Les autres philosophes | Philosophie pour enfants ou adultes: Aristote

Socrate

L'être

La question est Socrate. Socrate est la question.


Argumentaire par questions et réponses
en cours d'invention


1ᵉ question : Qu'est-ce que l'ironie
socratique ?



Dossier de lectures philosophiques
Gregory Vlastos, Socrate, Ironiste et philosophe moral
Denis Bouchard, L'ironie socratique
Søren Kierkegaard, Le concept d'ironie constamment rapporté à Socrate

Michel Foucault, Le courage de la vérité. Cours au Collège de France. 1984



2ᵉ question : Qu'est-ce que dialoguer, et la dialectique socratique ?
L'essence de la parole et de la raison (λόγος)

Qu'est-ce que dialoguer/la dialectique ?
La question
de « l'essence »,
de l'εἶδος et de l’ἰδέα
L'essence
du λόγος
Le raisonnement
de la raison
La descente dialectique L'ascension dialectique
? S'adresser à soi,
à quiconque
Questionner, questionner, questionner
Répondre et recevoir une réponse
La définition
doit faire voir et entendre
la raison
? ?
? ? en vertu de laquelle
un étant est ce qu'il est
? ?
en cours

Il est bien possible que la question socratique (Qu'est-ce ?, τί ἐστι) soit déjà déformée quand on y voit, rétrospectivement, celle de « l’essence » (οὐσία).
D’autant plus si on fait abstraction de ce sur quoi elle porte pour Socrate : l’ἀρετή.
L’εἶδος et l’ἰδέα est et vise autre chose que l’οὐσία.

L'être-bon, la perfection appartient à l'être de chaque Idée. […] Le caractère idéal est autre chose que le caractère générique commun. Le premier se trouve plus ou moins imprimé ou estompé, tandis que les marques du second doivent pouvoir se rencontrer tout aussi précisément dans l'exemplaire imparfait que dans l'exemplaire parfait. Qu'on songe à l'être humain idéal et au caractère générique de l'être humain.

Friedrich Nietzsche, Platon, Cours à l'Université de Bâle de l'hiver 1871–72,
§ 16. L'élément éthique dans la genèse de la doctrine des Idées

La question de « l'essence »
  • La définition logique (διὰ λόγων, dialectique au sens où la pensée se meut vers et à travers la définition, λόγος, de l'essence), dont le principe logique est la contradiction :
    La définition se définit comme ce en quoi – la conception, au double sens du mouvement logique et de son résultat : le concept – l'essence d'une chose est conçue, dans l'unité de son genre et sa différence spécifique. La définition se définit donc comme : le rassemblement de la division logique (des genres selon leurs espèces).

  • L'essence de la parole et de la raison (λόγος)
  • L'engendrement & l'enchaînement dialectique des questions & des réponses (διὰ λόγων, dialectique au sens où la pensée se meut par et à travers la question & la réponse de la parole), dont le principe logique est, en plusieurs sens, la contradiction :
      ● Par le partage – union et division – de la parole dans le dialogue contradictoire de la question et de la réponse : une réponse est le dépassement (Aufhebung) d'une question, sa contra-diction, le mouvement dialectique par lequel la question se nie (une réponse n'est pas sa question) & s'affirme (une réponse est sa question répondue) en sa réponse, qui se nie & s'affirme en sa mise en question, etc.
      ● Par le partage – union et division – de la parole dans le dialogue contradictoire du pro et contra par lequel le vrai se départage du faux.
      ● L'impossibilité logique de concevoir la question et la réponse suivante sans et avant de concevoir la question et la réponse préalable, la nécessité logique de l'enchaînement dialectique des questions et des réponses.
      ● La contradiction est aussi le principe logique de l'exercice dialectique de se questionner et se répondre – par et à soi et les uns aux autres – au sens où se questionner et se répondre nécessite de questionner et répondre par oui et par non, par l'affirmation et par la négation.
  • La descente dialectique
  • La division logique (Διαίρεσις, la diérèse socratique, la division des genres selon leurs espèces), dont le principe logique est la contradiction (de l'un et du multiple, du même et de l'autre) : division de l'un (le genre) dans le multiple (ses espèces) et réunion du multiple (les espèces) dans l'unité (de leur genre commun).
    Division logique du sujet, du prédicat et de la copule, division logique des cinq prédicables ou universaux (le genre, l'espèce, la différence, le propre, l'accident), division logique des dix catégories, prédicaments ou genres suprêmes (l'essence et les neufs genres de l'accident), division logique de l'affirmation et de la négation, division logique du vrai et (à partir) du faux, division logique de la vérité en vérité de raison ou vérité nécessaire et vérité de fait ou vérité contingente, division logique de l'impossible et du nécessaire, etc.

  • Le raisonnement de la raison :
    La réfutation, par le raisonnement par l'absurde, et les conséquences logiques, héritage de la dialectique de Zénon d'Élée
  • La démonstration logique (διὰ λόγων, dialectique au sens où la pensée se meut par le raisonnement, notamment le syllogisme, et la rationalité), dont le principe logique est, en plusieurs sens, la contradiction :
      ● Le mouvement logique du raisonnement est contradictoire au sens où il est à la fois réfutation (l'ἔλεγχος, l'elenchos socratique) du faux – y compris des faux présupposés – et démonstration du vrai.
      ● Le principe logique de la réfutation du faux (l'ἔλεγχος, l'elenchos socratique) est la contradiction parce qu'elle procède par la mise en contradiction avec soi-même.
      ● Le principe logique de la démonstration du vrai est la contradiction parce qu'une pensée ne démontre sa vérité que dans sa confrontation avec sa contradictoire par laquelle la vérité surmonte la contradiction.
      ● La contradiction est le principe logique de la démonstration au sens où l'exercice dialectique se définit comme celui d'examiner quelles conséquences s'ensuivent ou résultent de deux hypothèses contradictoires.
      ● Est fausse l'implication dont la contradictoire du conséquent ne contredit pas l'antécédent, est vraie l'implication dont la contradictoire du conséquent contredit l'antécédent.
  • L'ascension dialectique
  • L'analyse ou résolution logique, jusqu'à l'élévation aux premiers principes anhypothétiques de la pensée ou du sens, dont le principe des principes logiques est la contradiction :
    Quel est le premier principe dialectique en lequel s'analyse la dialectique de la pensée telle qu'elle est conçue par Socrate ? Savoir ne pas savoir (la contradiction ou l'ironie socratique). La science de l'ignorance.


  • à suivre



    3ᵉ question : Qu'est-ce que le Sophiste ?
    L'autre fils de Parménide

    Qu'est-ce que le Sophiste ? Rien de moins que ce qui nécessite le Sophiste. Qu'est-ce que le Sophiste ? Dialogue, de cinq êtres, et de cinq genres de l'être. Dialogue central des cinq derniers dialogues socratiques de Platon : 1. Parménide, 2. Théétète, 3. Sophiste, 4. Politique, 5. Philosophe.

    Dans quel ordre ? Dans quel ordre d'entrelacements et de correspondances ? Dans quel ordre de succession le raisonnement suivi par Platon va-t-il ? Pourquoi ces cinq ? Serait-ce, en outre, que l'être du Sophiste hante les cinq genres de l'être, et que les cinq genres de l'être sont hantés par l'être du Sophiste ?

    Qu'est-ce que l'être – l'essence et l'être lui-même (τὸ ὄν) – du Sophiste ?
    Qu'est-ce que les plus grands des genres de l'être ?
    Qu'est-ce que la dialectique
    des cinq êtres et des cinq genres
    de l'être – l'essence et l'être lui-même (τὸ ὄν) – du Sophiste ?
    Théétète Théodore de Cyrène Socrate le jeune L'Étranger d'Élée Socrate
    Le mouvement
    (κινήσις)
    Le repos
    (στάσις)
    Le même
    (τὸ ταὐτὸν)
    L'autre
    (θάτερον)
    L'être
    (τὸ ὄν)
    Le mouvement est autre
    que le repos

    Le mouvement est

    Le mouvement est autre
    que le même
    Le repos est Mutisme du même,
    la parole ne peut être
    si l'autre n'est pas,
    si l'être est le même
    ou l'un

    Tout participe au même
    Tous les autres genres
    participent à l'autre

    L'autre est l'intermédiaire
    (μεταξύ)

    Le non-être est l'autre

    Dire faux est
    dire l'autre de l'être,
    l'autre du même,
    et le même de l'autre
    L'être est autre
    que le mouvement et le repos

    Chaque genre est,
    participe à l'être

    L'être lui-même
    est autre
    que tout étant
    et que tout genre

    L'être est
    puissance de communauté
    (δύναμις κοινωνίας)
    Contra.
    immobilité éléate
    et sophismes
    de Zénon d'Élée :
    1ᵉ La Dichotomie
    261 b
    2ᵉ Achille
    3ᵉ La Flèche
    4ᵉ Le Stade

    Contra. Gorgias
    MXG 980ª1–8
    Contra. Héraclite
    (Πάντα κινεῖται),
    Cratyle
    et Protagoras

    Contra. Gorgias MXG
    ? Contra. les Mégariques
    et Antisthène
    (Οὐκ ἔστιν ἀντιλέγειν)
    251 c
    ?
    1 2 3 4 5
    en cours

    Chaque entrelacement (συμπλοκή) est une conséquence onto-logique de la communauté onto-logique des genres (κοινωνία τῶν γενῶν). Conséquences nécessaires. Entrelacements de raisonnements par réduction à l'impossible.

    Y compris pour le nombre total d'hypothèses possibles sur la communauté des genres. Seules 3 hypothèses sont possibles, dont la 3ᵉ se subdivise en 3 sous-hypothèses (communauté étroite, large, ou totale) :
    H1) Aucune communauté possible entre les genres (Antisthène) ; → raisonnement par réduction à l'impossible.
    H2) Tous les genres peuvent être en communauté ; → raisonnement par réduction à l'impossible.
    H3) Certains genres seulement sont en communauté, d'autres non (251 d – 253 b) ; → nécessaire.
        H3-1) Parmi les premiers, quelques-uns sont en communauté avec peu ;
        H3-2) D'autres sont en communauté avec beaucoup ;
        H3-3) Les autres sont en communauté avec tous ;

    Théétète (le mouvement) présente Socrate l'homonyme (le même) à Socrate (l'être), puis à l'Étranger d'Élée (l'autre). Théodore (le repos), qui avait précédemment présenté Théétète (le mouvement) à Socrate (l'être), présente ensuite l'Étranger d'Élée (l'autre) à Socrate (l'être) et à Théétète (le mouvement). Théétète (le mouvement) propose enfin Socrate l'homonyme (le même) à l'Étranger (l'autre), qui en fera son interlocuteur dans le Politique.

    Socrate l'homonyme (le même) est présenté par Théétète (le mouvement), et par Théodore (le repos) dont il suit les leçons et qu'il accompagne.
    L'Étranger d'Élée (l'autre) est présenté par Théodore (le repos) à Socrate (l'être), et par Théétète (le mouvement) avec qui il vient de dialoguer.

    à suivre


    Qu'est-ce que le non-être (τὸ μὴ ὂν) ?
    Contradiction, altérité, ou négativité ?
    Parménide

    Le non-être n'est pas
    Socrate et Platon

    Quand nous énonçons le non-être (τὸ μὴ ὂν),
    ce n'est point là, semble-t-il,
    énoncer quelque chose de contraire à l'être
    (οὐκ ἐναντίον τι),
    mais seulement quelque chose d'autre
    (ἀλλ’ ἕτερον μόνον). (257 b)

    Distinction entre ἐναντίωσις et ἀντίϑεσις
    Hegel

    L'être est le néant.
    Le néant est l'être.
    L'être et le néant : le même.
    en cours

    Qu'est-ce que le Sophiste ? :
    Protagoras d'Abdère (ca. 480–421)
    Gorgias
    Euthydème et Dionysodore

    à suivre


    Le combat de géants sur l'essence
    (γιγαντομαχία περὶ τῆς οὐσίας, 246 a – 250 e)
    L'essence (οὐσία) est identique au corps (σῶμα),
    le tangible

    αἴσϑησις
    L'essence (οὐσία) est l'εἶδος,
    certaines εἴδη intelligibles et incorporelles

    νοεῖν, λόγος

    Question aux partisans de la thèse adverse :
    Quelque chose d'autre est-il ?
    Admettent-ils que
    le juste, l'injuste, le sensé, l'insensé est ?

