Les autres philosophes | Philosophie pour enfants ou adultes: Qu'est-ce donc que le temps ?

Qu'est-ce donc que le temps ?

Enquête philosophique sur l'éternité, le temps, et le temps de la pensée

Qu’est-ce que le temps ? Comment le concevoir et le définir ? Comment est-il pensé ? Et pourquoi ? Le concept de temps, et la question philosophique du temps, a une histoire. Quelle est cette histoire philosophique ? Comment le temps est-il pensé et impensé, dans l'histoire philosophique du concept de temps ? Quel est le sens de l'histoire philosophique du temps, depuis le temps conçu comme « image mobile de l'éternité » jusqu'à « l'idée d'un temps homogène, image symbolique de la durée réelle » ?

Un atelier philosophie pour enfants consacré à la question du temps a lieu en juillet 2009 au Musée de l’horlogerie de Saint-Nicolas d’Aliermont (Normandie), et à l’occasion de la présentation d’une exposition pour enfants consacrée au temps à la Médiathèque de Notre-Dame-de-Gravenchon en novembre 2013. La question est abordée avec des élèves de Première du Lycée des Métiers Grieu de Rouen en 2013 et en 2014. Elle sera à nouveau posée avec une classe d'élèves de CM1/CM2 à la Médiathèque L'Ivre d'images de Vertaizon (Auvergne) les jeudis 17 octobre, 14 novembre et 12 décembre 2019.

Argumentaire en cours de réécriture

L'être et le temps
La division de l'éternel et du temporel
Extrait du Timée de Platon (ca. -427 – -347)

Or il faut me semble-t-il établir tout d'abord cette division : qu'est-ce qui est toujours, mais n'a pas de devenir ? Et qu'est-ce qui est toujours en devenir, mais n'est jamais ? Ce qui est conçu par l'intelligence et la raison est toujours le même ; ce qui objet de l'opinion et de la perception irrationnelle est toujours en devenir et en train de périr et réellement jamais n'est.
Ἔστιν οὖν δὴ κατ΄ ἐμὴν δόξαν πρῶτον διαιρετέον τάδε· τί τὸ ὂν ἀεί͵ γένεσιν δὲ οὐκ ἔχον͵ καὶ τί τὸ γιγνόμενον μὲν ἀεί͵ ὂν δὲ οὐδέποτε; [28a] τὸ μὲν δὴ νοήσει μετὰ λόγου περιληπτόν͵ ἀεὶ κατὰ ταὐτὰ ὄν͵ τὸ δ΄ αὖ δόξῃ μετ΄ αἰσθήσεως ἀλόγου δοξαστόν͵ γιγνόμενον καὶ ἀπολλύμενον͵ ὄντως δὲ οὐδέποτε ὄν.


Analyse logique de l'argument
(à venir)
Devenir, est-ce ne pas encore être et n'être déjà plus, est-ce ne pas être ? Le temps est-il la négation de l'être ? Entre l'être et le temps, y a-t-il contradiction logique ? Le temps est-il passage au passé ou durée et continuation du passé dans le présent, disparition ou conservation et création ? Est-il anéantissement ou être ?


Apories logiques sur l'être du temps
Extrait de la Physique, livre Δ (4ᵉ), chapitres 10 à 14 d'Aristote

Mais, à la suite de ce qui a été dit, il faut en venir à l'étude du temps. Il est d'abord bon de soulever les difficultés qui le concernent, même à travers les arguments extérieurs : s'il fait partie des étants ou des non-étants, ensuite quelle est sa nature. Que donc le temps n'est absolument pas, ou est à peine et confusément, on pourrait le présumer à partir de ce qui suit. En effet, quelque chose de lui est passé et n'est plus, alors que quelque chose de lui est à venir et n'est pas encore. Et c'est de ces aspects que sont constitués le temps infini aussi bien que celui qui est pris à tout moment. Or on peut être d'avis qu'il est impossible que ce qui est composé de non-étants participe de l'être.
[…] De plus, le maintenant qui semble distinguer le passé et l'avenir, il n'est pas facile de voir s'il demeure toujours un et identique ou s'il est sans cesse autre. […]


