Les autres philosophes | Philosophie pour enfants ou adultes: Diogène de Sinope

Vivre avec la meilleure et la plus étonnante bande de gaillards,

de joyeux drilles et d'esprits libres
Les autres philosophes

La manière de vivre philosophique, c'est tout simplement le comportement du philosophe dans la vie quotidienne.

Pierre Hadot, La philosophie comme manière de vivre

Bande des Éléates :
Parménide d'Élée
Zénon d'Élée « l'aimé de Parménide », « le Palamède d'Élée », « l'inventeur de la dialectique », « double langue pendue » (pour le pour et le contre, le vrai et le faux,…), « langue fourchue » (ἀμφοτερογλώσσος)
Mélissos

Premier sentier (ὁδὸς) de recherche (διζήσιος) de la compréhension (νόημα, τὸ νοεῖν) de la vérité (ἀληϑείη) :
ἔστιν τε καὶ ὡς οὐκ ἔστι μὴ εἶναι,
Est et n'est pas [possible de] ne pas être
(fr 2, 3)

χρὴ τὸ λέγειν τὸ νοεῖν τ' εὸν ἔμμεναι·ἐστὶ γὰρ εἶναι,
Il faut dire et penser l'étant être ; est en effet être
(fr 6, 1)

Par nécessité
car impossible
est
le contraire
(Être : n'être pas)

Sentier de l'être nécessaire


































Bande du Socrate, « le taon », « le silène », « le va-nu-pieds », « le gueux » :
Antisthène d'Athènes « Chien franc (Ἁπλοκύων) », Platon « aux larges épaules (πλάτων) »,…
Aristippe de Cyrène…

Les Socratiques :
Eschine, Aristippe, Phédon, Euclide, Criton, Simon, Glaucon, Simmias, Cébes.

Disciples de Phédon : Éliaques et Érétriens.

Les dix Écoles éthiques (I, 18-19) :
École académicienne, École cyrénaïque (fondée par Aristippe) , École éliaque, École mégarique, École cynique, École érétrienne (fondée par Ménédème d'Érétrie), École dialectique, École péripatéticienne, École stoïcienne, École épicurienne.



Bande d'Antisthène d'Athènes, « Chien franc (Ἁπλοκύων) », le socratique, fondateur du cynisme au gymnase du Cynosarges :
Élève de Gorgias de Leontini, en relation avec les sophistes Hippias d'Élis et Prodicos de Céos, avant de rencontrer Socrate.
Diogène de Sinope
Disciples d'Antisthène : Cyniques et Stoïciens.
I 13-20 : Antisthène → Diogène le Chien → Cratès de Thèbes → Zénon de Citium → Cléanthe → Chrysippe


Bande de Diogène de Sinope, « le Chien », « le Socrate devenu fou » :


Bande de Cratès de Thèbes « l'ouvreur de portes » :
Métroclès, son beau frère et sa femme Hipparchia, le cynique Monime de Syracuse, Zénon de Kition, fondateur du stoïcisme, Pasiclès le frère de Cratès, Cléanthe le stoïcien, Bion de Borysthène pendant un temps, Ménippe de Gadara, disciple et femme de Cratès, Théombrote et Cléomène.

Démétrius d'Alexandrie, disciple de Théombrote ; Timarque d'Alexandrie et Échéclès d'Éphèse, disciples de Cléomène ; Ménédème, disciple d'Échéclès d'Éphèse,


Métroclès de Maronée, disciple de Théophraste et de Cratès


Bande de Zénon de Citium (île de Chypre), fondateur du stoïcisme :
Six disciples : Persaios de Kition, Ariston de Chios, Hérillos de Carthage ou de Chalcédoine, Denys d'Héraclée le Transfuge, Sphaïros du Bosphore, et Cléanthe d'Assos. Cléanthe (c. 330-230) prend sa succession à la tête du Portique en 262, à 68 ans.
De 307 à 290, Zénon (334 ca., de 27 à 44 ans) poursuit ses études à Athènes. Il suit les cours du cynique Cratès de Thèbes. Il suit ensuite, en même temps qu'Archésillas, les cours de Xénocrate à l'Académie, puis ceux de son successeur, Polémon l'Académicien. Il a étudié la dialectique chez les mégariques Stilpon et peut-être Diodore Cronos.

Chrysippe de Soles (en Cilicie), prend la succession de Cléanthe à sa mort en 230.

Sénèque, Épictète, Arrien de Nicomédie, Marc Aurèle
Pierre Hadot


Augustin de Thagaste, « celui qui parle à Dieu », « le premier philosophe a être sorti de l'Antiquité », et sa bande :
Avoir l'audace de conclure de ce qui est nécessaire, à ce qui est ; de la nécessité, à l'être.
Par exemple, avoir l'audace de conclure de ce que la vie heureuse, ou l'amour, est, nécessairement, à ce qu'elle est.
Ne pas partir de ce qui est possible, ni de ce qui est, de façon contingente, ni s'en tenir à cela. Mais partir de ce qui est, nécessairement, et rester fidèle à ce qui est nécessaire.

« Ce qui nous frappe, dans la vue du Monde créé, c'est d'abord le fait qu'il est […]; ce qui frappe Augustin, dans la vue de ce même Monde, c'est au contraire le fait qu'il n'est pas vraiment. »
Étienne Gilson, Notes sur l’être et le temps chez saint Augustin

Parménide

Anselme du Bec, « pêcheur en sa vie, moine par l’habit »,
Blaise Pascal,

Descartes, « l'Idiot », et sa bande :
Henri Bergson, Merleau,


Lectures philosophiques
Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres
Richard Goulet (dir.), Dictionnaire des philosophes antiques, T1 (1989), T2 (1994), T3 (2000), Supplément (2003), T4 (2005), T5-1 (2011), T5-2 (2012), T6 (2016), T7 (2018)

Jean Zafiropulo, L'École Éléate : Parménide – Zénon – Mélissos
Nicolas Pineau, La cigale par les ailes. Zénon d'Élée par ses surnoms
Pierrot Seban, Le temps et l'infini : Sur les paradoxes de Zénon
John Palmer, Plato's Reception of Parmenides
Id., Parmenides and Presocratic Philosophy
Hervé Pasqua, L'unité de l'Être parménidien
Id., L'Être comme πολλά chez Platon. Les enseignements du Parménide et du Sophiste
Louise Guillemot et Lauranne Quentric, Parménide et la fille du Soleil (Les petits Platons)