    Quel est donc le genre commun
    au corporel et à l'incorporel ?
    Définition de l'être comme δύναμις εἴτ᾽ εἰς τὸ ποιεῖν εἴτ᾽ εἰς τὸ παϑεῖν
    par le corps,
    grâce à l'αἴσϑησις,
    communauté avec
    le devenir (γένεσις)
    toujours autre
    par l'âme,
    grâce au raisonnement,
    communauté avec
    l'essence (οὐσία)
    toujours la même qu'elle-même
    en cours


    Dossier de lectures philosophiques
    Plotin, Ennéades, VIᵉ Ennéade (Traités 42–44) : Des genres de l'être
    Martin Heidegger, Platon : Le Sophiste, Cours du semestre d'hiver 1924–25 à Marbourg
    Paul Ricœur, Être, essence et substance chez Platon et Aristote. Cours professé à l'Université de Strasbourg en 1953–54
    Hervé Pasqua, L'unité de l'Être parménidien
    Id., L'Être comme πολλά chez Platon. Les enseignements du Parménide et du Sophiste
    George Briscoe Kerferd, Le mouvement sophistique

    Jean-François Mattéi, L'Étranger et le simulacre : Essai sur la Fondation de l'ontologie platonicienne
    Marc-Antoine Gavray, Simplicius lecteur du Sophiste : Contribution à l'étude de l'exégèse néoplatonicienne tardive
    Nicolas Pineau, La cigale par les ailes : Zénon d'Élée par ses surnoms
    Arnaud Dewalque, Recueil de textes de Bruno Bauch, Hermann Lotze, Hermann Cohen, Paul Natorp, Wilhelm Windelband, Émil Lask et Richard Hönigswald Sur la théorie platonicienne des idées
    International Conference, 17–18 juin 2021: Platonic Categories
    Symposium Platonicum XIII, 18-22 juillet 2022, Athens : Le Sophiste de Platon
    Anthony Bonnemaison, Le philosophe entre chien et loup : Platon et le risque de la sophistique



    4ᵉ question : Qu'est-ce que le Parménide ?
    Si Parménide, quelles conséquences ?
    Socrate
    Parménide m'apparaît, selon le mot homérique, à la fois « vénérable et redoutable ». Car le fait est que je me suis trouvé en compagnie de l'homme, moi tout jeune et lui très vieux (Parménide, 127 b–c), et il m'est apparu avoir une sorte de profondeur qui, en tous points, dénote une grande race. Je crains donc à la fois que ses paroles, nous ne les comprenions pas, et que ce qu'il pensait en les disant nous dépasse de beaucoup plus ;

    Platon, Théétète, 183 e

    Parménide d'Élée
    Dire : Est
    Dire : ce que dire est ; Dire : ce que dire est veut dire
    Premier sentier (ὁδὸς)
    de recherche (διζήσιος)
    de la compréhension (νόημα, τὸ νοεῖν)
    de la vérité (ἀληϑείη)
    Second sentier (ἀταρπός)
    de recherche (διζήσιος)
    de la compréhension (νόημα, τὸ νοεῖν)
    de la vérité (ἀληϑείη)
    Troisième sentier
    battu (παλίντροπος)
    de la pensée errante (πλαγκτὸν νόον)
    des mortels (βροτοὶ)
    à deux têtes (δίκρανοι)
    qui ne savent rien (εἰδότες οὐδέν)
    ἔστιν τε καὶ ὡς οὐκ ἔστι μὴ εἶναι,
    Est et n'est pas [possible de] ne pas être
    (fr 2, 3)
    οὐκ ἔστιν τε καὶ ὡς χρεών ἐστι μὴ εἶναι,
    N'est pas et est nécessaire de ne pas être
    (fr 2, 5)
    χρὴ τὸ λέγειν τὸ νοεῖν τ' εὸν ἔμμεναι·ἐστὶ γὰρ εἶναι,
    Il faut dire et penser l'étant être ; est en effet être
    (fr 6, 1)

    Par nécessité
    car impossible
    est
    le contraire
    (Être : n'être pas)

    Symétrie
    (συμμετρία)
    de la contradiction
    μηδὲν δ' οὐκ ἐστίν·,
    néant n'est pas.
    (fr 6, 2)

    Par nécessité
    car impossible
    est
    le contraire
    (N'être pas : être)

    Symétrie
    (συμμετρία)
    de la contradiction
    τὸ πέλειν τε καὶ οὐκ εἶναι τωὐτὸν νενόμισται
    κοὐ τωὐτόν·
    qui l'estiment être et ne pas être même
    et non même
    (fr 6, 8–9)






    sentier dont il faut s'écarter
    βουστροφηδόν
    mouvement allant alternativement
    de gauche à droite, et de droite à gauche
    βουστροφηδόν
    mouvement allant alternativement
    de gauche à droite, et de droite à gauche
    βουστροφηδόν
    mouvement allant alternativement
    de gauche à droite, et de droite à gauche
    Sentier de l'être nécessaire Sentier du nécessaire non être Sentier de l'être contingent
    μοῦνος δ᾽ ἔτι μῦϑος ὁδοῖο
    λείπεται, ὡς ἔστιν·
    Seule donc la parole du sentier
    reste, que est
    (fr 8, 1–2)

    4 conséquences paradoxales s'ensuivent :
    1ᵉ : l'étant est inengendré et impérissable
    (ἀγένητον καὶ ἀνώλεϑρόν)
    2ᵉ : entier et uniforme (οὖλον μονογενές)
    3ᵉ : immobile (ἀτρεμές)
    4ᵉ : parfait (τελεστόν)

    à suivre

    en cours

    Ce que Platon lit dans le Poème de Parménide, c'est la tâche de Dire : est. Dire : ce que dire est ; Dire : ce que dire est veut dire. L'inauguration de la différence entre être au sens pur et simple, absolu ou sans restriction (εἰλικρινές) et être seulement au sens restreint ou qualifié.
    Ce que Platon lit dans le Poème de Parménide, c'est la règle à suivre du jeu (ou sentier et méthode) des hypothèses, que le Parménide est.


    Dossier de lectures philosophiques
    Parménide, Le Poème. Édition de Jean Beaufret
    Parménide, Le Poème : Fragments, Texte grec, traduction, présentation et commentaire par Marcel Conche
    Parménide, Sur la nature ou sur l'étant. La langue de l'être ? Présenté, traduit et commenté par Barbara Cassin
    Parménide, Fragments Poème, précédé de Parménide : Énoncer le verbe être, par Magali Année
    Jean Zafiropulo, L'École Éléate : Parménide – Zénon – Mélissos
    Alexander Mourelatos, The Route of Parmenides

    John Palmer, Parmenides & Presocratic Philosophy
    Michael V. Wedin, Parmenides' Grand Deduction: A Logical Reconstruction of the Way of Truth
    Arif Yildiz, Hegel's Critique of Parmenides in the Science of Logic
    Louise Guillemot et Lauranne Quentric, Parménide et la fille du Soleil

    Eli Adam Deutscher, Parmenides the Polemicist: The Eleatic Crisis and the Indeterminate Ground of Thought
    Maria Leonor Xavier, Anselm’s Metaphysics in the Lineage of Parmenides: Nihil est per nihil


    Gorgias
    Traité du non-être
    Si le non être est non être,
    non moins que l'étant, le non-étant serait.
    Car le non-étant est non-étant
    tout comme l'étant étant.
    De sorte que sont, en rien plus que ne sont pas,
    les choses [dont on parle].

    Εἰ μὲν γὰρ τὸ μὴ εἶναί ἐστι μὴ εἶναί,
    οὐδὲν ἂν ἧττον τὸ μὴ ὂν τοῦ ὄντος εἴν·
    Τό τε γὰρ μὴ ὄν ἐστι μὴ ὄν,
    καὶ τὸ ὂν ὄν,
    ὥστε οὐδὲν μᾶλλον εἶναι ἢ οὐκ εἶναι
    τὰ πράγματα·

    Version de l'Anonyme (MXG, 979 a 25–28)


    Et certes le non-étant, quant à lui, n'est pas.
    Car si le non-étant est,
    alors il sera et en même temps ne sera pas ;
    en effet,
    dans la mesure où d'une part il est pensé comme n'étant pas, il ne sera pas ;
    mais dans la mesure il est non-étant, à rebours il sera.

    Version de Sextus Empiricus (Adv. Math., VII, 67. 1–4)
    2 3
    ? ? ?
    ? ? ?

    en cours


    Dossier de lectures philosophiques
    Barbara Cassin, L'effet sophistique, contenant la réédition du Traité du non-être de Gorgias publié dans Si Parménide
    Monique Dixsaut, Platon et la leçon de Gorgias : Pouvoir tout dire de l'être, ne rien pouvoir dire de ce qui est, dans Platon, Source des présocratiques

    Peter L P Simpson, Gorgias versus Parmenides


    Comment ce problème se rattache-t-il à la question que nous avons appelée ontologique de second degré (non plus : Qu'est ceci, cela ? mais : Qu'est l'être ?) ? […] Qu'est-ce que le problème de la « participation des genres » ajoute à celui de la dialectique ? La dialectique c'est la participation à l'œuvre, au travail dans une méthode ; la participation, c'est la dialectique réfléchie, c'est-à-dire considérée sous l'angle de ses conditions de possibilité.


    Qu'est-ce que la participation (μέθεξις) ?
    De quelles hypothèses s'ensuivent
    l'impossibilité ou la possibilité (logique et métaphysique) de la participation ?
    Le double problème de la participation
    Qu'est-ce que
    la participation de l'intelligible à l'intelligible,
    des idées ou idéalités (ἰδέαι) les unes aux autres ?

    Quels sont les plus grands genres, les genres suprêmes ?
    En quelles relations d'implication et d'exclusion sont-ils ?
    Qu'est-ce que
    la participation des étants sensibles
    à l'être intelligible ?


    Tentative d'interprétation du Parménide (en cours) :

    La dialectique des neuf hypothèses
    du Parménide de Platon
    1ᵉ hypothèse
    Si l'un est un,
    quelles conséquences pour lui-même ?

    Série des 4 hypothèses sur l'être de l'un Série des 4 hypothèses sur le non-être de l'un
    2ᵉ hypothèse
    Si l'un est,
    quelle est sa nature relativement au non-un ?
    6ᵉ hypothèse
    Si l'un n'est pas,
    quelle est sa nature relativement au non-un ?

    Antisthène
    Sophiste 244 b – d et 251 c
    3ᵉ hypothèse
    Si l'un est,
    quelle est sa nature en soi ?
    7ᵉ hypothèse
    Si l'un n'est pas,
    quelle est sa nature en soi ?
    4ᵉ hypothèse
    Si l'un est,
    quelle est la nature du non-un relativement à l'un ?

    Paradoxe sophistique
    de l'impossibilité du faux
    Euthydème 283 e – 286 b
    et Sophiste
    8ᵉ hypothèse
    Si l'un n'est pas,
    quelle est la nature du non-un relativement à l'un ?
    5ᵉ hypothèse
    Si l'un est,
    quelle est la nature du non-un en soi ?
    9ᵉ hypothèse
    Si l'un n'est pas,
    quelle est la nature du non-un en soi ?

    Gorgias, MXG 979 a 18–20 ?
    Source : Alain Séguy-Duclot, Le Parménide de Platon ou le jeu des hypothèses


    On découvre ainsi que les Première, Quatrième et Sixième Déductions reflètent chacune, à sa manière, l’une des diverses appropriations réductrices dont Parménide a fait l’objet parmi les Sophistes. La Première Déduction est typiquement Gorgienne tant dans ses arguments que dans ses conclusions. La Quatrième Déduction repose sur une compréhension des usages de « n’est pas » comme équivalent à « n’est en aucun cas » qui sous-tend le paradoxe sophistique selon lequel la fausseté est impossible, un paradoxe que l’Euthydème et le Sophiste montrent tous deux être enraciné dans des utilisations hautement sélectives de Parménide. La Sixième Déduction, enfin, s’appuie sur un modèle de prédication comme dénomination très semblable à la conception antisthénienne « moniste prédicationnelle » de la prédication. Parménide est dépeint comme rejetant les résultats de chacun de ces déductions négatives en partie parce que Platon se préoccupe de récupérer Parménide des diverses mécompréhensions réductrices afin de dégager le voie aux usages qu’il veut désormais faire de lui.