Analyse logique de l'argument
(à venir)


Extrait des Esquisses pyrrhoniennes, livre III, chapitre 19
de Sextus Empiricus

S'il existe un temps, il est soit limité, soit infini. Mais s'il est limité, il a commencé à un certain temps et s'achèvera à un certain temps ; et pour cette raison il y avait un temps quand il n'y avait pas de temps – avant qu'il n'ait commencé –, et il y aura du temps quand il n'y aura plus de temps – après qu'il se sera achevé –, ce qui est absurde. Le temps n'est donc pas limité. Mais s'il est infini, puisque quelque chose de lui est dit passé, quelque chose présent et quelque chose futur, le futur et le passé sont ou ne sont pas. Mais s'ils ne sont pas, étant donné qu'il ne restera que le présent, lequel est très petit, le temps sera limité et il s'ensuivra les apories signalées ci-dessus. Mais si le passé existe et le futur existe, chacun d'eux sera présent. Mais il est absurde de dire que le temps passé et le temps futur sont présents. Donc le temps n'est pas non plus infini ; mais s'il n'est ni infini ni limité, le temps n'existe pas du tout.
Outre cela, si le temps existe il est soit divisible, soit indivisible. Or il n'est pas indivisible ; en effet il est divisé en présent, passé et futur comme ils le disent eux-mêmes. Mais il n'est pas non plus divisible. En effet chacune des choses divisibles est mesurée par l'une de ses parties, la partie mesurante étant appliquée à ce qui est mesuré, comme lorsque nous mesurons une coudée avec un doigt. Mais le temps ne peut pas être mesuré à l'aide d'une de ses parties. Si, en effet, le présent mesure le passé – ceci étant dit pour les besoins du raisonnement –, il sera appliqué au passé et pour cette raison sera passé, et pour le futur, de même, il sera futur. Et si le futur mesurait les autres, ils serait présent et passé, et, de même, le passé serait futur et présent, ce qui est invraisemblable. Donc le temps n'est pas non plus divisible. Mais s'il n'est ni indivisible ni divisible, il n'existe pas non plus.
On dit que le temps se divise en trois parties, le passé, le présent et le futur. Parmi elles le passé et le futur n'existent pas. Si en effet le temps passé et le temps futur existaient maintenant, chacun d'eux serait présent. Mais le présent n'existe pas non plus. Si, effectivement, le temps présent existe il est soit indivisible, soit divisible. Or il n'est pas indivisible ; c'est en effet dans le temps présent qu'on dit que les choses qui changent changent, et on ne change pas dans un temps sans parties […]. De sorte que le temps présent ne sera pas indivisible. Mais il n'est pas non plus divisible ; en effet il ne peut pas être divisé en présents, puisque, du fait du flux impétueux des choses qui sont dans le cosmos, on dit que le présent se change imperceptiblement en passé. Mais il ne peut pas non plus être divisé en passés et futurs ; en effet ils seront non étants, l'une de ses parties n'étant plus et l'autre n'étant pas encore. De là vient aussi que le présent ne peut pas être le terme du passé et le commencement du futur, puisqu'à la fois il serait et ne serait pas : il sera en tant que présent et ne sera pas puisque ses parties ne sont pas. Donc il ne sera pas non plus divisible. Mais si le présent n'est ni indivisible ni divisible, il n'existe pas non plus. Mais étant donné que ni le présent, ni le passé, ni l'avenir n'existent, il n'existe pas non plus quelque chose qui soit le temps, car ce qui est composé de choses non existantes est non existant.