Émile Boutroux, Socrate, fondateur de la science morale
Léon Robin, La morale antique
André Jean Festugière, Socrate
Id., Contemplation et vie contemplative selon Platon
René Schaerer, Le mécanisme de l’ironie dans ses rapports avec la dialectique
Jan Patočka, Socrate
George Rudebusch, Les trois vies philosophiques de Socrate
Georges Dumézil, Divertissement sur les dernières paroles de Socrate
Alessandro Stavru and Christopher Moore (ed.), Socrates and the Socratic Dialogue
Christopher Moore (ed.), Brill's Companion to the Reception of Socrates
Michael Trapp (ed.), Socrates from Antiquity to the Enlightenment
Léonce Paquet, Les Cyniques grecs : Fragments et témoignages
Denis Diderot, L'Encyclopédie, article Cynique
Michel Foucault, Le courage de la vérité, Cours au Collège de France. 1984
Marie-Odile Goulet-Cazé, L'ascèse cynique
Id., Le cynisme, une philosophie antique
Isabelle Chouinard, Un tonneau sous le Portique : la réception du cynisme chez les stoïciens
Id., Cynisme et falsification du langage : à propos de Diogène cherchant un homme
Id., Les maîtres de Cratès
Yan Marchand et Vincent Sorel, Diogène l'Homme Chien (Les petits Platons)

Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique
Id., La Philosophie comme manière de vivre
Id., La philosophie comme éducation des adultes
Id., Introduction aux Pensées de Marc-Aurèle
Id., Qu'est-ce que la philosophie antique ?
Id., Éloge de Socrate
Id., Éloge de la philosophie antique
Id. et Ilsetraut Hadot, Apprendre à philosopher dans l'Antiquité. L'enseignement du manuel d'Épictète et son commentaire néoplatonicien
Ilsetraut Hadot, Sénèque : Direction spirituelle et pratique de la philosophie

Théodore Colardeau, Étude sur Épictète
Id., Essai sur le système philosophique des stoïciens
Maël Goarzin, Comment vivre au quotidien ? Carnet de recherche en ligne

Vivre

La vraie vie

Projet territorial d'Éducation Artistique et Culturelle 2024–2029 consacré au vivant en collaboration avec la Médiathèque entre Dore et Allier de Lezoux, Cyril Amblard, la Compagnie Entre eux deux rives et Graine Vagabonde, avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Auvergne, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et le Département du Puy-de-Dôme.
Début du projet : quatrième trimestre 2024




Accompagnement philo-musical de spectacles vivants jeune public scolaire
et ateliers philo-musicaux à l'école primaire
Accompagnement Être spectateur du spectacle Dépêche-toi ! par la Compagnie Entre eux deux rives, en novembre 2024 à Seychalles, Orléat et Lezoux.

Ateliers questionnement philosophique et écriture musicale avec les élèves de CM1–CM2 de Claire Rouby à l'école de Joze, du 13 au 27 mars 2025.
Projet SACEM Les Fabriques à Musique dans la classe de Maryline Fougerouse de l'école de Seychalles avec Cyril Amblard, les 16 octobre, 7, 14 et 21 novembre 2025.

Accompagnement Être spectateur du spectacle Versant Vivant, créé et interprété par Émilie Tarascou et Simon Kansara, dans la classe d'Emmanuelle Arnaud de l'école de Ravel les 13, 20 et 27 novembre 2025.


Conférences philosophiques
Samedi 9 novembre 2024, 17h30/19h
La philosophie comme manière de vivre :
La vraie vie
Samedi 7 décembre 2024, 17h30/19h
Les deux sens de la vie :
dans la philosophie d'Henri Bergson
Samedi 15 février 2025, 17h30/19h
La découverte vivante du corps charnel et du monde-de-la-vie
Samedi 18 octobre 2025, 17h30/19h
Penser, un arbre
L'Arbre de Porphyre
Samedi 6 décembre 2025, 17h30/19h
Comment penser et vivre autrement
nos relations aux vivants ?
Samedi 30 mai 2026, 17h30/19h
Quelles pensées me suivent
et me précèdent dans ma vie ?
Samedi 14 novembre 2026, 17h30/19h
Vivre son deuil
au jour le jour





Ateliers philosophie adultes
Mercredi 22 janvier 2025, 17h30/19h
Les deux sens de la vie :
dans la philosophie d'Henri Bergson
Mercredi 5 mars 2025, 17h30/19h
La découverte vivante du corps charnel et du monde-de-la-vie
Mercredi 10 septembre 2025, 17h30/19h
Qu'est-ce que vous ressentez ?
Mercredi 8 octobre 2025, 17h30/19h
Qu'est-ce que la vie m'apprend ?
Mercredi 11 mars 2026, 17h30/19h
Comment penser et vivre autrement
nos relations aux vivants ?
Mercredi 1 avril 2026, 17h30/19h
Quelles pensées me suivent
et me précèdent dans ma vie ?
Mercredi 17 juin 2026, 17h30/19h
.
Mercredi 9 décembre 2026, 17h30/19h
Vivre son deuil
au jour le jour





Argumentaires

La philosophie comme manière de vivre
La vraie vie
Nicolas Poussin, Diogène jetant son écuelle (détail), Paris, Musée du Louvre. « Vainqueur de l’ennemi le plus redoutable de l’homme, la volupté », celui qui « faisoit pleuvoir le sel & l’ironie sur les vicieux », « accablant les passants de vérités injurieuses », « ils apprirent de lui à pratiquer la vertu, à manger des oignons, à marcher les pieds nus, à n’avoir besoin de rien, & à se moquer de tout. […] Personne n’eut plus de fierté dans l’âme, ni de courage dans l’esprit, que ce philosophe. Il s’éleva au-dessus de tout événement, mit sous ses pieds toutes les terreurs, & se joua indistinctement de toutes les folies. » Diderot, L'Encyclopédie, article Cynique

avoir l'audace d'accomplir en soi la loi de la philosophie, vivre de manière philosophique

