6ᵉ
23) (M6ᵉ) deux manières de penser : imagination/intellection ou conception
(non-nécessaire à l'essence de mon esprit/nécessaire à l'essence de mon esprit)
(esprit tourné vers le corps/esprit tourné vers soi-même)
24) (M6ᵉ) deux sens du corporel, deux corps : un (ou tous les autres) corps/mon corps
deux corps : un (sens générique ou non singulier) ou tous les autres corps/mon corps (singulier absolu, non générique)
implicitement : à la différence de la métaphysique, de l'Arbre de Porphyre
« ce mot de corps est fort équivoque » (à Mesland, 9.2.1645)
25) (M6ᵉ) deux sens de la pensée "du" corps ou du corps pensé : imagination/sentir
nature corporelle qui est l'objet de la géométrie/nature corporelle qui est, en première personne, pensée-sensible, en philosophie première ?

deux enjeux : enjeu explicite : «preuve de l'existence des choses corporelles»
enjeu non explicite : mise en doute (hyperbolique, encore) du sens de l'existence et de la nature des corps/du sens de l'existence et de la nature du corps absolument unique de la chose pensante
26) (M6ᵉ) deux sensibles (corporels ?) : mes membres sensibles/mes sentiments charnels
27) (M6ᵉ) deux capacités sensibles de mon corps parmi les corps :
sentiment de recevoir diverses commodités/sentiment de recevoir diverses incommodités
28) (M6ᵉ) deux sentiments de mon corps parmi les corps :
sentiment de plaisir ou de volupté/sentiment de douleur
29) (M6ᵉ) deux formes de sensibilité supplémentaires : appétits/passions
(faim, soif, etc./joie, tristesse, colère, etc.)
30) (M6ᵉ) deux qualités sensibles des corps autres ou extérieurs au mien :
extension, figures et mouvements/dureté, chaleur, et autres qualités sensibles tangibles ou tactiles
31) (M6ᵉ) les 4 autres sens du sensible : le visible (deux : les couleurs/la lumière), les odeurs, les saveurs, les sons
deux sens du sensible et de la pensée sentante : non tangible/tangible
32) (M6ᵉ) deux sens des sens : sens extérieurs/sens intérieurs ou intimes
33) (M6ᵉ) deux genres d'idées : idées des corps d'où procèdent ces idées des qualités sensibles/autres idées
34) (M6ᵉ) deux raisons de croire sentir des choses vraies et entièrement différentes de ma pensée :
1) présentation à ma pensée sans que mon consentement soit requis
2) nécessaire présence de la chose sensible à l'organe d'un de mes sens,
et impossible de ne pas sentir en présence de la chose sensible
35) (M6ᵉ) deux genres d'idées : idées sensibles/idées fictives ou souvenir,
contraires sous 3 rapports :
vivacité, caractère express et distinction à leur façon supérieures des idées sensibles,
a contrario vivacité, caractère express et distinction inférieures des idées fictives, ou du souvenir
36) (M6ᵉ) deux espèces (ou genres ?) d'idées : idées de la raison ou idées rationnelles/idée des sens ou idées sensibles,
contraires sous 3 rapports :

1) − expresses/+ expresses
2) formées de moi-même/ non formées de moi-même
3) le plus souvent composées de parties d'idées sensibles/le plus souvent composantes des idées de la raison
37) (M6ᵉ) deux sens du corporel, deux corps (pour la seconde fois) :
appartenance − propre et − étroite de tout autre corps/appartenance + propre et + étroite de mon corps propre,
contraires sous 3 rapports :