    John Palmer, Parmenides & Presocratic Philosophy, p. 41


    Qu'est-ce que le dialogue des dialogues ?
    Théétète
    Socrate et Théétète

    Question du mobilisme de Protagoras
    Question de l'essence de la science

    Le mouvement
    Sophiste
    Théétète et l'Étranger d'Élée

    Communauté des genres
    de l'être
    Résolution des apories
    de la participation

    L'autre
    Politique
    l'Étranger d'Élée et le jeune Socrate

    Le même
    Parménide
    1ᵉ dialogue
    Zénon d'Élée et Socrate

    Le non-être ou l'être du multiple
    2ᵉ dialogue
    Socrate et Parménide

    L'hypothèse de la participation

    Le repos
    3ᵉ dialogue
    Parménide et le jeune Aristote

    L'être et l'un
    en cours



    Si Parménide, quelles conséquences ?
    Tentative de reconstitution du dialogue antique (en cours)

    Héraclite d'Éphèse :
    Parménide d'Élée : L'être est. Le non-être n'est pas. L'être est l'un.
    Si Parménide, Mélissos de Samos : L'un est infini et incorporel.
    Si Parménide, Zénon d'Élée : (Si l'être est l'un,) Le multiple n'est pas.
    Si Parménide, les Mégariques et Antisthène : L'autre n'est pas.
    Si Parménide, Gorgias : Rien n'est.
    Si Parménide, Platon (Platon, Parménide) : 1) Le multiple est (Socrate contre Zénon d'Élée). (Si l'un est l'un, l'un n'est pas l'être, donc) 2) L'un n'est pas ?
    Si Parménide et Gorgias, Platon (L'Étranger d'Élée du Sophiste) : Le non-être est l'autre. L'un n'est pas, le non-un est.


    Dossier de lectures philosophiques
    Proclus, Commentaire sur le Parménide de Platon
    Jean Wahl, Étude sur le Parménide de Platon
    Victor Brochard, La théorie platonicienne de la participation d'après le Parménide et le Sophiste, dans Études de philosophie ancienne et moderne
    Gilbert Ryle, Plato's Parmenides

    John Palmer, Plato's Reception of Parmenides
    Alain Seguy-Duclot, Le Parménide de Platon, ou le jeu des hypothèses
    Frédéric Fauquier, Le Parménide au miroir des platonismes : Logique – Ontologie – Théologie
    International Plato Society, Symposium Platonicum XII, 15–20 juillet 2019, Paris : Le Parménide de Platon



    5ᵉ question : Qu'est-ce que le bien ?
    La bonne question, à laquelle le philosophe répond par ce qu'il est (l'essence)

    Le bien, par exemple de l'âme, est l'essence. Ce qu'elle est vraiment, l'être, vraiment, pour de bon.

    1) D'où la nécessaire et bonne question et mise en question de soi-même : Comment le vice (κακία) de l'âme est-il possible ?

    2) Réponse nécessaire : Par ignorance, et par erreur, de l'essence du bien. Car selon le paradoxe socratique : Personne n'est sciemment mauvais (κακὸς ἑκὼν οὐδείς).

    3.1) D'où la nécessaire et bonne question socratique : Qu'est-ce que le bien ? Qu'est-ce que la vertu ou l'excellence (ἀρετή) ? Qu'est-ce que la justice ? Qu'est-ce que le courage ? Est-ce que, oui ou non, tu as le courage de changer ? Est-ce que tu as le courage de te poser la question qui se pose à toi-même et d'y répondre ? Est-ce que tu as le courage de dire la vérité et d'agir en conséquence ?

    3.2) D'où la nécessaire et bonne question socratique : Comment le faux (τὸ ψεῦδος) peut-il être ? Question provenant à la fois de la question de l'être, de la question du bien, et du Sophiste.

    à suivre



    6ᵉ question : Qu'est-ce que l'essence ?
    Socrate, lui, cherchait l'essence,
    et c'était logique,
    car il cherchait à faire des syllogismes,
    et le principe des syllogismes est l'essence.

    Aristote, Métaphysique, Μ 4
    Et, en vérité, ce qui est toujours recherché, autrefois et à présent, la question aporétique qui se pose toujours : Qu'est-ce que l'étant ? (τί τὸ ὄν), revient à la question : Qu'est-ce que l'essence ? (τίς ἡ οὐσία) […] C'est pourquoi il faut, pour nous aussi, que notre principale et première et pour ainsi dire unique quête soit d'étudier, concernant l'étant pris en ce sens, ce que c'est.

    Aristote, Métaphysique, Ζ 1

    Qu'est-ce que l'essence ? Première réponse d'Aristote : L'essence est la première et la principale des catégories.


    L'antique question de l'être se pose dans l'horizon logique de la parole (λόγος), en laquelle l'être se dit et se pense. En quels sens l'être se dit-il dans la parole ? L'essence s'inscrit dans la double division, à la fois logique et métaphysique, des catégories et des prédicables :

    Qu'est-ce que l'essence ?
    En quels sens logique l'être se dit-il dans la parole ?
    La division des dix catégories et des cinq prédicables par Aristote
    2) Qu'est-ce que
    les genres premiers
    ou suprêmes ?
    Les dix catégories
    (κατηγορία)
    ou prédicaments
    que sont :
    L'essence (οὐσία)
    est le sens et la catégorie première
    de l'être,
    auquel tous les autres sens
    se réfèrent ;

    ce que cherche
    la question socratique :
    Qu'est-ce ? (τί ἐστι)
    L'accident (συμβεβηκός)
    se divise
    en neuf catégories :
    en une quantité, d'une qualité,
    relatif à, quelque part,
    en un temps, en une position,
    avoir, agir, pâtir
    1) Qu'est-ce que
    les cinq prédicables
    (κατηγορούμενον)
    ou universaux ?
    Les relations hiérarchiques
    de prédicabilité
    et de subordination logiques
    dans l'Arbre de Porphyre
    ou la ligne prédicamentale
    entre :
    Le genre (γένος)
    est ce qui est prédicable de plusieurs
    différant par l'espèce
    relativement à la question : Qu'est-ce ?

    l'espèce (εἶδος)
    est ce qui est prédicable de plusieurs
    différant par le nombre
    relativement à la question : Qu'est-ce ?

    la différence (διαφορά)

    le propre (ἴδιον)
    L'accident (συμβεβηκός)
    est le prédicable non essentiel
    et non nécessaire,
    par opposition
    aux autres prédicables
    (Topiques, I, 5)

    Dans la division des prédicables et des catégories, la parole s'analyse dans la double dimension de la multiplicité et de l'unité 1) du sens logique et 2) de la référence.

    Que signifie déterminer l'essence (οὐσία) dans l'horizon des prédicables et des catégories ? Déterminer le genre, « l'espèce » (εἶδος) et la différence elle-même comme des prédicables, déterminer l'essence elle-même comme catégorie, c'est déjà déterminer le sens même de l'εἶδος et de l'essence (οὐσία) tout autrement qu'ils ne se déterminent dans la question et le dialogue socratique.

    Qu'est-ce que l'essence ? Que signifie l'opposition première de l'essence et de l'accident ?


    Qu'est-ce que l'essence ?
    Première définition de l'essence dans les Catégories d'Aristote
    L'essence est
    au sens premier,
    ce qui n'est pas dit d'un sujet
    et n'est pas en un sujet
    ex. : cet homme, Socrate ;

    L'essence est,
    au sens second,
    l'espèce et le genre
    (l'εἶδος et le γένος),
    ce qui est dit d'un sujet
    et n'est pas en un sujet
    ex. : animal
    (Catégories, 5)
    L'accident est
    ce qui ne peut être
    sans être en un sujet d'inhérence
    (Catégories, 2, et Isagogè, 5)
    ex. : un sourire sans chat

    L'accident est
    ce qui peut être présent ou absent
    en un sujet
    sans corruption du sujet
    (Topiques, I, 5)
    ex. : un chat sans sourire

    L'accident est
    ce qui est dit d'un sujet autre
    (Seconds Analytiques, A 4 et 22)

    Une double question se pose :
    1) Quel est le raisonnement dont cette réponse est la conséquence ?
    2) Comment et pourquoi la réponse d'Aristote est-elle le renversement du sens de la priorité que voit Platon entre essence «première» et essence «seconde» ? Et quel est le sens de ce renversement ?

    1) Quel est le fondement de cette définition de l'essence ? Cette définition de l'essence se fonde sur une quadripartition des étants, par la combinaison exhaustive de l'affirmation, et surtout de la négation, de deux déterminations, être en un sujet (l'inhérence) et être dit d'un sujet :

    Quadripartition de l'étant
    en Catégories, 2 d'Aristote (en cours)
    1
    Ce qui est dit d'un sujet
    mais n'est pas en un sujet

    essence universelle
    ex. : homme
    2
    Ce qui est en un sujet
    mais n'est pas dit d'un sujet

    ex. :
    3
    Ce qui est dit d'un sujet
    et est en un sujet

    ex. :
    4
    Ce qui n'est pas dit d'un sujet
    et n'est pas en un sujet

    essence particulière
    ex. : cet homme, Socrate

    Avant le livre Ζ de la Métaphysique, l'essence est déjà donc déterminée comme étant 1) le sujet, 2) logiquement et réellement sous-jacent 2-1) à l'accident, c'est-à-dire au changement, et 2-2) à l'espèce et au genre, 3) l'individu.

    Pourquoi ? Pourquoi l'essence au sens du genre et de l'espèce est-elle déterminée par Aristote, contrairement à Platon, comme seconde ou secondaire ? Pourquoi l'essence au sens premier est-elle déterminée par Aristote comme l'individu ?

    1) En raison de la différence entre la manière dont la question socratique est entendue par Platon, et par Aristote ;

    La question :
    Qu'est-ce ? (τί ἐστι)
    Deux ententes de la question socratique : Platon ou Aristote
    La question qui se pose
    à Socrate et Platon est :
    Qu'est-ce ?
    La question qui se pose
    à Aristote et sa réponse est :
    Qu'est-ce ?
    La question est la question de
    l'essence elle-même,
    en soi-même et par soi-même
    La question est la question de
    ceci (τόδε τι), ce dont
    l'essence est l'essence


    2) En raison de la différence entre la manière dont l’essence de la parole se détermine à travers Platon, et à travers Aristote.

    La question de l'être, et de l'essence, se pose dans l'horizon de la parole. La question de l'essence est inséparable de la question de l'essence de la parole. La question est : Comment l'essence de la parole se détermine-t-elle dans son analyse logique par Aristote ? Comment la façon dont Aristote pose la question de l'essence et y répond est-elle prédéterminée par sa réponse à la question : Qu'est-ce, essentiellement, que la parole ?


    Qu'est-ce que l'essence ?
    ↓
    Qu'est-ce que l'essence
    de la parole (λόγος) ?
    Deux ententes de l'essence de la parole : Platon ou Aristote
    Socrate et Platon

    Qu'est-ce que la parole ?
    (L'essence de) La parole est
    le mot (ὄνομα), l'appelation¹
    et l'entrelacement (συμπλοκή)
    de l'étant,
    fondé par l'essence,
    par la participation à l'essence
    et la communauté des genres

    (κοινωνία τῶν γενῶν)

    D'où le double énoncé
    de la question socratique :
    Qu'est-ce ?,
    Qu'est-ce que tu appelles… ?

    ¹ En tant que telle, et au sens de :
    appeler les choses par leur nom.
    Parler, au sens propre, est parler vrai,
    la παρρησία, et ce que ça implique
    Aristote

    Qu'est-ce que la parole ?
    (L'essence de) La parole est
    la prédication (κατηγορία) logique
    d'un prédicat à un sujet
    dans la proposition.