Friedrich Nietzsche, La Philosophie à l'époque tragique des Grecs

La vraie vie (ἀληθὴς βίος)
Les quatre sens du vrai
dans la vie philosophique (βίος φιλοσοφικός) antique
Est vrai ce dont l'être n'est pas en retrait, caché, dissimulé, négligé, oublié. Est vrai ce dont l'être n'est pas altéré par un élément qui soit autre que lui-même, ce qui est conforme à son essence, intègre, libre, non asservi, affranchi, original, authentique Est vrai ce qui est droit. Droiture, rectitude de la vie. Vie conforme au λόγος et à la φύσις. Est vrai ce qui est, au sens propre, c'est-à-dire bon, immuable, incorruptible, éternel, en particulier irréfutable, anelegktos.
La vie socratique (βίος σωκρατικὸς)
Le souci de soi-même (ἐπιμέλεια ἑαυτοῠ), examen de soi-même, exetasis, mise en question vivante (dévoilement) de la bonté de son âme et de sa vie. Le dernier mot de Socrate, μὴ άμελήσητε, ne négligez pas, n'oubliez pas. Le courage de la vérité (la παρρησία), envers soi-même et les autres. Savoir ne pas savoir.
l'εἰρωνεία, miroir
La question de l'essence (οὐσία) elle-même. La question essentielle : Qu’est-ce ? (τί ἐστι), question simplissime, l'essence du questionnement est la mise en question de soi-même, son εἰρωνεία. Devenir soi-même pour soi-même la question. Socrate est la question, elle-même, la dialectique. Savoir ne pas savoir. Le dialogue vivant est l'essence du λόγος, de la vie philosophique, et de l'être lui-même. Mise en question de sa manière de vivre et vie répondant d'elle-même, de sa conformité à la raison (λόγος).
l'εἰρωνεία
Vie en quête du bien et du sens de l'être.
Pratique socratique de la réfutation logique du faux par soi-même, l'ἔλεγχος, dont le principe vivant est la non contradiction avec soi-même.
Recherche et pratique des vertus (ἀρετή), du meilleur, du bien, du perfectionnement moral, et de l'idéal.
Vie philosophique comme mission irrévocable.
La vie cynique (βίος κυνικός)
vie non honteuse, effrontée, impudente (ἀναίδεια), audace de vivre, vie bravant le faux. Le courage de la vérité (la parrêsia) vie dépouillée (πενία), indifférente (ἀδιάφορος), vie de détachement, renoncement aux artifices inutiles, vie frugale, vie nue et culottée, vie simple. Rien de trop (Μηδὲν ἄγαν), modération (σωφροσύνη)
vraie vie royale, souveraine (face-à-face Diogène Alexandre)
vie non-conformiste (παραχαράττειν τὸ νόμισμα), non conventionnelle, discréditation vivante de la fausseté des conventions, manifestant que la vie ordinaire est (erre) ailleurs que là où est la vraie vie, le droit chemin, vie sauvage, nature, rebelle, insolente, vie critique (diakritikos), interpellante, provocante, dérangeante.
conformité charnelle, incarnée, à la vérité, à même son corps
un raccourci vers la vertu (σύντομον ἐπ᾽ ἀρετὴν ὁδόν)
vie de chien de garde (phulaktikos), décriant et tournant les vices en ridicule, mordant, diatribes (διατριβαί), harangue
force d'âme (καρτερία, ἰσχύς), exercice, ascèce spirituelle et corporelle (ἄσκησις), efforts (πόνοι) sur soi-même
Diogène et sa lanterne, Jean-Léon Gérôme, 1860.

La vie stoïcienne
... Ne pas surajouter de jugements aux événements Vivre selon la vertu (SVF I, 179, 180) ...

Lectures philosophiques
Platon, Dialogues socratiques
Les Stoïciens, Œuvres
Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres
Léonce Paquet, Les Cyniques grecs : Fragments et témoignages
Denis Diderot, L'Encyclopédie, article Cynique
Friedrich Nietzsche, Schopenhauer éducateur
Émile Boutroux, Socrate, fondateur de la science morale
Léon Robin, La morale antique
André Jean Festugière, Socrate
Id., Contemplation et vie contemplative selon Platon
René Schaerer, Le mécanisme de l’ironie dans ses rapports avec la dialectique
Jan Patočka, Socrate
George Rudebusch, Les trois vies philosophiques de Socrate
Georges Dumézil, Divertissement sur les dernières paroles de Socrate
Michel Foucault, Le courage de la vérité, Cours au Collège de France. 1984
Marie-Odile Goulet-Cazé, L'ascèse cynique
Id., Le cynisme, une philosophie antique
Isabelle Chouinard, Un tonneau sous le Portique : la réception du cynisme chez les stoïciens
Id., Cynisme et falsification du langage : à propos de Diogène cherchant un homme
Id., Les maîtres de Cratès

Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique
Id., La Philosophie comme manière de vivre
Id., La philosophie comme éducation des adultes
Id., Introduction aux Pensées de Marc-Aurèle
Id., Qu'est-ce que la philosophie antique ?
Id., Éloge de Socrate
Id., Éloge de la philosophie antique
Id. et Ilsetraut Hadot, Apprendre à philosopher dans l'Antiquité. L'enseignement du manuel d'Épictète et son commentaire néoplatonicien
Ilsetraut Hadot, Sénèque : Direction spirituelle et pratique de la philosophie
Id., Wittgenstein et les limites du langage
Théodore Colardeau, Étude sur Épictète
Maël Goarzin, Comment vivre au quotidien ? Carnet de recherche en ligne


La philosophie comme manière de vivre
Les deux sens de la vie

dans la philosophie d'Henri Bergson

Qu'est-ce que le temps ?
La première découverte philosophique bergsonienne :
Le temps est le contraire de ce que l'intelligence pense qu'il est
LE « TEMPS » (t) : L'HEURE, LA DATE LA DURÉE VIVANTE
mixte
confus
d'espace (ligne, cercle, plan) et de durée (dénaturée, faussée)
pure
claire et distincte
artificiel, symbolique, standard réelle, vraie, originale
inerte, calculé, dé/compté, mesuré,
mathématiquement, mécaniquement, économiquement,
de l'extérieur
vivante et vécue, sensible et sentie,
vitalement, charnellement, intimement,
de l'intérieur
analytique,
intelligence

part de l'immobile et reconstruit le mouvement avec des immobilités juxtaposées,
faite pour l'action, l'utilité pratique
intuitive,
intuition

pense en durée, part du mouvant,
sympathie spirituelle avec le vivant et la vie des choses,
consiste à défaire ce que l'intelligence a fait
fabrication,
mécanique,
procède par association et addition de matériaux,
concentration et compression,
centripète (de la périphérie au centre),
synthétique,
successif (confusion de la succession avec un déplacement)
la matière est pensée et traitée par l'intelligence comme une composante
organisation,
organique,
se développe par dissociation et dédoublement,
explosive,
centrifuge (du centre à la périphérie),
simple,
simultanée
la chair vivante et la matière est un obstacle traversé, une résistance à l'organisation vivante
relatif absolue
divisé et arbitrairement divisible indivise, totale et rebelle aux divisions arbitraires
homogène,
fait de parties identiques
et extérieures les unes aux autres,
multiplicité numérique de juxtaposition dans l'espace
hétérogène,
se différençiant de soi,
en différences intérieures les unes aux autres,
multiplicité qualitative de compénétration dans la durée
tout fait, prédéterminé, programmé d'avance,
prévisible
se faisant,
imprévisible
asservi libre
social, impersonnel,
normé
individuelle, personnelle,
sauvage (vie végétale et vie animale)
oubli et contresens sur le sens et la nature du temps :
passager, temporaire, éphémère, disparition,
anéantissement
;

confusion entre conservation, temporelle,
et inclusion, spatiale, « d'images dans un organe »;

oubli et contresens sur la nature (« cérébrale ou psychique »,
« mécanisme ou faculté ») et le sens (« enregistrer le passé ») de la mémoire vivante et du passé
remémoration et expérience vivante de la durée,
telle qu'elle est, vécue,
conformément à sa vraie nature et son vrai sens :
continuation, croissance, mûrissement, mémoire,
création, accroissement d'être