1) séparabilité possible d'avec tout autre corps/inséparabilité nécessaire d'avec mon propre corps
2) caractère sensible extrinsèque de tout autre corps/caractère sensible intime, interne de tous mes appétits et de toutes mes affections dans et pour mon corps
3) je ne suis pas touché des sentiments de plaisir et de douleur dans les parties d'aucun des autres corps,
a contrario je suis touché des sentiments de plaisir et de douleur dans les parties de mon corps propre
38) (M6ᵉ) deux ordres sensibles, «sans aucun rapport rationnel (au moins que je puisse comprendre)»,
mais institués de nature : sentiment/passion ; émotion/appétit ou désir
comment du sentiment de douleur naît la pensée de tristesse ?
comment du sentiment de plaisir naît la joie ?
comment de la faim («émotion de l'estomac») naît l'appétit de manger ?
comment de la sécheresse du gosier naît le désir de boire ?
39) (M6ᵉ) ????
40) (M6ᵉ) ????
41) (M6ᵉ) ????
42) (M6ᵉ) ????
43) (M6ᵉ) ????
44) (M6ᵉ) ????
45) (M6ᵉ) deux autres enjeux : enjeu explicite : «preuve de la réelle distinction entre l'âme et le corps de l'homme»
enjeu non explicite : mise en doute (hyperbolique, encore) du sens de la distinction, et de l'union, entre la pensée et son "corps" en première personne absolument unique ?
46) (M6ᵉ) ????

Les deux substances (étendue, non-pensante/pensante), les deux sens de la substance (substrat, pensé/pensante), et les deux sens du corporel (« ce mot de corps est fort équivoque », à Mesland, 9.2.1645) sont-ils des cas supplémentaires qui vérifient eux aussi cette même structure systématique ?

Descartes (Méditation 6ᵉ) distingue non seulement :
deux corps : un (sens générique ou non singulier) ou tous les autres corps/mon corps (singulier absolu, non générique)
deux sens du corporel : inséparé/séparé (appartenance − propre et − étroite de tout autre corps/appartenance + propre et + étroite de mon corps propre)
mais aussi :
deux liens (contraires) entre les corps : non charnel, insensible, non réflexif ou non spirituel/charnel, sensible, pensant (partie de la substance étendue/???? du corps unique de la pensée ou de la chose pensante-sentante
deux corps, au sens de : corps qui sont hors de moi/corps qui n'est pas hors de moi, autrement dit : corps non en eux-mêmes et non pour eux-mêmes/corps en soi-même et pour soi-même

deux ordres : ordre non naturel/ordre de la nature («j'ai accoutumé de 1) pervertir et 2) confondre l'ordre de la nature»)

La Méditation 6ᵉ montre vraiment combien la philosophie première cartésienne procède complètement à rebours de la métaphysique, qui s’élève de bas en haut de l’Arbre de Porphyre. Descartes descend, de plus en plus profondément, dans les deux sens du corporel et du sensible.

Même opération analogue dans les Méditations 1-2ᵉ, 3ᵉ et 6ᵉ : Descartes cherche, et trouve, dans les trois cas, quelque chose d'absolument unique : moi, l'idée de l'infini, mon corps.


Mi-vie. Nouvelle profondeur. Nouveau commencement de la vie. Plus vraie, plus questionante. Nous commençons à sentir qu'il y a plus en nous. Bien plus, de vie, de désir. Les anciennes façons de “vivre”, d'être, de penser, ne nous satisfont plus, elles ne sont plus la nôtre.
Sens de Descartes pour nous.


La philosophie est l'affaire toute personnelle de celui qui philosophe.
commencer dans le dénuement absolu, complet.
Modèle des méditations auxquelles doit se livrer le philosophe débutant.
Retour, devenir, renaissance du philosophe à soi-même, et soi-même comme question vivante.
Implique et signifie, simultanément, mise en question radicale, d'absolument tout.

Question cartésienne : Que signifie questionnement philosophique à l'état pur, doute radical (ou même ἐποχή) ?
Que signifie questionner, à l'état pur ? La question de l'être se pose-t-elle sans rien présupposer, pas même un seul (ou deux) sens de "être" ? S'agit-il précisément de découvrir que non ?
Découverte que questionner renvoie, au moins et avant tout, à moi-même et à mon être.
Découverte que la dimension logique de la pensée (la question, en tant que telle) débouche en dernière analyse et en premier lieu dans l'être et la philosophie première. La philosophie première excède la logique, et est première.


a) Dans le doute :
Si le doute est analysé, en troisième personne, l'analyse est naïve et n'est pas fidèle au doute, qui est effectué en première personne.
Si je doute en première personne, puis-je interroger le doute de manière critique ?