    Analyse logique de la proposition :

    Socrate est homme

    Sujet Copule Prédicat
    (ὑποκείμενον) (κατηγόρημα)
    en cours



    La remise en question de l'essence au livre Ζ de la Métaphysique d'Aristote remet-elle en question cette première réponse d'Aristote à la question : Qu'est-ce que l'essence ?

    Qu'est-ce que l'essence ?
    Seconde définition de l'essence au livre Ζ de la Métaphysique d'Aristote
    1ᵉ hypothèse

    L'essence est-elle
    ?
    (τὸ τί ἦν εἶναι)
    2ᵉ hypothèse

    L'essence est-elle
    l'universel ?
    (καθόλου)
    3ᵉ hypothèse

    L'essence est-elle
    le genre ?
    (γένος)
    4ᵉ hypothèse

    L'essence est-elle
    le sujet ?
    (ὑποκείμενον)

    Et si l'essence est le sujet,
    quelle conséquence s'ensuit-elle ?,
    Si l'essence est le sujet,
    qu'est-ce que le sujet ou l'essence ?

    H4-1) Est-ce la matière (ὕλη) ?,
    H4-2) Est-ce la forme (μορφή) ?
    ou H4-3) est-ce le composé des deux ?

    à suivre


    L'être-bon, la perfection appartient à l'être de chaque Idée. […] Le caractère idéal est autre chose que le caractère générique commun. Le premier se trouve plus ou moins imprimé ou estompé, tandis que les marques du second doivent pouvoir se rencontrer tout aussi précisément dans l'exemplaire imparfait que dans l'exemplaire parfait. Qu'on songe à l'être humain idéal et au caractère générique de l'être humain.

    Friedrich Nietzsche, Platon, Cours à l'Université de Bâle de l'hiver 1871–72,
    § 16. L'élément éthique dans la genèse de la doctrine des Idées

    Qu'est-ce que l'essence ?
    Socrate
    L'essence est le bien

    ἀγαθόν, ἀρετή

    ce en vertu de quoi
    l'étant est
    ce qu'il est


    Dossier de lectures philosophiques
    Paul Ricœur, Être, essence et substance chez Platon et Aristote. Cours professé à l'Université de Strasbourg en 1953–54
    Jean-François Mattéi, L'Étranger et le simulacre : Essai sur la Fondation de l'ontologie platonicienne
    Pierre Aubenque, Le problème de l'être chez Aristote
    Jean Beaufret, Note sur Platon et Aristote, dans Dialogue avec Heidegger, tome 1
    Id., L'énigme de Ζ 3, dans Dialogue avec Heidegger, tome 4
    Rudolf Boehm, La Métaphysique d'Aristote : Le Fondamental et l'Essential
    Id., Le fondamental est-il l'essentiel ? (Aristote, Métaphysique Ζ 3)
    Jean-François Courtine, Les traductions latines d’ΟΥΣΙΑ et la compréhension romano-stoïcienne de l’être
    Sylvain Roux, L'être et le substrat : Essai sur Plotin et la métaphysique
    Frank A. Lewis, Substance and Predication in Aristotle
    Id., How Aristotle Gets By in Metaphysics Zeta

    Charlotte Witt, Substance and Essence in Aristotle: An Interpretation of Metaphysics VII-IX
    Norman O. Dahl, Substance in Aristotle's Metaphysics Zeta
    Michael V. Wedin, Aristotle's Theory of Substance: The Categories and Metaphysics Zeta. Critique de Charlotte Witt. Critique de Ian Bell.
    Mary Margaret McCabe, Some conversations with Plato: Aristotle, Metaphysics Ζ. 13–16, dans Platonic Conversations
    Gabriele Galluzzo, The Medieval Reception of Book Zeta of Aristotle's Metaphysics
    Barbara Cassin, Jean-François Courtine, Alain de Libera, etc. Vocabulaire européen des philosophies, entrées : ESSENCE, LOGOS, MOT, PRÉDICABLE, PRÉDICATION, SPECIES, SUJET, TO TI ÊN EINAI, UNIVERSAUX
    Connaissance philosophique et connaissance des essences, Colloque international organisé par Claudine Tiercelin au Collège de France les 7–8 octobre 2021



    Lectures philosophiques
    Étienne Gilson, L'esprit de la philosophie médiévale, chap. XI : La connaissance de soi-même et le socratisme chrétien
    Jan Patočka, Socrate
    Victor Goldschmidt, Les Dialogues de Platon : Structure et méthode dialectique
    André Jean Festugière, Socrate
    Monique Dixsaut, Platon et la question de la pensée
    Id., Le naturel philosophe. Essai sur les Dialogues de Platon
    Id., Métamorphoses de la dialectique dans les Dialogues de Platon
    Id., Platon. Le désir de comprendre
    Pierre Hadot, Les divisions des parties de la philosophie dans l'Antiquité
    Id. , La Citadelle intérieure. Introduction aux Pensées de Marc Aurèle
    Id., Qu'est-ce que la philosophie antique ?
    Id., Éloge de la philosophie antique
    Id., Éloge de Socrate
    Id., La Philosophie comme manière de vivre
    Id. et Ilsetraut Hadot, Apprendre à philosopher dans l'Antiquité. L'enseignement du Manuel d'Epictète et son commentaire néoplatonicien
    Id., La Philosophie comme éducation des adultes

    Michael Trapp (ed.), Socrates from Antiquity to the Enlightenment
    Michel Narcy et Alonso Tordesillas (éd.), Xénophon et Socrate
    Louis-André Dorion, L'Autre Socrate. Études sur les écrits socratiques de Xénophon
    Alessandro Stavru and Christopher Moore (ed.), Socrates and the Socratic Dialogue
    Christopher Moore (ed.), Brill's Companion to the Reception of Socrates
    Émile Bréhier, Pierre-Maxime Schuhl, Victor Goldschmidt, Pierre Aubenque (éd.), Les Stoïciens
    Marcus Tullius Cicéron, Sans la raison nous ne sommes que folie (Paradoxa stoicorum)
    F. Ogereau, Essai sur le système philosophique des Stoïciens
    Théodore Colardeau, Étude sur Épictète
    Thomas Bénatouïl, Faire usage : La pratique du stoïcisme
    Marie-Odile Goulet-Cazé, L’ascèse cynique. Un commentaire de Diogène Laërce VI 70. 71
    Id., Le cynisme, une philosophie antique
    Nicolas d'Andrès, Socrate néoplatonicien. Une science de l'amour dans le commentaire de Proclus sur le Premier Alcibiade

    Gabriele Giannantoni, Socratis et Socraticorum Reliquiae Source

    Cambridge Texts and Studies in Platonism, Nouvelle collection à paraître

    ­ Est-ce qu'une Chimère vrombissant dans le vide

    peut manger des intentions secondes ?
    Enquête logique sur l'impossible, l'inexistence, le sens et la pensée
    À maman, Nadine Sourdeix
    1955–2018
    En fait, Socrate n'a pas cessé de rendre toute discussion impossible.
    Gilles Deleuze et Félix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?
    Il trouva la bibliothèque de Saint-Victor fort magnifique, mêmement quelques-uns des livres qu'il y trouva desquels s'ensuit le répertoire, et primo : […] Question subtilissime : Si une Chimère vrombrissant dans le vide peut manger des intentions secondes (utrum Chimera in vacuo bombinans possit comedere secundas intentiones) ; laquelle fut débattue pendant dix semaines au concile de Constance.
    François Rabelais, Pantagruel
    Chimère logique médiévale, dont la queue de dragon végétale figure la division de la supposition des termes. Les trois principales branches de la supposition propre (par distinction d'avec l'impropre : la figurative ou métaphorique) sont la supposition personnelle, la matérielle, et la simple, cette dernière étant parfois incluse sous la matérielle ce qui est peut-être pourquoi elle ne figure pas ici. La supposition personnelle est divisée en discrète et commune, et cette dernière subdivisée en d'autres branches dont la supposition confuse et distributive, elle-même subdivisée en supposition mobile et immobile. En bas à gauche, exemples standards de la supposition personnelle d'êtres pour lesquels le terme «homme» peut supposer : Platon, Socrate. Auteur inconnu, 1980. Source, histoire et légende logique : Paul Vincent Spade's website


    Argumentaire par questions et réponses
    en cours d'invention

    Cette nouvelle proposition de pratique philosophique pour enfants propose de poser quelques questions logiques élémentaires sur les concepts logiques élémentaires, à travers les aventures philosophiques d'un personnage conceptuel de la Logique médiévale, la Chimère : Qu'est-ce qu'un raisonnement ? Qu'est-ce qu'une conséquence logique ? Quelles en sont les règles logiques ? Quels sont les concepts logiques ? Qu'est-ce qu'un concept ?
    Cette proposition originale de pratique philosophique pour enfants se situe dans la suite logique du travail entamé avec L'Argument métaphysique : enquête logique sur l'argument sur l'existence de Dieu, qui propose d'étudier et de pratiquer l'argumentation, à travers la découverte et l'analyse logique de quelques-uns des meilleurs arguments philosophiques jamais conçus : Qu'est-ce qu'un argument philosophique ? Comment concevoir un argument ? Et, en particulier, qu'est-ce que l'argument par l'absurde ou par réduction à l'impossible ?

    Les « intentions secondes » sont les concepts de second ordre, les concepts logiques, impliqués dans les trois principales opérations logiques que sont la conception, le jugement et l'argumentation et conçus par réflexion sur celles-ci. Quels sont les concepts logiques ? Les concepts de genre, d'espèce, de différence, d'essence et d'accident, de catégorie ou prédicament, de définition, de division, d'analyse, de proposition, de sujet, de prédicat, de prédicable, d'affirmation, de négation, d'opposition, de contradiction, de modalité, d'argument, de raisonnement, de syllogisme, de conséquence, de sophisme, etc.
    Quels concepts logiques une Chimère peut-elle manger ? La Chimère peut-elle manger le concept logique de… conséquence ? Le concept logique de vérité ? Le concept logique de… concept ?

    Où est la Chimère, le fantastique personnage conceptuel de la longue et mystérieuse histoire de la Logique ? Vrombissant dans le vide entre quelles anciennes questions logiques et métaphysiques ? Quelque part aux confins de la question du sens, de l'être et du néant, du vrai et du faux, quelque part entre la question de l'impossible, la question de la référence vide, la question du triangle sémantique des mots, des concepts, et des choses, la question de la différence entre chose réelle et chose mentale, et la question de la réalité des êtres de raison et des concepts logiques.
    Est-ce qu'une Chimère vrombissant dans le vide peut manger des intentions secondes ? est une fantastique question philosophique : absurde et pleine de sens, pince-sans-rire et sérieuse, drôle et inquiétante, impossible et nécessaire, enfantine et adulte, souriante et grimaçante, légère et vertigineuse, ironique, logique et poétique, grotesque et révérencieuse envers la logique et son histoire dont elle est le propre fruit.

    La Chimère est un personnage conceptuel de la logique médiévale incarnant l'impossible et le non être. La Chimère est censée posséder l'essence (et non, seulement, des composants matériels) de tous les êtres – lion ou femme, chèvre, serpent ou dragon – qui entrent dans sa «constitution». Sa définition logique est : une entité composée de parties incompatibles. La Chimère est un animal composé d'éléments à partir desquels rien ne peut être composé, écrit Jean Buridan (Sophismata, chap. 1, soph. 6, concl. 11).