la durée, elle-même, est mémoire
le passé, lui-même, se conserve

Dénouée du suprasensible, la métaphysique devait-elle simplement disparaître, et sa disparition n'allait-elle pas entraîner celle de la philosophie elle-même […] ? Il y a eu plusieurs tentatives de sauver la métaphysique et le destin métaphysique de la philosophie de sa critique empiriste [britannique]. Celle qui nous intéresse dans ce livre […] a proposé un programme inédit de nouage entre l'expérience et la métaphysique, qui explique une partie importante de la philosophie du XXᵉ siècle, notamment en France [Henri Bergson, Jean Wahl, Maurice Merleau-Ponty, Gilles Deleuze, Pierre Hadot d'une part, Georges Bataille, Maurice Blanchot, Michel Foucault d'autre part], et qui continue d'inspirer bien des penseurs actuels. […] Car, d'après les empiristes métaphysiques, le plan des expériences n'est pas plat. Toutes les expériences ne se valent pas. Les expériences ordinaires […] nous empêcheraient de saisir le fond des choses, le sens véritable de la vie, la nature ultime de la réalité. Dans nos expériences ordinaires, nous raterions quelque chose d'essentiel, mais il nous serait donné dans de rares moments privilégiés qui sont d'authentiques expériences métaphysiques. […] Les expériences ordinaires nous maintiendraient dans un régime d'apparence sur le plan épistémique et dans le conformisme des valeurs établies sur le plan moral, mais les expériences exceptionnelles nous donneraient accès à la réalité véritable et nous indiqueraient un mode d'existence supérieur et essentiellement libre.

Stéphane Madelrieux, Philosophie des expériences radicales, p. 14

Lectures philosophiques
Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
Id., Matière et mémoire
Id., L'évolution créatrice
Id., La pensée et le mouvant
Id., Introduction à la métaphysique
Id., La conscience et la vie
Id., L'âme et le corps
Id., Le possible et le réel
Id., Cours à l’ENS, 1898-1900 (à paraître en 2025)
Id., L’idée de temps. Cours au Collège de France 1901-1902
Id., Histoire de l’idée de temps. Cours au Collège de France 1902-03
Id., Histoire des théories de la mémoire. Cours au Collège de France 1903-1904
Id., L’évolution du problème de la liberté. Cours au Collège de France 1904-1905

Maurice Merleau-Ponty, Bergson se faisant
Vladimir Jankélévitch, Henri Bergson
Gilles Deleuze, Bergson, 1859–1941
Id., La conception de la différence chez Bergson, repris dans L'île déserte et autres textes (1953–1974)
Le bergsonisme
Giuseppe Bianco, Après Bergson : Portrait de groupe avec philosophe
Frédéric Worms, Bergson ou les deux sens de la vie
Stéphane Madelrieux, Philosophie des expériences radicales
André Pichot, Histoire de la notion de vie
Aurélien Arnaud, Terminator 2 Unplugged


La philosophie comme manière de vivre
La découverte vivante du corps charnel et du monde-de-la-vie
À partir des sciences physiques s'étendit à la conception de toute existence une ontologie dont l'entité modèle est la pure matière, dépouillée de tous les traits de la vie. […] Notre pensée est aujourd'hui sous la domination ontologique de la mort. […]
Son œuvre accomplie, le dualisme nous a légué l'« étendue » en tant que ce qui est sans vie et insensible, et le corps est indéniablement une partie de cette étendue : dès lors, soit il est essentiellement le même que l'étendue en général — auquel cas on ne comprend pas son être en vie, soit il est sui generis — auquel cas on ne comprendra pas sa prétendue exception et elle remet en question tout le principe, c'est-à-dire l'interprétation matérialiste de la substance comme telle selon les pures propriétés de l'étendue indifférente. […]
Ainsi le corps organique signifie-t-il la crise de toute ontologie connue et de « toute ontologie future qui pourra se présenter comme science ». […] Le corps vivant est le rappel de la question ontologique non encore résolue : « qu'est-ce que l'être ? » et doit être le canon des tentatives à venir pour la résoudre.

Hans Jonas, Le phénomène de la vie. Vers une biologie philosophique,
La vie, la mort et le corps dans la théorie de l'être

Mais il est à présent capital de considérer la substitution qui s’accomplit déjà chez Galilée – par laquelle le monde mathématique des idéalités, qui est une substruction, est pris pour le seul monde réel, celui qui nous est donné vraiment comme perceptible, le monde de l’expérience réelle ou possible : bref, notre monde-de-la-vie quotidien. Cette substitution s’est transmise aussitôt chez les successeurs de Galilée, chez tous les physiciens des siècles suivants. […] Ainsi dès Galilée commence la substitution d’une nature idéalisée à la nature pré-scientifique donnée dans l’intuition. […]
C’est dans le monde-de-la-vie que nous-mêmes vivons, conformément à notre mode d’être, c’est-à-dire dans toute la chair de notre personne. Mais ici nous ne trouvons rien des idéalités géométriques, ni l’espace géométrique, ni le temps mathématique avec toutes ses formes.
C’est là une remarque importante, bien que fort triviale. Car c’est précisément cette trivialité qui est masquée par la science exacte (et ce depuis la géométrie antique déjà) – masquée, donc, par cette substitution d’une activité méthodiquement idéalisante à ce qui est donné immédiatement comme la réalité (que présuppose toute idéalisation), et donné avec une force, une persistance, une vérité, dont la nature est unique et insurmontable. […] Ainsi dans la mathématisation géométrique et physique ajoutons-nous au monde de la vie – à celui qui dans notre vivre-au-monde concret est toujours pour nous donné comme réel – un vêtement d’idées, celui des vérités qu’on appelle « objectivement scientifiques » ; […] Le vêtement d’idées : « Mathématique et science mathématique de la nature », ou encore le vêtement de symboles, de théories mathématico-symboliques, comprend tout ce qui, pour les savants et les hommes cultivés, se substitue (en tant que nature « objectivement réelle et vraie ») au monde de la vie et le travestit. C’est le vêtement d’idées qui fait que nous prenons pour l’Être vrai ce qui est Méthode.

Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale,
§ 9 La mathématisation galiléenne de la nature. h) Le monde-de-la-vie comme le fondement de sens oublié
de la science de la nature
, p. 57-60

Le vivant est l'être charnel. Qu'est-ce que la chair et le charnel ? Qu'est-ce que le sensible et la sensibilité ?
Les deux sens du corps. 2) Le concept naïf de corps comme objet ou chose matérielle étendue. Aporie (perception et vie). Confusion entre essence et corps. 1) Le corps vécu : chair vivante et sensible, au double sens. Vie charnelle, incorporation, sensibilité, sentiments.


