Association Les autres philosophes | Philosophie pour enfants ou adultes: L'Argument métaphysique

L'Argument métaphysique

Enquête logique sur l'argument sur l'existence de Dieu

À maman, Nadine Sourdeix, 1955–2018

Qu'est-ce qu'un argument philosophique ? Comment concevoir un argument ? Qu'est-ce qu'une conséquence logique ? Qu'est-ce qui différencie une conséquence logique d'un raisonnement d'une conclusion qui ne s'ensuit pas logiquement des prémisses ? Comment procède l'analyse logique d'un argument, des prémisses et des concepts dont il se compose, et des principes logiques sur lesquels il se fonde ? Comment concevoir des objections à un argument ? Comment concevoir des réponses aux objections ?
Ce projet d’ateliers philosophie originaux est consacré à la découverte et à l'analyse logique de quelques-uns des meilleurs arguments philosophiques pensables, conçus par quelques-uns des meilleurs philosophes et logiciens de tous les temps, des arguments dont la conception et l'analyse exigent, sollicitent et exercent les meilleures connaissances pensables en matière logique.
Ce projet est actuellement en cours de création, à partir de l'étude d'un dossier d'articles et d'ouvrages consacrés à ces arguments dans les pensées d'Anselme de Cantorbéry, Thomas d'Aquin, Henri de Gand, Jean Duns Scot, René Descartes, Gottfried Wilhelm Leibniz et Emmanuel Kant.


Argument par l'impossibilité de la non existence réelle de Dieu
démontrée par la réduction à l'absurde de la négation de son existence réelle
Unique argument du Proslogion (1070) d'Anselme de Cantorbéry (c. 1033–1109)

…à part moi je me mis à chercher, si d'aventure il se pouvait découvrir un unique argument, qui n'eût besoin de nul autre que de soi seul pour se prouver,
et qui à lui seul établît que Dieu est vraiment, et qu'il est le bien suprême n'ayant besoin de nul autre
Anselme, Préambule au Proslogion

Ne peut donc être pensé n'être pas, ce dont plus grand ne peut être pensé.
Anselme, Réponse à Gaunilon

Chapitre II : Que vraiment est Dieu

Donc, Seigneur, qui donnes l'intelligence à la foi, donne-moi, autant que tu le trouves bon d'intelliger, que tu es comme nous le croyons, et que tu es ce que nous croyons. Et en effet nous te croyons être quelque chose dont rien de plus grand ne peut être pensé.
Une telle nature n'est-elle pas, parce que l'insensé a dit en son cœur « Dieu n'est pas » ?
Mais il est certain que ce même insensé, quand il entend cela même que je dis, quelque chose dont rien de plus grand ne peut être pensé, intellige ce qu'il entend, et que ce qu'il intellige est en son intellect, même s'il ne l'intellige pas être. Car une chose est que la chose soit en l'intellect, une autre d'intelliger la chose être. […]
Même l'insensé doit donc convenir être au moins en l'intellect quelque chose dont rien de plus grand ne peut être pensé, puisqu'il intellige ce qu'il entend, et que tout ce qui est intelligé est dans l'intellect.
Et certainement ce dont plus grand ne peut être pensé, ne peut être en le seul intellect. Car s'il est au moins en le seul intellect, il peut être pensé être en lui et en réalité, ce qui est plus grand.
Donc si ce dont plus grand ne peut être pensé est dans le seul intellect, alors cela même dont plus grand ne peut être pensé, est ce dont plus grand peut être pensé. Mais certainement ceci ne peut être.
Existe donc sans aucun doute quelque chose dont plus grand ne peut être pensé, et en l'intellect et en réalité.

Chapitre III : Qu'il ne peut être pensé ne pas être

Cela est assurément si vraiment, qu'il ne peut être pensé ne pas être. Car peut être pensé être quelque chose, ce dont il ne peut être pensé ne pas être ; ce qui est plus grand que ce dont il peut être pensé ne pas être. Par conséquent si ce dont plus grand ne peut être pensé peut être pensé n'être pas, alors cela même dont plus grand ne peut être pensé, n'est pas ce dont plus grand ne peut être pensé, ce qui ne peut convenir. Est donc si vraiment quelque chose dont plus grand ne peut être pensé, qu'il ne peut être pensé ne pas être.