    La première mention de la Chimère apparaît au livre VI de l'Iliade. Là il est écrit qu'elle était de filiation divine et qu'elle avait le devant d'un lion, le milieu d'une chèvre et l'arrière-train d'un serpent ; elle jetait du feu par la bouche et elle fut tuée par le beau Bellérophon, fils de Glaucos, comme l'avaient présagé les dieux. Tête de lion, ventre de chèvre et queue de serpent, est l'explication la plus naturelle que suggèrent les paroles d'Homère, mais la Théogonie d'Hésiode la décrit avec trois têtes, et elle est figurée ainsi dans le fameux bronze d'Arezzo, qui date du Vᵉ siècle. À la moitié du dos se trouve la tête de chèvre, à une extrémité celle de serpent, à l'autre celle de lion.
    Dans le deuxième livre de l'Énéide réapparaît « la Chimère armée de flammes » ; le commentateur Servius Honoratus observa que, selon toutes les autorités, le monstre était originaire de Lycie et qu'en cette région il y avait un volcan qui porte son nom. Le pied en est infesté de serpents, ses versants sont couverts de prairies et de chèvres, son sommet vomit des flammes et des lions y ont leur repaire ; la Chimère serait une métaphore de ce curieux ensemble.
    Jorge Luis Borges, Le livre des êtres imaginaires

    Le personnage conceptuel de la Chimère incarne différents problèmes logiques, issus des différents domaines de la logique. La Chimère est peut-être aussi une métaphore du caractère protéiforme et hétérogène de la Logique médiévale : théorie des propriétés des termes (supposition, signification, dénotation, appellation), théorie des transcendantaux (les premiers concepts en lesquels tous les autres se résolvent et les plus universels, transcendant la division logique des dix catégories ou genres suprêmes : l'étant (ens), la chose (res), le quelque chose (aliquid), l'un (unum), le vrai (verum), le bien (bonum)), théorie de la proposition (prédicables ou universaux, carré logique des quatre espèces (subalternation, subcontrariété, contrariété, contradiction) de l'opposition logique des propositions, conversion, équipollence ou équivalence logique des propositions), théorie des modalités (le possible, le contingent, l'impossible, et le nécessaire), disputes sophismatiques (Sophismata), dont font partie le jeu logique des obligations (Obligationes) et les insolubles (Insolubilia), théorie du syllogisme, théorie des lieux de l'argumentation (Topiques, l'art de l'invention des arguments), science des contre-arguments (Instantiae), théorie des conséquences (consequentiae).

    Théorie du syllogisme. Rosace médiévale des 19 modes et des 3 figures médiévaux des syllogismes figurant dans un manuscrit latin du XVᵉ siècle des Petites Sommes de logique (c. 1230–45) de Pierre d’Espagne. Les Petites Sommes de logique sont le manuel de base de l'étude de la Logique quatre siècles durant. Source : BnF, mss latin 14716, f.63. Reproduction : Mathieu Sourdeix.


    Sommaire
    1ᵉ question : Le problème logique de la vérité et de la portée existentielle de la proposition et du concept
    1.1ᵉ question : Que signifie « Tous les poètes sont morts » ?
    1.2ᵉ question : Que signifie le nom de la rose, quand aucune rose n'est ?

    2ᵉ question : Le problème logique du sens, de la référence et de l'intentionnalité
    2.1ᵉ question : Qu'est-ce qu'une intention (ma'nā, intentio), un concept, une idée ?
    2.2ᵉ question : Avant l'existence : Quelle est la réalité d'une chose avant qu'elle n'existe ?
    2.3ᵉ question : Qu'appelle-t-on penser à un objet …inexistant ou impossible ?
    La tradition logique autrichienne

    3ᵉ question : Quel est le sens et la division logique des transcendantaux ?
    L'étant (ens, mawjûd), la chose (res, shay’), le quelque chose (aliquid) et le néant (nihil, ma‘dûm)

    4ᵉ question : Purpurea, Iliace, Amabimus, Edentuli
    Le problème logique de l'équivalence des propositions modales
    4.1ᵉ question : Le possible s'ensuit-il du nécessaire ?
    Dans le labyrinthe du nécessaire, de l'impossible, du possible et du contingent
    4.2ᵉ question : Le possible et le contingent sont-ils logiquement équivalents ?

    5ᵉ question : Ex falso/impossibili sequitur quodlibet
    Le problème logique de la conséquence logique



    1ᵉ question : Le problème logique de la vérité et de la portée existentielle de la proposition et du concept
    Le nom de la rose, le concept de la rose, et la rose qui n'est pas

    Le personnage conceptuel de la Chimère incarne plusieurs problèmes logiques. Le problème logique de la vérité : Comment une proposition se référant à une chose qui n'existe pas peut-elle être vraie ? Qu'est-ce que la vérité ? Qu'est-ce qui fait qu'une proposition est vraie ? La vérité d'une proposition nécessite-t-elle l'existence des choses auxquelles elle se réfère ? La vérité d'une proposition implique-t-elle l'existence de son sujet ? Une proposition portant sur ce qui n'est pas peut-elle être vraie ?

    Pourtant, la proposition « La Chimère est concevable », « Une Chimère est une Chimère », « La Chimère n'est pas un homme », « César est un homme », César étant mort, ou bien encore « Tout homme est un animal », nul homme n'existant, n'est-elle pas vraie ?

    Si non, comment l'analyse logique de la proposition peut-elle bien démontrer sa fausseté ? Mais si oui, si la proposition est vraie, qu'est-ce que la vérité ? Comment définir la vérité, autrement que comme l'accord avec la réalité ? Qu'est-ce qui avère une vérité logique ? L'existence de la chose à laquelle la proposition se réfère ou l'essence des choses indifférente à leur existence, la relation logique de conséquence entre le prédicat et le sujet d'une proposition ?


    1.1ᵉ question : Que signifie « Tous les poètes sont morts » ?
    Portée existentielle d'une proposition, vérité, principe de non contradiction
    et sens de l'être et du non être

    Que signifie la proposition « Tout poète est bon » ?

    Première hypothèse : « Tout poète est bon » signifie « Tout poète qui existe est bon ».

    Premier problème : Supposons que « Tous les poètes sont morts ». Alors il s'ensuit logiquement que les deux propositions contradictoires « Tout poète est bon » (A) et « Aucun poète n'est bon » (N) sont, semble-t-il, toutes deux vraies :

    N) Si « Tous les poètes sont morts », il s'ensuit logiquement « Aucun poète n'est bon ».
    Pourquoi ? Parce que « Ce qui n'est pas ne peut être bon » ou « Le néant n'a pas de propriétés ».

    A) Si « Tous les poètes sont morts », il s'ensuit logiquement « Tout poète est bon ».
    Pourquoi ? Parce que « La mort du poète n'annihile pas sa bonté ».

    Ou bien parce que (merci à Truth of Signs pour ce raisonnement) :
    1. Les poètes morts ne sont pas.
    2. Si « Tous les poètes sont morts », il s'ensuit que « Aucun poète existant est non bon ».
    Pourquoi ? La conséquence s'ensuit parce que la contradictoire du conséquent (« Quelque poète existant n'est pas non bon ») contredit l'antécédent (« Tous les poètes sont morts »).
    3. Si « Aucun poète existant est non bon », il s'ensuit « Tout poète existant est bon », QED.

    Mais d'après le principe logique de non contradiction, il est impossible que deux propositions contradictoires (« Tout poète est bon » (A) et « Aucun poète n'est bon » (N)) soient toutes deux vraies en même temps.

    Second problème : Que signifie « Tous les poètes sont morts » ? Est-ce que « sont morts » signifie « ne sont pas » ou, au contraire, « sont (morts), donc existent encore » ? Ou bien encore… est-ce que « sont morts » signifie les deux, sont et ne sont pas ?

    à suivre


    1.2ᵉ question : Que signifie le nom de la rose,
    quand aucune rose n'est ?

    Le nom de la rose, le concept de la rose, et la rose qui n'est pas

    Il fait froid dans le scriptorium, j'ai mal au pouce. Je laisse cet écrit, je ne sais pour qui, je ne sais plus à propos de quoi : stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus. (La rose d'antan subsiste par son nom, nous tenons des noms nus.)

    Umberto Eco, Le nom de la rose
    Allusion, notamment, à l'ultime vers de l'immense poème De contemptu mundi (ca. 1144) de Bernard de Morlaix (ca. 1100–1140), moine bénédictin à Cluny sous Pierre de Montbossier alias Pierre le Vénérable (1122–1156) : À présent où est Regulus et où est Romulus et où est Remus ? / La Rome d'antan subsiste par son nom, nous tenons des noms nus (Nunc ubi Regulus aut ubi Romulus aut ubi Remus ? / Stat Roma pristina nomine, nomina nuda tenemus), et à l'énoncé « Aucune rose n'est » dans la somme de Logique introductive de Pierre Abélard. «Je rappelle aussi qu'Abélard utilisait l'exemple de l'énoncé « nulla rosa est » pour montrer à quel point le langage pouvait tout autant parler des choses abolies que des choses inexistantes», dit Umberto Eco dans l'Apostille au Nom de la rose.

    La quatrième question d'Abélard ajoutée aux trois questions du questionnaire de Porphyre
    Au §18 du premier livre, Gloses sur Porphyre, de sa somme de Logique introductive (Logica Ingredientibus, ca. 1118–20), Pierre Abélard (1079–1142) ajoute une quatrième question à l'antique et médiéval questionnaire présent dans le premier texte d'introduction médiévale à la Logique, l'Isagogè (Εἰσαγωγή, « Introduction », 268–270) de Porphyre (ca. 233–310) :

    § 18 [0.4.2. Énumération des questions que soulève la deuxième phrase de Porphyre à propos des universaux] Or elles sont trois, comme Boèce dit, mystérieuses et très utiles et non pas mises à l’épreuve par peu de philosophes, mais résolues par peu. Or la première est de cette sorte : les genres et les espèces subsistent-ils ou sont-ils posés dans les seules etc. ?, comme s’il disait : ont-ils un vrai être ou consistent-ils seulement dans l’opinion ? Tandis que la seconde est, s’ils sont concédés être avec véracité : sont-ils des essences corporelles ou incorporelles ? Tandis que la troisième est : sont-ils séparés des sensibles ou posés en eux ? […]

    Relativement à ces mêmes genres et espèces d’autres questions aussi peuvent être faites qui sont tout aussi difficiles, comme l’est celle relative à la cause commune de l’imposition des noms universels — cette question est en l’occurrence : selon quoi les diverses choses s’accordent-elles ? —, ou aussi la question relative à l’intellection des noms universels, puisque aucune chose ne semble être conçue par de tels noms, et que ces mots ne semblent porter sur aucune chose, et de nombreuses autres questions difficiles.
    Nous pouvons ainsi analyser « et se maintenant autour de ces choses, c’est-à-dire des sensibles », de sorte que nous ajoutions une quatrième question : les genres et les espèces ont-ils nécessairement, aussi longtemps qu’ils sont genres et espèces, une chose subordonnée à eux par nomination ? Ou, si l'on préfère, si les choses nommées sont anéanties, l’universel peut-il consister seulement dans la signification du concept (littéralement, de l’intellection), comme ce nom, ‘rose’, quand il n’est pas de roses auxquelles il soit commun ? (ut hoc nonem, 'rosa', quando nulla est rosarum quibus commune sit)

    La rose qui n'est pas
    Pierre Abélard, Henri de Gand, Gilles de Rome, Francisco Suárez