Lectures philosophiques
Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale
Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
Id., Le visible et l'invisible
Jan Patočka, Introduction à la phénoménologie de Husserl
Id., Qu'est-ce que la phénoménologie ?
Alphonse de Waelhens, La Phénoménologie du corps
Hans Jonas, Le phénomène de la vie : Vers une biologie philosophique
Michel Foucault, La vie : l'expérience et la science

Barbara Stiegler, Nietzsche et la critique de la chair : Dionysos, Ariane, le Christ
Monique Dixsaut, Nietzsche. Par-delà les antinomies
Pierre Montebello, Vie et maladie chez Nietzsche
Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie
Id., Nietzsche
Didier Frank, Nietzsche et l'ombre de Dieu
Stefan Zweig, Nietzsche
Sebastian Schütze, Friedrich Nietzsche et les artistes du nouveau Weimar
Benjamin Lipscomb, The Women Are Up to Something: How Elizabeth Anscombe, Philippa Foot, Mary Midgley and Iris Murdoch Revolutionized Ethics
Clare Mac Cumhaill et Rachael Wiseman, Le Quartet d'Oxford. Quand Elizabeth Anscombe, Philippa Foot, Mary Midgley et Iris Murdoch réinventaient la philosophie


Penser, un arbre
L'Arbre de Porphyre
Comment la pensée est-elle vivante ? Comment la pensée s'engendre-t-elle ? Comment naît-elle et grandit-elle ?
Quel est l'engendrement vivant, logique, de la question — Qu'est-ce ? — et de la réponse ?
Comment l'arbre de la pensée s'engendre-t-il ? Dans quel sens logique ? Comment ses branches se divisent-elles ? Comment, et pourquoi, s'élève-t-il ? Jusqu'où ?
Le logique serait-il vivant ? Serait-il l'âme de la pensée ? Et le logique, l'âme du vivant ?

S'élever
L'ascension spirituelle

Élévation et ascension des trois degrés ou espèces de connaissance
selon Augustin d'Hippone
« de l'extérieur à l'intérieur, de l'inférieur au supérieur »
Connaissance intellectuelle
par l'intellect (νοῦς, intellectus, intelligentia)
de l'esprit
de la lumière intelligible de la vérité
Connaissance rationnelle et spirituelle
par le dialogue de l'esprit (mens ou spiritus)
avec la raison (λόγος, ratio)
à la lumière intelligible de la vérité
Connaissance sensible
par les sens ou l'imagination
de l'âme (anima, animus)
à la lumière sensible du soleil


L'Arbre de Porphyre : quatre problèmes philosophiques médiévaux
Problème métaphysique de l'essence : Idées (Platon) ou sujet-substrat, ὑποκείμενον (Aristote). Problème de la hiérarchie substance "première"/substance "seconde".
Problème de l'un et du multiple. Problème de l'universel et du particulier, deux sortes d'essences, deux sortes d'accidents.
"Querelle des universaux".
À partir du XIᵉ s. (Roscelin de Compiègne) et des écoles philosophiques parisiennes du XIIᵉ s. (Guillaume de Champeaux, Pierre Abélard, Albéric de Paris, Robert de Melun, Adam de Balsham, Gilbert de Poitiers). Premier commencement médiéval de la métaphysique.
Réfutation par Abélard de la théorie du sujet unique de l'universel et du particulier (Boèce).
En creux, l'autre sens de l'être, absent de l'arbre de Porphyre : l'existence. Problème métaphysique de la distinction de l'être (existence) et de l'essence de l'étant. "Accidentalité de l'être", "indifférence de l'essence". À partir d'Avicenne, puis Questions disputées du XIIIᵉ siècle à Paris (Henri de Gand, Gilles de Rome, Godefroid de Fontaines, Thomas d'Aquin). Second commencement médiéval de la métaphysique. Problème métaphysique de la polysémie de l'être : analogie ou univocité de l'être ?
Laurus metaphysica (détail), estampe du XVIIᵉ siècle, de Léonard Gaultier, BnF.
Réconciliation de Jean Duns Scot et de Thomas d’Aquin par Avicenne.
En contrebas, à gauche, les partisans de l’univocité de l’être : Bonaventure, Alexandre de Hales, Guillaume d’Ockham et François de Meyronnes.
À droite, ceux de l’analogie de l’être : Henri de Gand, Cajétan (Thomas de Vio), Francisco Suárez, Gilles de Rome et Roger Bacon.


Vitalité ; verticalité ; croissance, organisation, ramification, cohésion, circulation et hiérarchie des savoirs ; stabilité, robustesse (face à la fortune) ; solidité, enracinement, fondation, fondements

L'Arbre cartésien de la Philosophie
Changement de sens (signification, orientation et sensibilité) de la "métaphysique", et philosophie première
"Métaphysique", au sens pré-cartésien (d'origine aristotélicienne) : science (non restreinte) supra-physique et supra-mathématique du supra-naturel ou sur-naturel, c'est-à-dire science de Dieu, de l'âme et de l'être (et des transcendantaux convertibles avec l'être).
Arbre de Porphyre (Εἰσαγωγή aux Catégories d'Aristote), dont la Logique est l'âme et dont la cîme est la Métaphysique.
Sens de la vie philosophique : ascension, élévation spirituelle, correspondant à la transcendance réelle du sujet de la métaphysique à l'égard du mouvement, de la matérialité, et du temps.
"Philosophie première" (Méditations de) au sens cartésien : science des premières causes, c'est-à-dire des principes.
Arbre cartésien de la Philosophie, « dont les racines sont la Métaphysique [au nouveau sens de philosophie première ou distincte d'elle ?], le tronc est la Physique » et dont la cîme est la Morale, « j’entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse » (Principes de la philosophie). Quelle est l'âme de l'arbre cartésien ?
Sens de la vie philosophique : approfondissement, infra-physique et infra-géométrique, de l'enracinement ou des racines philosophiques premières, et élévation morale ?
Lectures philosophiques
Aristote, Catégories, Présentation, traduction et commentaires de Frédérique Ildefonse et Jean Lallot
Alain de Libera, La Querelle des universaux. De Platon à la fin du Moyen Âge, p. 44-45
Annemicke R. Verboon, The Medieval Tree of Porphyry: An Organic Structure of Logic
Margaret Cameron, The Logic of Dead Humans: Abelard and the Transformation of the Porphyrian Tree
Boèce, La Consolation de Philosophie
Bonaventure, Itinéraire de l'esprit jusqu'en Dieu
Christian Heck, L'échelle céleste dans l'Art du Moyen Âge. Une histoire de la Quête du Ciel

Pierre Mesnard, L'arbre de la sagesse, dans Descartes, Cahiers de Royaumont (1957)
Juliette Dross, Les métamorphoses de l’arbre de la philosophie, de l’ancien stoïcisme à Descartes
Susanna Berger, The Art of Philosophy: Visual Thinking in Europe from the Late Renaissance to the Early Enlightenment


Comment penser et vivre autrement
nos relations aux vivants ?



Sur-vivants
(ὑπερ-)

Faire corps avec : le territoire (originel, sauvage, en deçà de « l'espace »). Faire corps avec : la meute (corps multiple primitif).
Territoire d'abord sonique, sonore, acoustique. Territoire olfactif, dialogue muet et différé. Frontières d'odeurs.
Territoire charnel, aux dimensions du corps de la meute.
Quand la philosophie redécouvre la sensibilité, elle atteint déjà quelque chose qui n'est plus, et pas encore, humain.