En un sens, le doute (en première personne) signifie que toute analyse logique est naïve, qu'elle s'ignore elle-même en tant qu'analyse logique, qui suppose toujours un être, irréductible à toute analyse logique, et qu'elle ne peut tirer l'échelle à soi, et se clore sur soi.

La seconde question est mal posée. Il ne s'agit pas de commencer par "interroger le doute de manière critique". Il s'agit de commencer par chercher à comprendre le sens du doute.

Tout philosophe ne dit-il pas les choses autrement que le philosophe qu'il explique ?, se demande Alquié.
Ce doute est le doute. Alquié dit "le commentateur" et "l'auteur". Il faut que le "commentateur" devienne, et reste, philosophe (questionnement), et que "l'auteur" redevienne et reste philosophe (questionnement). On ne peut comprendre un philosophe sans devenir soi-même un philosophe (Alquié, Qu'est-ce que comprendre un philosophe ?). Et sans que l'autre philosophe redevienne philosophe, question.


b) Descartes–Husserl : aller et retour
Husserl comprend le doute comme négation (jugement), et pense radicaliser le doute par l’ἐποχή, comme suspension du jugement.
Mais la 1ᵉ Méditation signifie que Descartes conditionne la radicalité du doute à la volonté plutôt qu’à l’entendement (jugement) et, étonnamment, à l’imagination (fiction ou hypothèse du malin génie).

Sur la volonté :
Qu'est-ce qui précède ou conditionne la volonté (de douter) ? Que signifie volonté de douter ? Volonté de vérité (Nietzsche) ?

Sur l'imagination :
Puis-je imaginer plus radical qu'une fiction ou hypothèse ?
Puis-je imaginer une fiction ou hypothèse plus radicale que celle du malin génie ?

Le premier paragraphe de la 1ᵉ Méditation commence par dire que la radicalité du doute est, avant tout, conditionnée par… l’attente et l’arrivée d’un âge ultime et suprême (du philosophe, de la vie philosophique).


c) Le doute comme quête de la limite minimale à l'hypothèse de l'anéantissement total, et sa rencontre dans l'impossibilité de «n'être rien» :
Est-ce « n'être rien » premier sens minimal, contradictoire, de « être » ?
Ou est-ce, au contraire, « être, exister » qui est le premier sens (à l'instar de la primauté de l'infini sur le fini) ?

Qu'est-ce que ça signifie ? Non pas "n'être rien" ou "le néant" comme premiers concepts logiques. Sa question est : y a-t-il une limite minimale absolue à l'hypothèse de l'anéantissement total ? Y a-t-il une limite minimale absolue à l'hypothèse « Rien n’est » ou « Il n’y a rien » ?


d) Que signifie "commencer", "primauté", "primat", "première" ? Pourquoi ? Et qu'est-ce qui l'est (en philosophie première) ?
Marion (Sur le prisme métaphysique de Descartes, p. 39-40 : « La primauté ressortit à l'ordre de la connaissance, telle qu'elle détermine la manière cartésienne de philosopher. Selon l'ordre de la connaissance, la connaissance a une priorité absolue […] plus exactement, la primauté qualifie toutes les pensées, pourvu qu'elles suivent l'ordre même de la pensée à l'œuvre […] ; une chose en précède une autre (et confirme ainsi la nouvelle définition de la primauté) quand, et seulement quand elle en rend la connaissance possible. » (je souligne)

Primauté de la philosophie première comme "science des principes" (au pluriel), « des principes de la connaissance ».
« il faut commencer par la recherche de ces premières causes, c'est-à-dire des principes ».