    à suivre

    Dossier de lectures philosophiques
    Pierre Abélard, somme de Logique introductive (Logica Ingredientibus, édition et traduction française du début de la Logique introductive), ca. 1118–20, somme de Logique des Nôtres (Logica Nostrorum petitioni sociorum), ca. 1125, et somme de Dialectique, ca. 1115–17, 1121–23 et 1135–37, éditée par Lambert Marie de Rijk en 1970
    Lambertus Marie de Rijk, Logica Modernorum. A Contribution to the History of Early Terminist Logic, Vol. I: On the Twelfth century Theories of Fallacy ; Vol. II/1: The origin and early development of the Theory of Supposition ; Vol. II/2: The origin and early development of the Theory of Supposition: Texts and Indices
    Maria Teresa Beonio-Brocchieri Fumagalli, The Logic of Abelard
    Bruno Michel, Abélard lecteur de Boèce
    Klaus Jacobi, Peter Abelard's Investigations into the Meaning and Functions of the Speech Sign 'Est'
    Peter King, Peter Abelard, SEP
    Jean Jolivet, Arts du langage et théologie chez Abélard
    Id., Abélard ou la philosophie dans le langage
    Id., À propos d'une critique abélardienne du réalisme
    Christian Wenin, La signification des universaux chez Abélard
    Margaret Cameron, The Logic of Dead Humans: Abelard and the transformation of the Porphyrian Tree
    Christopher John Martin, Imposition and Essence: What's new in Abaelard's Theory of Meaning?
    Id., Denying conditionals: Abaelard and the failure of Boethius' account of the hypothetical syllogism
    Id., Theories of Inference and Entailment in the Middle Ages
    Irene Binini, Possibility and Necessity in the Philosophy of Peter Abelard
    Id., My current research on 12th century logic
    Gilles de Rome, Neuvième question sur l'être et l'essence, dans Henri de Gand, Gilles de Rome, Godefroid de Fontaines, Être, essence et contingence
    Thomas d'Aquin, Première question disputée sur la vérité
    Francisco Suárez, Disputes métaphysiques, Dispute XXXI : L'essence de l'étant fini en tant que tel, son être, et leur distinction réciproque. Section II : Qu'en est-il de l'essence des créatures avant qu'elles soient produites par Dieu ?, Objections à l'encontre de la résolution du problème et Réponses aux objections
    Id., Disputes métaphysiques, Dispute XXXI : L'essence de l'étant fini en tant que tel, son être, et leur distinction réciproque. Section XII : Est-ce que l'essence créée est séparable de son existence ?, Traitement de l'objection concernant les propositions de vérité éternelle, §38–47
    Umberto Eco, Le nom de la rose



    2ᵉ question : Le problème logique du sens, de la référence et de l'intentionnalité

    Le second problème logique porte sur la signification ou le sens : Qu'est-ce que la signification ? Le mot signifie-t-il le concept ou la chose ? Si le mot signifie la chose, signifie-t-il la chose existante ou l'essence de la chose, essence indifférente à l'existence et à l'inexistence ?

    Le concept


    Le mot△La chose

    Analyse du triangle sémantique à venir.


    2.1ᵉ question : Qu'est-ce qu'une intention (ma'nā, intentio), un concept, une idée ?

    L'analyse de l'intention ou concept en intentions premières et intentions secondes

    Que signifie la distinction entre intentions premières et intentions secondes ? D'où provient-elle ?


    L'analyse logique de l'idée : la distinction entre réalité formelle et réalité objective de l'idée
    …Dans ce mot d'idée il y a ici de l'équivoque : car, ou il peut être pris matériellement pour une opération de mon entendement […] ; ou il peut être pris objectivement pour la chose qui est représentée par cette opération
    René Descartes, Préface de l'auteur au lecteur des Méditations métaphysiques

    Par la réalité objective d'une idée, j'entends l'entité ou l'être de la chose représentée par l'idée, en tant que cette entité est dans l'idée ; et de la même façon, on peut dire une perfection objective, ou un artifice objectif, etc.
    René Descartes, Abrégé géométrique des Réponses aux IIᵉ Objections

    Entre mes pensées, quelques-unes sont comme les images des choses, et c'est à celles-là seules que convient proprement le nom d'idée : comme lorsque je me représente un homme, ou une Chimère, ou le Ciel, ou un Ange, ou Dieu même.
    René Descartes, IIIᵉ des Méditations métaphysiques, AT, IX, 29

    L'analyse de l'idée distingue en elle sa double réalité, la réalité formelle de l'idée et la réalité objective de l'idée :
    1ᵉ : être pensée, activement, au sens strict pensée par l'entendement ;
    2ᵉ : être idée d'un objet.

    Concept ou idée


    Réalité formelle de l'idée△Réalité objective de l'idée


    …Puis, […] il est venu au nœud de la difficulté, qui est de savoir ce qu'il faut ici entendre par le nom d'idée, et quelle cause cette idée requiert.
    Or j'ai écrit en quelque part, que l'idée est la chose même conçue, ou pensée, en tant qu'elle est objectivement dans l'entendement, lesquelles paroles il feint d'entendre tout autrement que je ne les ai dites, afin de me donner occasion de les expliquer plus clairement. Être, dit-il, objectivement dans l'entendement, c'est terminer à la façon d'un objet l'acte de l'entendement, ce qui n'est qu'une dénomination extérieure, et qui n'ajoute rien de réel à la chose, etc. Où il faut remarquer qu'il a égard à la chose même, comme étant hors de l'entendement, au respect de laquelle c'est de vrai une dénomination extérieure, qu'elle soit objectivement dans l'entendement ;
    René Descartes, Réponses aux premières objections de Caterus, AT, IX, 82

    à suivre


    2.2ᵉ question : Avant l'existence : Quelle est la réalité d'une chose avant qu'elle n'existe ?
    …et je me suis servi de ce mot [idée], parce qu’il était déjà communément reçu par les philosophes pour signifier les formes des conceptions de l’entendement divin
    René Descartes, Réponses aux IIIᵉ Objections aux Méditations métaphysiques

    Quels sont les antécédents et les sources historiques de la distinction entre réalité formelle et réalité objective de l'idée ? Quelle est l'histoire philosophique médiévale de cette distinction ?

    Dossier de lectures philosophiques
    Fedor Benevich, The reality of the non-existent object of thought: the possible, the impossible, and mental existence in islamic philosophy (11-13th)
    Dominik Perler, What am I thinking about? John Duns Scotus and Peter Aureol on intentional objects
    Id., Things in the mind. Fourteenth-Century controversies over "intelligible species"
    Id., What are intentional objects? A controversy among early scotists
    Id., Théories de l’intentionnalité au Moyen Âge
    Katherine Tachau, Peter Aureol on Intentions and the Intuitive Cognition of Non-Existents
    Id., Some Aspects of the Notion of Intentional Existence at Paris, 1250-1320
    David Piché, L'intuition du non-existant selon Gérard de Bologne et Hervé de Nédellec
    Fabrizio Amerini et Christian Rode, Franciscus de Prato’s Tractatus de ente rationis
    Alessandro D. Conti, Second Intentions in the Late Middle Ages
    Gyula Klima, The changing role of entia rationis in mediaeval semantics and ontology: A comparative study with a reconstruction
    Daniel D. Novotný, Ens rationis from Suarez to Caramuel: A Study in Scholasticism of the Baroque Era
    Roger Ariew, Descartes among the Scholastics
    Roland Dalbiez, Les sources scolastiques de la théorie cartésienne de l'être objectif
    Jean-François Courtine, La doctrine cartésienne de l'idée et ses sources scolastiques
    Marco Forlivesi, La distinction entre concept formel et concept objectif : Suárez, Pasqualigo, Mastri
    Francesco Marrone, Descartes e la tradizione scotista. Gli antecedenti storici della nozione di realitas obiectiva, dans Quaestio #8
    Id., Ontologia dei contenuti ideali. Essere oggettivo e realtà nel dibattito Descartes-Caterus, dans Quaestio #12
    Id., L’univocité de l’étant et l’origine de la distinction entre realitas subiectiva et realitas obiectiva, dans La réception de Duns Scot
    Id., Étienne Gilson et Roland Dalbiez. Sur la genèse de la notion cartésienne de réalité objective
    Id., Ens reale / Ens Rationis. Le mental et le réel dans le formalisme scotiste du XVIᵉ siècle, dans Quaestio #17
    Id., Realitas obiectiva. Elaborazione e genesi di un concetto
    Id. (ed), Quaestio #18 : The Question of the Thing/La questione della cosa
    Larry Hickman, Modern Theories of Higher Level Predicates: Second Intentions in the Neuzeit
    Sylvain Auroux, La logique des idées



    2.3ᵉ question : Qu'appelle-t-on penser à un objet …inexistant ou impossible ?
    La tradition logique autrichienne
    Le quatrième sens d'intentio qui, de prime abord, évoque ce que Brentano appelle die Richtung auf ein Objekt (l'orientation vers un objet) est, en réalité, le plus énigmatique. D'une certaine manière il se confond avec le troisième sens de l'intentio [l’intentio au sens de concept].
    Alain de Libera, «Intention», Vocabulaire européen des philosophies

    La question de la nature de la pensée et de l'objet intentionnel se pose à nouveau dans l'École de Franz Brentano, de ses élèves et de ses héritiers, dans la question de la « référence vide », des « représentations sans objet » ou des « objets inexistants » et des « objets impossibles » :


    Carte de l'École de Brentano
    En mémoire de mon maître de l'École phénoménologique, Edmund Husserl


    Un complexe de questions et de réponses :
    Toute pensée a-t-elle un objet ou bien une pensée peut-elle être sans objet ?
    À quoi une pensée qui pense à quelque chose qui n'existe pas se réfère-t-elle ? Quelle est la référence objective d'une pensée portant sur quelque chose d'inexistant ou d'impossible ?
    Y a-t-il des choses qui n'existent pas ?
    Y a-t-il des objets inexistants ?
    Comment un objet peut-il ne pas exister ?
    Comment un objet peut-il être impossible ?
    Un objet imaginaire est-il quelque chose ou rien ?
    Un objet impossible est-il quelque chose ou rien ? L'impossible (par exemple, la Chimère) se laisse-t-il réduire à néant ?
    Que signifie « rien » ?
    L'impossible a-t-il un sens (un signifié, une référence) ou ne signifie-t-il rien ?
    Qu'est-ce qu'une chose (šay', res) ?
    Qu'est-ce qu'un objet ?


    Gottlob Frege : signe – sens (Sinn) – objet de la signification ou dénotation (Bedeutung)
    Franz Brentano :
    Kazimierz Twardowski : acte – contenu – objet
    Alexius Meinong :
    Bertrand Russell : proposition – signification (meaning) – dénotation (denotation)
    Edmund Husserl : expression – sens – référence

    Les textes du dialogue philosophique d'Alexius Meinong et de Bertrand Russell sont :
    Bertrand Russell, Meinong's Theory of Complexes and Assumptions (1904), Review of: Meinong, Untersuchungen zur Gegenstandstheorie und Psychologie (1906 et 1907), De la dénotation (1905), articles publiés dans Essays in Analysis
    Alexius Meinong, Über die Stellung der Gegenstandstheorie im System der Wissenschaften (1907), Über Annahmen (seconde édition de 1910), et le second chapitre de Über Emotionale Präsentation (1917).

    De nombreux psychologues analytiques – Meinong par exemple – distinguent trois éléments dans une présentation, à savoir l'acte (ou le sujet), le contenu et l'objet. Les réalistes comme le D. Moore et moi-même ont rejeté le contenu, mais retenu l'acte et l'objet.
    Bertrand Russell, On propositions: what they are and how they mean, 1919, p. 305

    à suivre

    Dossier de lectures philosophiques
    Johannes Clauberg, Ontosophia
    Massimiliano Savini, Johannes Clauberg : Methodus cartesiana et ontologie
    Franz Brentano, Psychologie du point de vue empirique
    Id., Psychologie descriptive
    Alexius Meinong, Théorie de l'objet
    Edmund Husserl et Kasimir Twardowski, Sur les objets intentionnels, 1893–1901
    Jocelyn Benoist, Phénoménologie, sémantique, ontologie : Husserl et la tradition logique autrichienne
    Id., Représentations sans objet : Aux origines de la phénoménologie et de la philosophie analytique
    Id., Intentionalité et langage dans les Recherches logiques de Husserl
    Jean-Michel Roy, Rhin et Danube : Essais sur le schisme analytico-phénoménologique
    Janet Farrell Smith, The Russell-Meinong Debate
    Peter Simons, On What There Isn’t: The Meinong-Russell Dispute, dans Philosophy and Logic in Central Europe from Bolzano to Tarski
    Id., L'intentionalité, la décennie décisive, dans Daniel Laurier et François Lepage (ed.), Essais sur le langage et l'intentionalité
    Id., To Be and/or Not to Be
    Jean-Pierre Cometti et Kevin Mulligan (ed.), La philosophie autrichienne de Bolzano à Musil : Histoire et actualité
    Liliana Albertazzi, Massimo Libardi, Roberto Poli (ed.), The School of Franz Brentano
    Denis Fisette et Guillaume Fréchette, À l'École de Brentano : De Würzburg à Vienne
    Id. et Hynek Janoušek (ed.), Franz Brentano’s Philosophy After One Hundred Years: From History of Philosophy to Reism
    Hamid Taieb, Relational Intentionality: Brentano and the Aristotelian Tradition
    Robin D. Rollinger, Husserl's Position in the School of Brentano
    Richard Routley, Exploring Meinong's Jungle and Beyond
    Graham Priest, Towards Non-Being. The Logic and Metaphysics of Intentionality
    Francesco Berto, Existence as a Real Property: The Ontology of Meinongianism
    Dale Jacquette, Alexius Meinong, The Shepherd of Non-Being
    Manuel García-Carpintero and Genoveva Martí (ed.), Empty Representations: Reference & Non-Existence
    Maria Reicher, Nonexistent Objects, SEP



    3ᵉ question : Quel est le sens et la division logique des transcendantaux ?
    L'étant (ens, mawjûd), la chose (res, shay’), le quelque chose (aliquid) et le néant (nihil, ma‘dûm)

    Y a-t-il un concept de l'être commun à l'être réel et à l'être de raison ?
    L'«être réel» et l'«être de raison», ou Métaphysique et Logique

    Que signifie la question Est-ce qu'une Chimère vrombissant dans le vide peut manger des intentions secondes ? La question signifie : Est-ce que le concept d'être de raison (la Chimère en tant qu'ens rationis par excellence), entendu au sens contradictoire de l'être réel (ens reale) peut absorber le concept de concept logique (intentio secunda) ?