Argumentaire

1. Analyse logique du raisonnement par réduction à l'impossible
Qu'est-ce que le raisonnement par l'absurde ? Sur quels principes logiques se fonde-t-il ? Et comment ? Le raisonnement par réduction à l'absurde ou par réduction à l'impossible (reductio ad absurdum ou reduction ad impossibile) consiste par la négation contradictoire de la conséquence logique à démontrer, à supposer vraie cette négation, et à en déduire une contradiction.
Par le principe logique selon lequel si le conséquent est faux l'antécédent l'est, la contradiction implique en retour la fausseté de la négation initiale de la conséquence, et par le principe logique du tiers exclu (tertium non datur) selon lequel deux propositions contradictoires ne peuvent être simultanément fausses, la vérité de la conséquence niée s'ensuit donc nécessairement ou logiquement.

Principe :
De l'être à la possibilité la conséquence vaut. Contraposé : De l'impossibilité au non être la conséquence vaut.
De la possibilité à la possibilité d'être pensé la conséquence vaut. Contraposé : De l'impossibilité d'être pensé à l'impossibilité la conséquence vaut.

Tableau des conséquences logiques :
A. Est → Peut être → Peut être pensé être.
B. N'est pas → Peut ne pas être → Peut être pensé ne pas être.
C. Ne peut être pensé être → Ne peut être → N'est pas.
D. Ne peut être pensé n'être pas → Ne peut pas ne pas être → Est.


2. Impossibilité logique, impossibilité et logique
Le mouvement logique du raisonnement par l'absurde consiste donc à passer par le faux pour parvenir au vrai, et plus exactement à conclure de l'impossible au nécessaire, de ce qui ne peut pas être à ce qui ne peut pas ne pas être.

3. La négation de la négation

4. De quoi la négation de l'être de Dieu est-elle la négation ?

5. Penser
ce sans quoi rien ne peut être pensé
et ce dont rien de plus grand ne peut être pensé
Qu'est-ce que la pensée ne peut pas ne pas penser ? Quelle relation y a-t-il entre ce sans quoi la pensée ne peut penser, ce sans quoi rien ne peut être penséles principes logiques sine qua non de la pensée elle-même – et ce dont rien de plus grand ne peut être pensé ?


Choix de lectures philosophiques
Anselme de Cantorbéry, Monologion ; Proslogion
Étienne Gilson, Sens et nature de l'argument de saint Anselme
Jean Paulus, Henri de Gand et l'argument ontologique
Henry of Ghent, Summa quaestionum ordinarium: Questions on God’s Existence and Essence (Articles 21–24)
Alexandre Koyré, L'idée de Dieu dans la philosophie de St. Anselme
Jules Vuillemin, Le Dieu d'Anselme et les apparences de la raison
Paul Gilbert, Dire l'Ineffable. Lecture du Monologion de S. Anselme
Id., Le Proslogion de S. Anselme. Silence de Dieu et joie de l'homme
Gillian R. Evans, Anselm and Talking About God
Gertrude Elizabeth Margaret Anscombe, Por qué la prueba de Anselmo en el Proslogion no es un argumento ontológico
Toivo J. Holopainen, Anselm's Argumentum and the Early Medieval Theory of Argument
György Geréby, What Anselm and Gaunilo told each other
Paul E. Oppenheimer and Edward Zalta, On the Logic of the Ontological Argument ;
Id., A Computationally-Discovered Simplification of the Ontological Argument
Alexander Baumgarten, L'Argument infini. Saint Anselme et le concept de hiérarchie du monde
Eileen Carroll Sweeney, Anselm of Canterbury and the Desire for the Word
Günther Eder and Esther Ramharter, Formal reconstructions of St. Anselm's ontological argument


Argument par la contingence de l'existence du Monde

Présentation à venir.

Choix de lectures philosophiques
Michael E. Murmura, Avicenna’s Proof from Contingency for God’s Existence in the Metaphysics of the Shifā’
Camille Bérubé, Pour une histoire des preuves de l’existence de Dieu chez Duns Scot


Argument par la cause de l'idée de l'infini

Présentation à venir.

Choix de lectures philosophiques
Étienne Gilson, Études sur le rôle de la pensée médiévale dans le système cartésien
Emanuela Scribano, L’existence de Dieu : Histoire de la preuve ontologique de Descartes à Kant
Laurence Devillairs, Descartes et la connaissance de Dieu
Dan Arbib, Descartes, la métaphysique et l'infini