Analyse logique des arguments
(à venir)

Extrait des Confessions, livre XI, chapitres 14, 15
d'Augustin d'Hippone

Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne m'interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette question, je l’ignore. Je dis néanmoins en toute confiance savoir que, si rien ne passait le temps passé ne serait pas, si rien n’advenait, le temps à venir ne serait pas, et si rien n’était, le temps présent ne serait pas. Ces deux temps par conséquent, le passé et l’avenir, comment sont-ils, alors que le passé n’est plus et que l'avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent sans fuir dans le passé, il ne serait plus le temps; il serait l’éternité. Donc si le présent, étant du temps, pour cette raison, qu’il passe dans le passé, la façon dont nous disons cet être, dont la cause, qu’il soit, est celle-ci, qu’il ne sera pas, il va sans dire que nous ne disons pas vraiment le temps être, si ce n’est en ce qu’il tend à ne pas être.

Et néanmoins nous disons qu'un temps est long et qu'un temps est court, et nous ne le disons que du passé et de l'avenir ; ainsi, par exemple, cent ans passés, cents ans à venir, voilà ce que nous appelons longtemps ; et peu de temps : dix jours écoulés, dix jours à attendre. Mais comment pourrait être long ou court ce qui n'est pas ? Car le passé n'est plus, et l'avenir n'est pas encore. […]


Analyse logique de l'argument
(à venir)

L'idée confuse de temps et la durée
L'analyse de l'idée de temps comme mixte confus : la distinction de l'étendu (l'espace) et de l'inétendu (la durée pure)

Voici en effet ce qu’est le temps : le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur.
Aristote, Physique Δ, ch. 11, 219 b 1

L’espace est la matière avec laquelle l’esprit construit le nombre, le milieu où l’esprit le place. […] L'idée même du nombre renferme celle d'une juxtaposition dans l'espace.
Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, ch. 2

Que signifie l'idée de temps comme ordre de la succession des instants selon l’avant et l’après maintenant ? Qu'est-ce qui distingue le temps et l'heure ? Qu'est-ce qu'un nombre ? Comment le temps est-il compté et décompté, calculé, nombré et dénombré en quantités d’intervalles ou d’espaces de temps ? « Comment donc mesurer le temps, si ce n’est par certains espaces ? Ces distinctions des temps simples, doubles, triples ou égaux, qu’est-ce d’autre que des espaces de temps ? Quel espace est donc pour nous la mesure du temps qui passe ? » demande déjà Augustin d'Hippone. Comment penser le temps autrement que comme de l’espace, autrement que comme une ligne, la mobilité autrement que comme de l'immobile ? Et réciproquement, comment, ou plutôt quand la confusion des contradictoires se produit-elle ?

La question du temps et l'antique problème de l'un et du multiple
L'analyse de l'idée de nombre : la division de deux espèces d'unité et de multiplicité
La division des deux espèces de multiplicité : multiplicité numérique de juxtaposition dans l'espace et multiplicité qualitative de compénétration dans la durée


Durer : l'âme et le temps

Quelle présence préalable de la durée la représentation mathématique (arithmétique ou géométrique) du temps a-t-elle déjà présupposée ? Et quel autre concept du temps ? Comment le passé, le présent et l’avenir sont-ils et ne sont-ils pas présents ? À quoi et par quoi sont-ils et ne sont-ils pas présents ? Qu’est-ce que l’attente ? Qu'est-ce que l'attention ? Qu’est-ce que la mémoire et l'oubli ? Comment concevons-nous la mémoire, la mémorisation et la remémoration ? Notre idée de la mémoire n'est-elle pas, comme l'idée du temps, confuse ? N'avons-nous pas déjà confondue l'idée, temporelle, de conservation (du passé par la mémoire) avec l'idée, spatiale, de contenance (d'images dans un organe) ? N'a-t-elle pas déjà confondu un souvenir avec une image, se souvenir avec imaginer ? Mais surtout, l'idée même d'une mémoire qui conserve le passé n'a-t-elle pas déjà préjugé de l'anéantissement du passé ? Si, au contraire, le passé se conserve de lui-même, si la durée elle-même est mémoire, le véritable problème de la mémoire n'est-il pas plutôt celui de l'oubli ? En quel sens la mémoire retient-elle le passé ? Au sens où la mémoire retient le passé de disparaître, retient le souvenir présent du passé, ou bien au sens où la mémoire retient le passé dans le passé, retient le retour au présent du passé, l’y maintient et maintient le maintenant présent, retient le passé de se représenter, par tout ce qui, à présent, le rappelle du passé au présent ?
Entre le passé et le présent, et entre souvenir et perception, la différence est-elle de degré (c'est-à-dire en dernière analyse d'espace) ou de nature (c'est-à-dire en dernière analyse de durée) ? De quelle nature le présent est-il ? De quelle nature le passé est-il ? De quoi le présent est-il le temps ? De quoi le passé est-il le temps ?