Nous ouvrir à l'inhumain et au surhumain (des durées inférieures ou supérieures à la nôtre…), dépasser la condition humaine, tel est le sens de la philosophie, pour autant que notre condition nous condamne à vivre parmi les mixtes mal analysés, et à être nous-même un mixte mal analysé.

Gilles Deleuze, Le bergsonisme,
ch. I : L'intuition comme méthode
, p. 19
.

Présences ancestrales
Le cri (hurlement, gémissement, grognement, piaillerie, jacasserie, gazouillis,…), le chant, la danse
Langages sonores d'avant la parole, antéprédicatifs

Ça revient à dire : il y a des cris philosophiques. Chacun sait que chez les oiseaux, on distingue les cris et les chants. […] Mais je peux dire que de même dans la philosophie il y a des discours et que les discours ne sont pas la même chose que les cris, les discours c’est le chant des philosophes. C’est leur manière de chanter, et voilà qu’il y a des cris philosophiques. On risque de passer à côté, à ce moment là on se fait de la philosophie une idée d’une chose morte. On l’assimile au discours qu’elle développe, et un cri philosophique peut toujours être traduit en terme de discours. Mais voilà que quelque chose résiste et que non, si on a le moindre goût de la philosophie, on sait bien que ce sont des cris alors, et que là, la philosophie y trouve les points de sa naissance, de sa vie. Et qu’est-ce que c’est ? […] Qu’est-ce qui fait qu’un philosophe lance un cri philosophique ? Cherchons des exemples. […]
Si vous n’êtes pas sensible au cri philosophique vous n’êtes pas sensible à la philosophie. […] Si vous n’entendez pas ce que c’est que le cri des philosophes, vous ne savez pas ce que c’est que la vie, et vous ne savez pas non plus ce que c’est que la philosophie, et vous ne savez pas ce que c’est que la pensée.


La caverne originelle

« Bestial » et « sauvage »
.


Lectures philosophiques
Hans Jonas, Le phénomène de la vie : Vers une biologie philosophique
Baptiste Morizot, Manières d'être vivant. Enquêtes sur la vie à travers nous
Id., L'inexploré
Id. et Suzanne Husky, Rendre l'eau à la Terre. Alliances dans les rivières face au chaos climatique
Mouvement d'Alliance avec le Peuple Castor
Camille de Toledo, Le fleuve qui voulait écrire. Les auditions du parlement de Loire
Henri Bosco, L'enfant et la rivière
Catherine Barr et Jenni Desmond, Quatorze loups. Une histoire de réensauvagement
National Geographic, La Revanche des loups. L'épopée des loups de Yellowstone
Antonio Donato Nobre, Il y a un fleuve au dessus de nous
Pascal Cuissot (un Film de), Le mystère des rivières volantes d'Amazonie, sur arte
Site web du Projet Rios Voadores (Rivières Volantes), initié depuis 2007 par Gérard et Margi Moss

Robert Harrison, Forêts : Promenade dans notre imaginaire
Laurent Tillon, Être un chêne : sous l'écorce de Quercus
Alexis Jenni, Parmi les arbres, essai de vie commune
Élisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes : La philosophie à l'épreuve de l'animalité
Oliver Austin et Arthur Singer, Oiseaux
Zdeněk Veselovský, Le royaume des oiseaux
Emmanuelle Kecir-Lepetit et Léa Maupetit, Oiseaux à reconnaître
Alice Brière-Haquet et Csil, Le Corbeau d'Épictète
Vinciane Despret, Habiter en oiseau

Ubisoft Montréal, Far Cry Primal
Alain Testart, Art et religion de Chauvet à Lascaux
Julien d'Huy, Cosmogonies. La Préhistoire des mythes
Jean-Loïc Le Quellec, Avant nous le Déluge ! L'humanité et ses mythes
Id., La caverne originelle. Art, mythes et premières humanités


La philosophie comme manière de vivre
Les sentiments métaphysiques

L'étonnement (θαυμάζειν), l'ennui, l'angoisse, l'effroi, la joie,
l'amour (alêthês erôs)
La pensée
la plus profonde
aime
la vie
la plus vivante.


Friedrich Hölderlin, Socrate et Alcibiade
En fait je n'étais pas capable de formuler mon expérience, mais, après coup, je ressentais qu'elle pouvait correspondre à des questions comme : Que suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Qu'est-ce que c'est que ce monde dans lequel je suis ? J'éprouvais un sentiment d'étrangeté, l'étonnement et l'émerveillement d'être là. […] Je crois que je suis philosophe depuis ce temps-là, si l'on entend par philosophie cette conscience de l'existence, de l'être-au-monde. […]
Cette expérience a dominé toute ma vie. […] Depuis ce temps, j'ai ressenti très fortement l'opposition radicale qu'il y a entre la vie quotidienne, qui est vécue dans une semi-inconscience, dans laquelle les automatismes et les habitudes nous guident, sans que nous ayons conscience de notre existence et de notre existence dans le monde, entre la vie quotidienne, donc, et des états privilégiés dans lesquels nous vivons intensément et avons conscience de notre être-au-monde.

Mon expérience par excellence, je crois que le meilleur moyen de la décrire, c'est de dire que lorsque je fais cette expérience, je m'émerveille de l'existence du monde

Ludwig Wittgenstein, Conférence sur l'éthique, dans Leçons et conversations, p. 148


Lectures philosophiques
Platon, Phèdre
Id., Le banquet
Léon Robin, La théorie platonicienne de l'amour
Plutarque, Dialogue sur l'Amour
Hannah Arendt, Le concept d'amour chez Augustin
Michel Foucault, Histoire de la sexualité (La volonté de savoir, L’usage des plaisirs, Le souci de soi, Les aveux de la chair)
Id., La sexualité, Cours donné à l'Université de Clermont-Ferrand, 1964. Le discours de la sexualité, Cours donné à l'Université de Vincennes, 1969
Juliette Grégoire et Lucia Calfapietra, Les philosophes parlent d'amour
Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent

La lanterne de Diogène

Aventures philosophiques du faux et du vrai dans LES AVENTURES DE TINTIN ET MILOU


Le Crabe aux Pinces d'Or P.52, B2-4. © Hergé/Moulinsart 2011


Nom d'un chien !
Tout au long de leurs différentes aventures, Tintin et Milou ne cessent de rencontrer et d’affronter le faux, et ses multiples formes. Les boîtes de crabe extra du CRABE AUX PINCES D'OR, transportées dans les cales du Karaboudjan amarré au port de Bagghar sous le faux nom de Djebel Amilah, sont aussi fausses que les pièces de vingt francs, les déclarations mensongères du lieutenant Allan aux deux enquêteurs et au capitaine Haddock, aussi fausse que la dénégation indignée du bien nommé Omar Ben Salaad aux Dupondt et que le tonneau dissimulant l'entrée secrète de ses caves où l'opium est entreposé.
De la première planche de l'album, où Milou fourre son museau dans l'une des fausses boîtes de CRABE AUX PINCES D'OR en fouillant dans une poubelle de rue ― en référence à laquelle Milou ne manquera pas d'interpeller à son tour Tintin avec une ironie mordante : «Tintin !... N'as-tu pas honte ?... Fouiller dans les poubelles comme un vulgaire chien de rue !...» (P.5, B2) ― à la case finale de l'album (P.62, D1), en passant par le running gag de l'os (P.6-7 et P.27-31), le Chien apparaît comme le personnage conceptuel récurrent de cette neuvième aventure.