    à suivre

    Dossier de lectures philosophiques
    Fedor Benevich, The Essence-Existence Distinction: Four Elements of the Post-Avicennian Metaphysical Dispute (11–13th Centuries)
    Ben Novak, Anselm on Nothing
    Luisa Valente, «Illa quae transcendunt generalissima»: elementi per una storia latina dei termini trascendentali (XII secolo)
    Id., Names That Can Be Said of Everything: Porphyrian Tradition and ‘Transcendental’ Terms in 12th-c. Logic
    Id., Logique et théologie : Les écoles parisiennes entre 1150 et 1220
    Klaus Jacobi, Nomina transcendentia. Untersuchungen, von Logikern des 12. Jahrhunderts über transkategoriale Terme
    Giorgio Pini, The Transcendentals of Logic: 13th c. Discussions on the Subject Matter of Aristotle’s "Categories"
    Thomas d'Aquin, Dietrich de Freiberg, L'être et l'essence. Le vocabulaire médiéval de l'ontologie
    Thomas d'Aquin, Première question disputée sur la vérité
    Henri de Gand, Gilles de Rome, Godefroid de Fontaines, Être, essence et contingence
    Gilles de Rome, Théorèmes sur l'être et l'essence
    Jean Paulus, Les disputes d'Henri de Gand et de Gilles de Rome sur la distinction de l'essence et de l'existence
    John F. Wippel, The Metaphysical Thought of Godfrey of Fontaines: A Study in Late 13th c. Philosophy
    Ana Rieger Schmidt, La primauté de l’étant et les premiers principes chez Gérard Odon
    Jean Duns Scot, Questions sur la métaphysique
    Odile Gilon, Indifférence de l'essence et métaphysique chez Jean Duns Scot
    Jean-Christophe Bardout, Penser l’existence : L’existence exposée. Époque médiévale
    Jan A. Aertsen, Medieval Philosophy as Transcendental Thought: From Philip the Chancellor (ca. 1225) to Francisco Suárez
    Id. et Wouter Goris, Medieval Theories of Transcendentals, SEP
    Olivier Boulnois, Métaphysiques rebelles : Genèse et structure d’une science au Moyen Âge
    Id., Être et représentation : Une généalogie de la métaphysique moderne à l'époque de Duns Scot (XIIIᵉ-XIVᵉ siècles)
    Francisco Suárez, Disputes Métaphysiques
    Graziella Federici Vescovini (éd.), Le problème des transcendantaux du XIVᵉ au XVIIᵉ siècle
    Francesco Marrone, Ens reale / Ens rationis : Le mental et le réel dans le formalisme scotiste du XVIᵉ siècle
    Isabelle Mandrella, La controverse sur l’univocation de l’étant et le surtranscendantal : la métaphysique de Nicolas Bonet
    Id., Le sujet de la métaphysique et sa relation au conceptus entis transcendentissimi aux 16ᵉ et 17ᵉ siècles
    John P. Doyle, On the Borders of Being and Knowing: Late Scholastic Theory of Supertranscendental Being
    Johannes Clauberg, Ontosophia
    Massimiliano Savini, Johannes Clauberg : Methodus cartesiana et ontologie
    Ernesto Mayz Vallenilla, Le problème du néant chez Kant



    4ᵉ question : Purpurea, Iliace, Amabimus, Edentuli
    Le problème logique de l'équivalence des propositions modales

    Une proposition modale se compose d'un mode (le possible, le contingent, l'impossible, le nécessaire, le vrai, le faux) et d'un dictum (affirmatif ou négatif), par exemple Il est possible que Socrate argumente ou Il est impossible que Socrate soit une pierre. La composition des deux composants donne (4 × 4) seize propositions modales, qui se divisent en quatre espèces quadripartites, symbolisées dans la logique médiévale par les voyelles a, e, i, u :
    a : affirmation du mode et affirmation du dictum.
    e : affirmation du mode et négation du dictum.
    i : négation du mode et affirmation du dictum.
    u : négation du mode et négation du dictum.

    Les quatre espèces de propositions modales sont signifiées dans les mots Purpurea, Iliace, Amabimus et Edentuli, dont chaque syllabe correspond à une proposition modale :

    Pur-  Il n'est pas possible de ne pas être                 I-  Il n'est pas possible d'être
       pu-  Il n'est pas contingent de ne pas être                li-  Il n'est pas contingent d'être
     re-  Il est impossible de ne pas être                      a-  Il est impossible d'être     
        a  Il est nécessaire d'être             contraires         ce  Il est nécessaire de ne pas être
    c                                       c
    o                                  o
    s        n                            n        s
    u          t                       t           u
    b             r                  r             b
    a               a             a                a
    l                  d       d                   l
    t                     i i                      t
    e                    c   c                     e
    r                  t       t                   r
    n                o            o                n
    e             i                 i              e
    s          r                       r           s
    e                            e 
    s                                  s  
     A-  Il est possible d'être           subcontraires       E-  Il est possible de ne pas être
         ma-  Il est contingent d'être                            den-  Il est contingent de ne pas être
              bi-  Il n'est pas impossible d'être                      tu-  Il n'est pas impossible de ne pas être
     mus  Il n'est pas nécessaire de ne pas être              li  Il n'est pas nécessaire d'être

    Carré logique des quatre espèces (subalternation, subcontrariété, contrariété, contradiction) de l'opposition logique
    et de l'équipollence ou équivalence logique des quatre espèces (nécessaire, impossible, possible, contingent) des propositions modales, XIIᵉ siècle.



    4.1ᵉ question : Le possible s'ensuit-il du nécessaire ?
    Dans le labyrinthe du nécessaire, de l'impossible, du possible et du contingent

    Dans le premier traité du corpus logique d'Aristote, le traité De l'interprétation, se trouve une contradiction, entre ces deux propositions :

    P1 : Le nécessaire est possible.
    P2 : Le possible exclut le nécessaire.

    Cette contradiction est encore mise en lumière en 1580 dans les Tables de logique de Giacomo Zabarella (1533–1589), dans lesquelles le philosophe de Padoue écrit :
    En outre de celle-ci il est nécessaire d'être, on peut inférer donc il est possible d'être : mais de celle-ci selon les Anciens s'ensuit celle-là il n'est pas nécessaire d'être : donc du premier au dernier s'ensuit s'il est nécessaire d'être, il n'est pas nécessaire d'être, et ainsi une contradictoire s'ensuivrait de sa contradictoire, ce qui est absurde.
    On doute si est vrai ce qui a été pris pour argumenter contre les Anciens, à savoir que de celle-ci, il est nécessaire d'être, s'ensuit celle-là, il est possible d'être. En effet il y a une raison en faveur de chaque partie ; d'abord certes il semble que cela est correctement inférer ; car si cela ne s'ensuivait pas, il s'ensuivrait donc sa contradictoire, qui est il n'est pas possible d'être, mais c'est manifestement absurde, que cela, qu'il est nécessaire d'être, ne soit pas possible, donc si celle-ci ne s'ensuit pas, l'autre s'ensuit, et ainsi la conséquence est bonne, il est nécessaire d'être, donc il est possible d'être ;
    Mais d'un autre côté elle ne semble pas correcte, car on dit possible ce qui peut être et ne pas être : donc si nous disons correctement il est nécessaire d'être, donc il est possible d'être, il s'ensuit que le nécessaire peut être et ne pas être, ce qui est absurde ;

    Il est nécessaire d'être, donc Il est possible d'être.
    Argument par l'absurde ou par réduction à l'impossible :
    Car si Il n'est pas possible d'être, alors Il est impossible d'être.
    Et si Il est impossible d'être, alors Il n'est pas nécessaire d'être.

    Il est nécessaire d'être, donc Il n'est pas possible d'être.
    Argument par l'absurde ou par réduction à l'impossible :
    Car si Il est possible d'être, alors Il est possible de ne pas être.
    Et si Il est possible de ne pas être, alors Il n'est pas nécessaire d'être.

    à suivre



    4.2ᵉ question : Le possible et le contingent sont-ils logiquement équivalents ?

    Le carré logique des modales a quelque chose d'étonnant : le possible et le contingent y sont équivalents. Figurés par les deux premières syllabes des mots Purpurea, Iliace, Amabimus, Edentuli, le possible et le contingent sont symbolisés par les mêmes deux premières voyelles initiales.
    Le possible et le contingent semblent pourtant différer de sens, comme cela apparaît notamment dans l'unique argument du Proslogion ou La foi cherchant l'intelligence (Fides quaerens intellectum, 1070) d'Anselme de Cantorbéry (c. 1033–1109) :

    Double mesure comparative de la grandeur
    et déduction logique des modalités en Proslogion 2 et 3
    Être en l'intelligence et ne pas être en réalité
    Concept du possible
    Être en l'intelligence et être en réalité
    Concept du réel
    Être en réalité et pouvoir être pensé ne pas être
    Concept du contingent
    Être en réalité et ne pouvoir être pensé ne pas être
    Concept du nécessaire

    1. Première mesure de la grandeur : Possible < Réel
    2. Division logique du réel selon les contradictoires : Contingent ou Nécessaire
    3. Seconde mesure de la grandeur : Contingent < Nécessaire

    à suivre


    Quant à l'emploi de 'contingent', il a quelque peu perdu du sens qu'il recevait chez Aristote. Désormais en effet on ne considère nullement 'contingent' comme équivalent de 'possible', quoiqu'il semble bien l'avoir entendu en ce sens en son traité sur les propositions modales.
    Jean de Salisbury, Metalogicon, III, 4
    Qu'est-ce qu'être possible ? Être en l'intelligence et ne pas être en réalité ? N'être pas contradictoire ? N'être pas impossible ? N'être pas nécessaire ?
    Qu'est-ce qu'être contingent ? Être en réalité et pouvoir être pensé ne pas être ? Pouvoir être et pouvoir ne pas être ? N'être ni nécessaire, ni impossible ?
    Pourquoi les contradictoires du carré logique des modalités sont-elles entre le nécessaire et le contingent, et entre le possible et l'impossible ?