Préjuger d'avance, présupposer des idées préconçues, et penser à temps

TROISIÈME RÈGLE [de la méthode] : Poser les problèmes, et les résoudre, en fonction du temps plutôt que de l'espace.
Gilles Deleuze, Le bergsonisme, chapitre premier : L'Intuition comme méthode

Pourquoi le passé et l'avenir sont-ils pensés comme ce qui n'est plus et ce qui n'est pas encore, comme du non-être ? Pourquoi le passé et l'avenir sont-ils pensés selon le présent (ce qui n'est plus présent, ce qui n'est pas encore présent) ? Comment penser le passé autrement que comme « un présent qui n'est plus présent » ? Comment penser chacun des temps d'une manière qui ne lui soit plus anachronique mais contemporaine ? Comment penser à temps, en n'étant plus en avance ou en retard sur le rythme propre à ce qui est à penser, penser sans reconstruire rétrospectivement ni préjuger, juger, concevoir et conclure d'avance ? Et qu'est-ce qu'une pensée qui ne pense plus spatialement, comme l'est l'intelligence, mais temporellement ? Poser les problèmes, et les résoudre, en fonction du temps plutôt que de l'espace : que signifie la troisième des règles de la méthode bergsonienne ? Et que change-t-elle ? Comment nous change-t-elle ?



Choix de lectures philosophiques
Aristote, Physique, livre Δ (IV), chapitres 10 à 14
Victor Goldschmidt, Le système stoïcien et l’idée de temps
Saint Augustin, Confessions, livre XI, chapitres 13 à 31
Jean Guitton, Le temps et l'éternité chez Plotin et Saint Augustin
Rory Fox, Time and Eternity in Mid-Thirteenth-Century Thought
Pasquale Porro (Ed.), The Medieval Concept of Time: The Scholastic Debate and its Reception in Early Modern Philosophy
John Marenbon, Le temps, l’éternité et la prescience de Boèce à Thomas d’Aquin
Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Esthétique transcendantale, Deuxième section : Du temps, § 4 Exposition métaphysique du concept du temps, § 5 Exposition transcendantale du concept du temps, § 6 Conséquences tirées de ces concepts et § 7 Explication
Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience ; Matière et mémoire ; L'Évolution créatrice ; Durée et simultanéité ; La Pensée et le mouvant ; L'idée de temps : Cours au Collège de France 1901–1902 ; Histoire de l'idée de temps : Cours au Collège de France 1902–1903 ; Histoire des théories de la mémoire : Cours au Collège de France 1903–1904
Vladimir Jankélévitch, Henri Bergson
Gilles Deleuze, Le bergsonisme
Camille Riquier, Archéologie de Bergson. Temps et métaphysique
David Lapoujade, Puissances du temps. Versions de Bergson
Edmund Husserl, Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps
Jorge Luis Borges, Histoire de l’éternité ; Nouvelle réfutation du temps, publié dans Autres Inquisitions, Œuvres Complètes, tome I
Francis Wolff, Les deux concepts de temps : l'ordre et le devenir
La métaphysique du temps : perspectives contemporaines, Colloque des 3 et 4 octobre 2019 au Collège de France