Tintin parle de Diogène, à Milou. Diogène de Sinope, le Chien, le philosophe Cynique, fils du banquier Hicésios, se moquant ouvertement des faux-semblants et de l'hypocrisie des conventions sociales, vivant sa vie selon la parole de l'oracle de Delphes : « Falsifie la monnaie », altère la valeur de ce qui est, à l'image de la monnaie (nomisma), une convention d'usage (nomisma), coutumière, une règle du commerce en société, faisant apparaître aux yeux de tous, par ta manière de vivre, quel est son vrai prix et sa vraie valeur.
N'est-ce pas justement après avoir été trompés par l'une des cinq fausses pièces de vingt francs (P.3, C1), objet de l'enquête venant de leur être confiée, que les Dupondt mettent Tintin sur la piste qui les conduira jusqu'à la découverte des fausses boîtes de Crabe extra du CRABE AUX PINCES D'OR ?..

Image d'un souvenir de Tintin, rappelant elle-même certains des portraits imaginaires du philosophe grec de la peinture européenne des XVIIᵉ et XIXᵉ siècles : le Diogène de Jusepe de Ribera, le Diogène cherchant un homme, parmi la foule d'un marché d'un autre temps, armé de sa légendaire lanterne, peint en 1652 par Caesar van Everdingen :



et le Diogène peint en 1860 par Jean-Léon Gérôme, allumant sa lanterne, assis ― non dans un tonneau, mais ― dans son amphore ou sa jarre, accompagné de chiens errants :



L'image rappelle aussi que quelques instants avant cette référence explicite au philosophe Cynique, Tintin, portant lui aussi le manteau et le bâton de bois d'un mendiant, vient de se faire injurier : «Disparais, fils de chien gâleux !» (P.51, A3), tout comme Milou : «Un gigot tout entier !… Sale chien !… Ah ! Si jamais je le retrouve !» (P.51, C3) et qui annonce déjà l'injure faite aux Dupondt : «Par la barbe du Prophète !… Oser soupçonner Omar Ben Salaad !… Hors d'ici, chiens d'infidèles !…» (P.56, D2). Précédemment, Tintin présente Milou comme un chien enragé : «Et moi, je dois aller sans retard à l'Institut Pasteur… Car je viens d'être mordu par ce chien enragé !» (P.45, B3-C1).


Bougres de faux jetons à la sauce tartare !…
LES CIGARES DU PHARAON, sur la trace desquels se lance Tintin dans le quatrième album de ses aventures, sont faux.
L'aventure dans laquelle Tintin se lance à la poursuite du fétiche Arumbaya à L'OREILLE CASSÉE commence par la découverte que le fétiche restitué est un faux, «une réplique de l'original», contrairement à ce que prétend, fallacieusement, la lettre anonyme envoyée au Conservateur du Musée ethnographique, avant que d’innombrables faux fétiches n’apparaissent au cours de cette sixième aventure.
Au cours de l'aventure qui le conduit sur L'ÎLE NOIRE, Tintin affronte une bande internationale de faux-monnayeurs dirigée par Wronzoff, qui met les Dupondt sur une fausse piste en accusant Tintin d'être coupable du faux vol de son porte-feuille.
Au terme de sa huitième aventure, Tintin finira par découvrir que le vol du SCEPTRE D'OTTOKAR ― cet autre fétiche ―, dérobé grâce à un faux appareil photographique, a été commis par le faux professeur Halambique, complice d’une trahison dont le chef n’est autre que l’aide de camp du Roi de Syldavie, Muskar XII.


Je dirais même plus : des faux et des erreurs !…
Depuis les erreurs de calcul de la trajectoire de L’ÉTOILE MYSTÉRIEUSE commises par le collaborateur du directeur de l’Observatoire astronomique jusqu’au nom du Vilnaranda, tout est faux. Philippulus est un faux prophète. Payne, l’agent de la Golden Oil, ment au capitaine Haddock, qui parvient grâce à l’aide de son vieil ami, le capitaine Chester, à duper à son tour la Golden Oil. Quant au S.O.S. du Vilnaranda destiné à détourner l’Aurore, il est tout aussi faux que le nom et la compagnie du bateau qui l’émet.

L’aventure qui s’étend de la découverte du SECRET DE LA LICORNE à la découverte du TRÉSOR DE RACKHAM LE ROUGE emprunte de multiples fausses pistes qui conduiront Tintin et ses compagnons jusque sur l’île du chevalier François de Hadoque. Au marché, les Dupondt sont d’abord pris à tort pour des voleurs, et Tintin commet la même erreur en prenant à tort le collectionneur Ivan Ivanovitch Sakharine pour le voleur de la maquette de la Licorne qu’il vient d’acheter. Les Dupondt répètent à leur la même erreur en accusant à tort le capitaine, Nestor est lui aussi trompé par les fausses accusations des frères Loiseau, et c’est finalement au nom «des grandeurs erreurs judiciaires» que le capitaine Haddock obtient que Dupont le libère de ses menottes. C’est en trompant la vigilance des Dupondt que s’échappe Maxime Loiseau, qui a lui-même été trompé par un autre voleur, Aristide Filoselle. Tintin et le capitaine Haddock se trompent au sujet de la valeur du petit submersible destiné à tromper les requins, comme au sujet de son inventeur, le professeur Tournesol, dont la surdité est également... trompeuse. Quant aux calculs des Dupondt, selon lesquels le Sirius se situerait «dans la basilique St-Pierre, à Rome», ils sont faux, comme ceux du capitaine Haddock.

C’est l’apparition de l’essence «falsifiée» qui conduit Tintin et ses compagnons à s’aventurer AU PAYS DE L'OR NOIR, où ils affronteront à nouveau l’un des principaux membres de la bande de faux-monnayeurs qui était basée sur L’ÎLE NOIRE, le docteur Müller, qui se dissimule à présent sous la fausse identité du professeur Smith. Quant au Dupondt, ils finiront par être eux-mêmes victimes des étranges effets du produit causant cette falsification, trompés par le vrai-faux tube d’aspirines dans lesquelles le N.14 se trouve.