e) Changement de sens (signification, orientation et sensibilité) de la "métaphysique", et philosophie première :
"Métaphysique", au sens pré-cartésien (d'origine aristotélicienne) : science (non restreinte) supra-physique et supra-mathématique du supra-naturel ou sur-naturel, c'est-à-dire science de Dieu, de l'âme et de l'être (et des transcendantaux convertibles avec l'être).
Arbre de Porphyre (Εἰσαγωγή aux Catégories d'Aristote), dont la Logique est l'âme et dont la cîme est la Métaphysique.
Sens de la vie philosophique : ascension, élévation spirituelle, correspondant à la transcendance réelle du sujet de la métaphysique à l'égard du mouvement, de la matérialité, et du temps.
"Philosophie première" (Méditations de) au sens cartésien : science des premières causes, c'est-à-dire des principes.
Arbre cartésien de la Philosophie, « dont les racines sont la Métaphysique [au nouveau sens de philosophie première ou distincte d'elle ?], le tronc est la Physique » et dont la cîme est la Morale, « j’entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse » (Principes de la philosophie). Quelle est l'âme de l'arbre cartésien ?
Sens de la vie philosophique : approfondissement, infra-physique et infra-géométrique, de l'enracinement ou des racines philosophiques premières, et élévation morale ?

Marion (Prisme, p. 34) : L'originalité des Meditationes tient à ceci, qu'elles ne sont pas Metaphysicae.

Descartes pense sa philosophie première comme préalable à toute "métaphysique", ou redéfinit la "métaphysique" comme philosophie première au sens cartésien.


f) Descartes–Hegel
Hegel, Science de la Logique
Robert B. Pippin, Hegel's Realm of Shadows: Logic as Metaphysics in The Science of Logic (1998)
Gregory S. Moss, Hegel’s Foundation Free Metaphysics: The Logic of Singularity (2020). Review
Jacob McNulty, Hegel's Logic and Metaphysics (2023). Rechercher occurrences "Descartes", "infinite".
Problème des fondements de "la" Logique : Logique d'antan (présupposant les présupposés métaphysiques de la première (et seconde ?) scolastique), et nouvelle "Logique". Irrationalité de la logique d'antan, et nouveau sens du sens ou de la pensée.
Relire Massimilliano Savini, Johannes Clauberg : Methodus cartesiana et ontologie
Le problème du rapport de primauté entre logique et métaphysique est déjà une quaestio de la littérature scolastique de la première moitié du XVIIᵉ (Goclenius, Georg Gutke, Clauberg).
Risse, Die Logik der Neuzeit

«Only with a concept that vouchsafes its own instantiation, such as the I-concept of Descartes’ Cogito or the God of his ontological argument, can we derive a complete table of the categories.» (McNulty, Hegel's Logic and Metaphysic, xiv)

« Le commencement est l'être pur » : ? Il importe que Hegel commence par "l'être pur" plutôt que "le néant pur".
« L'être est le néant » : l'être est l'infini (aucun étant, rien d'étant, de fini) ; "différence ontologique"
« Le néant est l'être » : ? en ce sens, cependant, quoi ?
« L'être et le néant sont le même » : l'être est le devenir. Le commencement est le devenir.

L'infini
Or je dis que la notion que j'ai de l'infini est en moi avant celle du fini, pour ce que, de cela seul que je conçois l'être ou ce qui est, sans penser s'il est fini ou infini, c'est l'être infini que je conçois ; mais, afin que je puisse concevoir un être fini, il faut que je retranche quelque chose de cette notion générale de l'être, laquelle doit par conséquent précéder.
Lettre de Descartes à Clerselier du 23 avril 1649, AT, V, 356
Comment la pensée de l'infini diffère-t-elle entre Descartes et Hegel ?


g) Descartes–Bergson : aller et retour
Notes sur le Descartes de Bergson.