    Double détermination médiévale du possible :
    causale et logique
    Détermination
    causale
    (Fârâbî, Avicenne)
    Possible
    Ce dont l'être
    nécessite une cause
    Nécessaire
    Ce dont l'être
    ne nécessite pas de cause
    Détermination
    logique
    Possible
    Ce qui ne répugne pas
    à la nature de la chose
    Impossible
    Ce qui implique
    répugnance ou contradiction

    à suivre



    Dossier de lectures philosophiques
    Boethius, On Aristotle On Interpretation 4-6. Éditions de Carolus Meiser.
    Jaakko Hintikka, Aristotle’s Different Possibilities, dans Time and Necessity: Studies in Aristotle’s Theory of Modality
    C. W. A. Whitaker, Aristotle’s De interpretatione: Contradiction and Dialectic (chap. 13)
    Jules Vuillemin, Le carré Chrysippéen des modalités, Dialectica, vol. 37, n° 4
    Susanne Bobzien, Chrysippus' Modal Logic and its relation to Philo and Diodorus
    Simo Knuuttila, Modalities in Medieval Philosophy
    Id., Modal Logic, dans Norman Kretzmann, Anthony Kenny, Jan Pinborg, Eleonore Stump (ed.), The Cambridge History of Later Medieval Philosophy
    Id., Medieval Modal Theories and Modal Logic, dans Dov M. Gabbay, John Woods (ed.), Handbook of the History of Logic, vol. 2: Mediaeval and Renaissance Logic
    Id., Medieval Theories of Modality, SEP
    Riccardo Strobino and Paul Thom, The Logic of Modality dans The Cambridge Companion to Medieval Logic
    Paul Thom, La logique abélardienne des modales de rebus
    Maria Teresa Beonio-Brocchieri Fumagalli, The Logic of Abelard
    Irene Binini, Possibility and Necessity in the Philosophy of Peter Abelard
    Id., Possibility and Necessity in the Time of Peter Abelard
    Sara L. Uckelman, Modalities in Medieval Logic
    Id., Three 13th-century views of quantified modal logic
    John Grey, The Modal Equivalence Rules of the Port-Royal Logic
    Kristell Trego, L'impuissance du possible : Émergence et développement du possible, d'Aristote à l'aube des temps modernes



    5ᵉ question : Ex falso/impossibili sequitur quodlibet
    Le problème logique de la conséquence logique

    Un autre problème logique porte sur la définition de la conséquence logique. Qu'est-ce qu'une conséquence logique ? Quelles en sont les règles logiques ? Du faux ou de l'impossible, que s'ensuit-il logiquement ? Que signifie la règle logique médiévale Ex falso sequitur quodlibet, ou Ex impossibili ou Ex contradictione (Du faux s'ensuit logiquement n'importe quoi) ? Quelles conséquences et quels paradoxes logiques entraîne-t-elle ?

    Paris, XIIᵉ siècle. Différentes écoles philosophiques installées sur la rive gauche de la Seine se consacrent à l'étude et à la pratique de la dialectique. Chaque École de dialectique est attachée à un Maître en dialectique, parmi lesquels figurent quelques-uns des meilleurs dialecticiens de tous les temps :

    Écoles philosophiques parisiennes du XIIᵉ siècle
    École de Guillaume de Champeaux
    (ca. 1070–1121)
    à l'École du Cloître de la Cathédrale Notre-Dame de Paris à partir de 1095
    puis à Saint-Victor après 1108.

    Textes :
    les Introductions à la dialectique (Introductiones dialecticae),
    éd. par Lambert Marie de Rijk dans la Logica Modernorum, t. II/1, 131-145
    École de Pierre Abélard
    (1079–1142)
    d'abord à Melun, puis à Corbeil, puis sur la montagne Sainte-Geneviève
    de 1105/08 à ca. 1112, de ca. 1114 à 1118, puis entre 1130 et 1137.

    Textes :
    la somme de Logique introductive (Logica Ingredientibus), ca. 1118–20,
    la somme de Logique des Nôtres (Logica Nostrorum petitioni sociorum), ca. 1125,
    et la somme de Dialectique, ca. 1115–17, 1121–23 et 1135–37,
    éd. par L. M. de Rijk en 1970
    École des Montagniens
    (Montani) ou Albériciens (Albrici)
    d'Albéric de Paris

    (ca. 1100–1160)
    successeur d'Abélard sur la montagne Sainte-Geneviève à partir de 1138.

    Textes :
    Gloses sur les Réfutations sophistiques, Somme des Réfutations sophistiques (ca. 1155/60),
    Introductions Montagniennes Majeures et Mineures, ca. 1130,
    Abrégé Montagnien,
    éd. par L. M. de Rijk dans la Logica Modernorum, t. I, 191-255, 265-458, t. II/2, 11-71, 77-107 ;
    un Commentaire à l'Isagogè de Porphyre, un Commentaire aux Catégories d'Aristote,
    un Commentaire au traité De l'interprétation d'Aristote,
    un Commentaire sur le traité Des syllogismes hypothétiques de Boèce
    (cf. L. M. de Rijk, Some new Evidence on twelfth century Logic:
    Alberic and the School of Mont Ste Geneviève (Montani)
    )
    École des Meluniens (Melidunenses)
    ou Robertiens (Robertini)
    de Robert de Melun

    (ca. 1100–1167)
    successeur d'Abélard sur la montagne Sainte-Geneviève à partir de 1150, puis à Melun.

    Textes :
    l'Art melodunois (Ars Meliduna, ca. 1154–1180), remarquable traité
    édité par L. M. de Rijk dans la Logica Modernorum, t. II/1, 264-390,
    la Secte melunienne et les Sentences (ca. 1152–1160)
    École des Parvipontains
    (Parvipontani) ou Adamites (Adamiti)
    d'Adam de Balsham

    (ca. 1100–1181)
    près du Petit-Pont.

    Textes :
    l'Art dialectique (Ars disserendi, 1132), édité par Lorenzo Minio-Paluello
    dans Twelfth century Logic: Texts and Studies
    ,
    et les Tromperies parvipontaines (Fallaciae parvipontanae),
    tous deux édités par L. M. de Rijk dans la Logica Modernorum, t. I, 62-81 et 545-609
    École des Porrétains (Porretani)
    de Gilbert de Poitiers

    (ca. 1085–1154)
    Textes :
    le Condensé porrétain de Logique (Compendium Logicae Porretanum, 1155–70),
    édité en 1983 par Sten Ebbesen, Karin Margareta Fredborg,
    Lauge Olaf Nielsen et Christopher J. Martin
    ,
    et un Commentaire des Catégories d'Aristote édité par Sten Ebbesen


    Que s'ensuit-il logiquement du faux ? L'Art melodunois (Ars Meliduna, ca. 1154–1180) rapporte l'affrontement dialectique de quatre thèses logiques en présence :
    Thèse de l'École de Robert de Melun : Rien ne s'ensuit du faux (Nihil sequitur ex falso).
    Thèse de l'École d'Adam de Balsham : Du faux s'ensuit n'importe quoi (Ex falso sequitur quodlibet). De l'impossible s'ensuit n'importe quoi (Ex impossibili sequitur quodlibet). Le nécessaire implique n'importe quoi (Necessarium sequitur ad quodlibet). Conséquence des Adamites (Consequentia Adamitorum)

    à suivre


    La division logique de la conséquence en
    conséquence naturelle ou formelle et conséquence accidentelle ou matérielle


    à venir


    Soit a l'antécédent et c le conséquent d'une conséquence logique a → c :

    Table de vérité de l'implication matérielle a → c (a implique c, ou si a, alors c)
    antécédent conséquent conséquence a → c
    Vrai Vrai Vraie
    Vrai Faux Fausse
    Faux Vrai Vraie
    Faux Faux Vraie


    Dossier de lectures philosophiques
    Lambertus Marie de Rijk, Logica Modernorum. A Contribution to the History of Early Terminist Logic, Vol. I: On the Twelfth century Theories of Fallacy ; Vol. II/1: The origin and early development of the Theory of Supposition ; Vol. II/2: The origin and early development of the Theory of Supposition: Texts and Indices
    Id., Some earlier parisian Tracts on Distinctiones Sophismatum
    Yukio Iwakuma, Twelfth-Century Nominales: The Posthumous School of Peter Abelard
    Id., Parvipontani‘s Thesis Ex Impossibili Quidlibet Sequitur: Comments on the sources of the thesis from the twelfth century
    Id., Pierre Abélard et Guillaume de Champeaux dans les premières années du XIIᵉ siècle : une étude préliminaire
    Id., Vocales Revisited
    Id., Alberic of Paris on Mont Ste Geneviève against Peter Abelard
    Id., Yukio Iwakuma Twelfth Century Logic Hope Page
    Id., Yukio Iwakuma’s Folders on Logical Manuscripts (circa 800–1220), on Logicalia Medievalia: Latin logical manuscripts before 1220
    Christopher John Martin, Theories of Inference and Entailment in the Middle Ages
    William J. Courtenay, Nominales and Rules of Inference
    Joke Spruyt, Thirteenth-Century Positions on the Rule ‘Ex Impossibili Sequitur Quidlibet‘
    Angel d'Ors, Ex impossibili quodlibet sequitur (John Buridan)
    Sara L. Uckelman, Ex impossibili sequitur quidlibet in the 12th century, Ex impossibili sequitur quidlibet in the 13th century: part 1, part 2
    Graham Priest, Koji Tanaka, Zach Weber, Paraconsistent Logic, SEP



    Les premiers ateliers philosophie pour enfants ont lieu à l'occasion de la Fête de la science le 12 octobre 2018 avec une classe d'élève de Seconde du Lycée Jeanne d'Arc de Clermont-Ferrand, Auvergne.


    Choix de lectures philosophiques
    Benoît Patar, Dictionnaire des philosophes médiévaux
    Steeven Chapados, Dictionnaire philosophique et historique de la Logique
    Norman Kretzmann, Anthony Kenny, Jan Pinborg, Eleonore Stump (ed.), The Cambridge History of Later Medieval Philosophy
    Eleonore Stump, Dialectic and its place in the development of Medieval Logic
    Alain de Libera, Roger Bacon et la référence vide
    Id., Les nominaux et les réaux : sophismata et consequentiae dans la logique médiévale
    Id., La querelle des universaux : de Platon à la fin du Moyen Âge
    Id., L'art des généralités. Théories de l'abstraction
    Id., La référence vide. Théories de la proposition
    Id., L'archéologie philosophique. Séminaire du Collège de France 2013–2014, 19 juin et 26 juin 2014
    Fedor Benevich, The reality of the non-existent object of thought: the possible, the impossible, and mental existence in islamic philosophy (11-13th)
    Luisa Valente, Logique et Théologie : Les écoles parisiennes entre 1150 et 1220
    Sten Ebbesen, The Chimera's Diary
    Id., Talking about what is no more. Texts by Peter of Cornwall (?), Richard of Clive, Simon of Faversham, and Radulphus Brito
    Virginie Greene, Logical Fictions in Medieval Literature and Philosophy
    Irene Binini, My current research on 12th century Logic
    Catarina Dutilh Novaes, Formalizing Medieval Logical Theories: Suppositio, Consequentiae and Obligationes
    Id. and Stephen Read (ed.), The Cambridge Companion to Medieval Logic
    Id., Medieval Theories of Consequence, SEP
    Guillaume d'Ockham, Somme de logique, Seconde partie, chapitres 12 et 14 ;
    Jean Buridan, Petites Sommes de logique, Traité des suppositions et Traité sur la pratique des sophismes ; Questions sur le Traité de l'âme, L. III, Q. 15 et III, Q. 13 ; Le Traité des conséquences, I, ch. 5 et I, ch. 8, 16e théorème ; Questions sur le Peri hermeneias, I, Q. 2 : Tout nom signifie-t-il quelque chose ? dans Questions sur l'Art ancien ; Questions sur la Métaphysique d'Aristote, IV, Q. 10 et 14, VI, Q. 7 et 8.
    Earline Jennifer Ashworth, Chimeras and Imaginary Objects: A Study in the post-medieval Theory of Signification
    Carlos A. Dufour, Die Lehre der Proprietates Terminorum : Sinn und Referenz in mittelalterlicher Logik
    Joël Biard, Logique et théorie du signe au quatorzième siècle
    Mental Being in Late Medieval Thought: From Concepts to Chimera, International Conference, 31 May – 1 June, 2019, Institute of Philosophy, KU Leuven
    Marie-Luce Demonet, Les êtres de raison, ou les modes d'être de la littérature
    Francisco Suárez, Disputes métaphysiques, LIV : Les êtres de raison
    Daniel D. Novotný, Ens rationis from Suárez to Caramuel: A Study in Scholasticism of the Baroque Era