TRRRING ! TRRRING ! TRRRING ! Non, madame, ce n'est pas la boucherie Sanzot…,
vous avez formé un faux numéro…
L’AFFAIRE TOURNESOL s’ouvre sur le dixième faux-numéro du jour au Château de Moulinsart, et seulement quelques minutes plus tard, Nestor raccroche suite à un énième faux-numéro en se disant que «c’est au moins la vingtième fois» ! Un peu plus tard dans la soirée, c’est au tour du capitaine Haddock de composer à son tour un faux-numéro, appelant la boucherie Sanzot au lieu de la gendarmerie. Le professeur Topolino se trompe en prenant le professeur Tournesol pour le «sinistre gredin» qui l’a assommé et jeté dans sa cave, alors que Tournesol était lui-même trompé par un pseudo professeur Topolino. Séraphin Lampion se trompe en prenant la poursuite en hélicoptère dans laquelle le capitaine Haddock et Tintin sont lancés pour une plaisanterie. Ces derniers parviennent finalement à tromper la surveillance des deux agents Bordures à l’hôtel Zsnôrr. Le colonel Sponsz et la Castafiore se mentent mutuellement dans la loge qu’occupe celle-ci à l’Opéra de Szohôd, et L’AFFAIRE TOURNESOL se termine par la découverte que Tournesol se trompait depuis le début au sujet de l’emplacement des plans de l’invention qui a déclenché toute L’AFFAIRE TOURNESOL.

Dans le dix-neuvième album, tout est faux, depuis l’adresse que donne le général Alcazar jusqu’à la lettre finale d’Abdallah à son «cher Milsabor». Le titre de l’album lui-même fait une nouvelle fois allusion à une tromperie, celle dont sont victimes les musulmans qui se rendent en pèlerinage à la Mecque, destinés en fait à être traités comme du COKE EN STOCK et vendus comme esclaves. Faux les principaux acteurs, puisque les noms de Dubreuil, Mull Pacha ou du marquis di Gorgonzola dissimulent en fait Dawson, le Dr. Müller et Rastapopoulos. Faux le coucou offert au capitaine, les propos des invités du Shéhérazade, le canot de Rastapopoulos, le laissez-passer de Tintin au Khemed, les déclarations amicales d’Alcazar et l’attitude de Dawson, l’ancien chef de la police de la Concession internationale de Shanghaï, qui le trompe en vendant le même nombre de Mosquitos à son rival, le général Tapioca.

L’aventure de TINTIN AU TIBET marque une nouvelle étape importante dans le problème du faux. Le faux ne prend plus la forme d’une chose, et sa puissance atteint son paroxysme. La mort de Tchang est un sommet de vraisemblance et demeure au plus haut point vraisemblable, comme Haddock, le chef de l’aérodrome de Katmandou, Tharkey et le Grand Précieux du monastère de Khor-Biyong (dont le nom semble manifestement être un mauvais présage de plus) ne cessent de le répéter à Tintin, et ce jusqu’au sommet de l’ascension dans laquelle Tintin entraîne ses compagnons. Culminant à 8013 mètres d’altitude, le massif himalayen du Gosainthan est le quatorzième sommet le plus haut du monde. Son ascension par Tintin, Haddock et Tharkey est celle de la montagne de vraisemblances, la vraisemblance du faux, qu’il leur faut surmonter pour parvenir à découvrir la vérité, aussi invraisemblable soit-elle. Ce qui rend le faux trompeur, c’est sa vraisemblance.

LES BIJOUX DE LA CASTAFIORE s’inscrivent dans le prolongement du paradoxe arraché par TINTIN AU TIBET. Le faux s’étend désormais à l’ensemble des pseudos-événéments dont le Château de Moulinsart est le théâtre. Les préjugés, contrevérités, quiproquos, mensonges, faux pas, malentendus, fausses alertes, erreurs téléphoniques et autres ratés se démultiplient : qu’ils soient reçu ou émis, les coups de téléphone sont des faux-numéros. Les répétitions de Wagner sont trompeuses, et ses fausses notes succèdent à celles de la Castafiore. Les pseudo-informations de l’article de Paris-Flash sont mensongères, et leurs auteurs ne sont pas des journalistes au véritable sens de ce mot. Les promesses du marbrier sont mensongères, de même que les déclarations de sa femme. Vraisemblables, les quatre pistes qui se développent au fil cette aventure ― celle des inconnus, celle du pianiste, celle du grenier et celle des Romanichels ― sont toutes fausses. Tintin et ses compagnons ne sont plus les seuls à être trompés par la vraisemblance du faux : le lecteur lui-même l’est aussi. Le collier que la Castafiore porte dans le jardin n’est qu’un bijou de fantaisie de Tristan Bior. Les quatre pseudo-disparitions des BIJOUX DE LA CASTAFIORE sont toutes trompeuses, et même leur véritable disparition l’est.

Inédite, cette lecture philosophique engage une véritable enquête philosophique : Qu'est-ce que le faux ? Comment une chose peut-elle être fausse ? Comment peut-elle être... tout ne n'étant pas vraiment ? Comment le vrai se distingue-t-il du faux ? Qu’est-ce que le faux peut nous apprendre au sujet du vrai ? Quelles sont les formes et les transformations du faux dans LES AVENTURES DE TINTIN ET MILOU, et pourquoi le faux y est-il si présent ?…
Théétète
Comment ça ? Quel est le problème dont tu parles ?

L'Étranger
Réellement, mon cher ami, nous voilà engagés dans une recherche bien difficile ! Car apparaître ou sembler, et ne pas être, et dire quelque chose, sans dire vrai, tout cela est plein d'apories, non seulement à présent et dans le passé mais toujours. Comment dire ou penser que le faux est réel, sans être nécessairement conduit à s’empêtrer dans une contradiction ?, voilà, Théétète, quelque chose de bien difficile !

Théétète
Pourquoi ?

L'Étranger
Car qui dit que le faux est a l’audace de faire l'hypothèse que le non-être est : car il serait impossible que le faux, autrement, en vienne à être. Mais le grand Parménide, mon enfant, quand nous-mêmes étions enfants, témoignait de cela d’un bout à l’autre, aussi bien en prose qu’en vers, chaque fois qu’il disait : « Que ceci ne soit jamais imposé : que ce qui n’est pas est. Écarte ta pensée de ce chemin de recherche ! »

Platon, Le Sophiste, 236e - 237b

Adaptations radiophoniques des Aventures de Tintin et Milou
par France Culture, la Comédie Française et l'Orchestre National de France


Le Lotus Bleu
Les 7 Boules de cristal
Les Cigares du Pharaon
Le Temple du soleil
Les Bijoux de la Castafiore
Le Secret de La Licorne
Tintin au Tibet

Nicolas Goethals, Hergé, lecteur des Pensées. Redécouvrir les aventures de Tintin en compagnie de Pascal


Des ateliers philosophie auront lieu avec quatre classes d'élèves de 4ème du Collège de Champeix (Auvergne) les jeudis 16 mai et 13 juin 2024, en collaboration avec Sylvaine Gerentes, professeure documentaliste, et Jean-Michel Pettinotti, professeur de Musique.