Quand Bergson se met à parler de Descartes, j'attends qu'il en parle autrement que rétrospectivement. Le fait-il en 1933 dans La philosophie française ? Tout au contraire. Vraiment étonnant.
Bergson commence par dire ouvertement qu'il ne fera pas d'analyse de Descartes, parce qu'elle irait à l'infini. (Et bien, ne serait-ce pas justement aller droit à… l'intuition philosophique de Descartes : l'infini ?).
On s'attend donc à ce qu'il en cherche l'intuition philosophique. Mais est-ce ce qu'il fait ? Bergson dit alors cette chose stupéfiante de sa part : « Mais de même que l'anatomiste fait dans un organe ou dans un tissu une série de coupes qu'il étudie tout à tour, ainsi nous allons couper l'œuvre de Descartes par des plans parallèles situés les uns au-dessous des autres, pour obtenir d'elle, successivement, des vues de plus en plus profondes. »
N'est-ce pas le contraire même de la façon bergsonienne de penser et d'entrer dans le vivant !?

Cinq coupes anatomiques parallèles de Bergson dans Descartes,
de la plus superficielle aux plus profondes
La philosophie française, 1933
philosophie des idées « claires et distinctes »
ne plus admettre d'autre marque de la vérité que l'évidence
théorie de la méthode
théorie générale de la nature
théorie de l'esprit, ou de la pensée :
un effort pour résoudre la pensée en éléments simples ;
surtout : l'idée que la pensée existe d'abord
au fond de la théorie cartésienne de la pensée,
il y a un nouvel effort
pour ramener la pensée, au moins partiellement, à la volonté

Bergson reprend l'historiographie philosophique des "frères ennemis" ou "pères ennemis" de "l'esprit moderne" (Descartes et Pascal), il ne la critique pas. Étonnant, à nouveau.




Projets de lectures :
Vrai titre et sous-titre original : Metaphysical Animals: How Four Women Brought Philosophy Back to Life


Clare Mac Cumhaill and Rachael Wiseman discuss Metaphysical Animals: How Four Women Brought Philosophy Back to Life
Benjamin Lipscomb, The Women Are Up to Something: How Elizabeth Anscombe, Philippa Foot, Mary Midgley and Iris Murdoch Revolutionized Ethics
Simone de Beauvoir, La cérémonie des adieux, suivi des Entretiens avec Jean-Paul Sartre, août-septembre 1974
Iris Murdoch, Sartre. Un rationaliste romantique
Pierre Hadot, Wittgenstein et les limites du langage

Hans Blumenberg, La Vérité nue

Baptiste Morizot, L'inexploré

Julien d'Huy, Cosmogonies. La Préhistoire des mythes
Jean-Loïc Le Quellec, Avant nous le Déluge ! L'humanité et ses mythes
Id., La caverne originelle. Art, mythes et premières humanités

Sandra Laugier, Recommencer la philosophie. Stanley Cavell et la philosophie en Amérique
Jean Wahl, Les Philosophies pluralistes d'Angleterre et d'Amérique

Ángel Garrido, Urszula Wybraniec-Skardowska (ed.), The Lvov-Warsaw School. Past and Present
Jan Woleński, L'École de Lvov-Varsovie. Philosophie et logique en Pologne (1895-1939)

Gillian Russell, Barriers to Entailment: Hume's Law and Other Limits on Logical Consequence

Pierrot Seban, Le temps et l'infini. Sur les paradoxes de Zénon

Musique :
Synthwave

Courses historiques, en première personne :
GPLaps: Classic Racing Sims, Vintage Racing, History, Reviews and more!
Ted Meat. A Let's Play channel focusing on retro racing sims: Grand Prix, IndyCar Racing
GPLRACER is a Grand Prix Legends Mods Online Racing League
THRacing is a community of racers, which race vintage cars on historic tracks in Assetto Corsa Grand Prix Legends Mod (1967 F1 cars)
Grand Prix Legends, Grand Prix 2, 4
F1 2010, 2013, 2019, 2020, 2021, 2023
Test Drive: Ferrari Racing Legends
Need For Speed: The Run, Shift, Shift 2, 2015, Payback, Heat, Unbound
Peter Nygaard, Formule 1
Nicolas Meunier, Formule 1 mythiques

Japon historique :
Like a Dragon: Ishin!
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Like a Dragon: Pirate Yakuza in Hawaii (fév 2025)
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